Etienne Molo, 100 ans : le secret de longévité d’un instituteur qui a enseigné le Cardinal Sarah…
KOUNDARA- Le 7 janvier 2025, le doyen Etienne Molo a fêté le centième anniversaire de sa naissance. Ne se souciant pas du nombre d’années qu’il a vécues, il a été surpris de voir ses fils et petits-fils organiser un festin pour célébrer le jour qui marque les 100 ans de sa venue au monde.
Ce dimanche 2 février 2025, nous avions rendez-vous avec l’un des hommes le plus âgés de la préfecture de Koundara. C’est à Sanoyah, dans la préfecture de Coyah que nous l’avons rencontré. Il était venu prendre les nouvelles de ses proches résidents dans le Grand Conakry et faire un contrôle médical avant de regagner sa préfecture natale. Au domicile familial, nous l’avons trouvé assis avec Christian, un de ses fils, lui aussi accompagné de son petit-fils Jean Marie Molo, et de son beau-fils Daniel Sarah.
Le centenaire a l’air en forme. Instituteur ayant fait valoir ses droits à la retraite en 1998, il continue d’apprendre. Sur sa table, des anciens cahiers et des livres. Sans lunettes pharmaceutiques, il lit un bouquin. Il se réjouit de notre présence à ses côtés et ne tarde pas de l’exprimer. Portrait d’un doyen centenaire, qui a enseigné le Cardinal Robert Sarah à Ourous.

« Soyez bénis pour la visite », lance-t-il. Sa voix, malgré l’âge, est encore audible. Nous engageons une conversation avec lui sur sa vie, ses souvenirs et la Guinée.
« Je suis Etienne Molo. Je suis né vers 1925, à Koundara selon mon extrait de naissance. J’appartiens à l’ethnie Koniagui (Uney). J’ai fait mes études primaires à l’église à Ourous dans la sous-préfecture de Youkounkoun. Je suis instituteur à la retraite depuis 1998. Je suis en visite familiale à Conakry et je profite pour faire également une visite médicale. Merci d’être passé me voir et des bonnes relations que vous avez avec ma famille », nous a-t-il lancé.
Fêter cent années de vie, c’est un don divin. Un moment que les fils et petit-fils de ce doyen ont voulu immortaliser.
« Début janvier 2025, j’ai été surpris par mes fils et petits enfants qui sont venus organiser une fête pour mes 100 ans d’existence. Je ne savais pas trop ce qui se passait, car je ne compte pas le nombre d’années de ma vie. Quand j’ai demandé, on m’a fait savoir que j’ai 100 ans et c’est ce que les jeunes sont venus fêter avec moi. Ça m’a beaucoup plu car quelqu’un qui vient célébrer votre anniversaire, c’est un ami. La fête s’est très bien passée » se réjouit le centenaire.
Avoir 100 ans de nos jours, n’est pas donné à tout le monde. Peu de gens ont cette chance. Le doyen Etienne Molo rend grâce à Dieu qui lui a donné cette chance. « Je dirais que c’est grâce à Dieu, parce qu’il n’est pas donné à tous d’avoir cette chance. Mais Dieu nous aime, c’est lui qui nous qualifie et celui qui nous fait vivre. Je me réjouis donc de cette grâce divine et remercie la population et toutes ces personnes qui me soutiennent. Car n’eût été leur prière et soutien, seul je n’y arriverai pas. Alors merci pour cette solidarité et je me confie à vous », ajoute-t-il.
Étienne Molo a été scolarisé à Ourous, à l’école Primaire de la mission Catholique. C’est là qu’il a fait ses études primaires. Ensuite, il rejoint le collège CBA d’Amadou de Kankan où il sort avec un diplôme d’instituteur.
« Après avoir fini, j’ai été muté encore à Ourous (localité de naissance du Cardinal Robert Sarah). J’ai été d’abord muté à Madina Badiar dans la section de Saréboido. Instituteur depuis et je le suis encore malgré ma retraite. J’ai été muté à plusieurs reprises mais chaque fois ma direction décidait d’annuler ma mutation pour que je reste », se souvient-il.
En plus d’être instituteur, Doyen Molo était un bon athlète footballeur. Il aidait souvent l’équipe préfectorale dans les compétitions locales contre celles du Sénégal. Parallèlement il était aussi dans les services administratifs et politiques.
« J’étais footballeur au niveau du bureau fédéral. J’étais l’arrière droit de l’équipe, nous avons joué beaucoup de matchs contre les équipes de Kédougou et Tambacounda », rappelle-t-il avec enthousiasme.

J’ai encadré le Cardinal Robert Sarah
Dans sa carrière d’instituteur, Etienne Molo a formé plusieurs générations. Certains de ses anciens élèves ont été ministres, d’autres des leaders religieux très respectés à travers le monde.
« J’ai formé beaucoup de cadres guinéens. Parmi eux, le Cardinal Robert Sarah qui est actuellement à Rome (préfet émérite et membre de la Congrégation pour les Églises orientales). L’ancien ministre de la Défense Assifat Dorank Diasseny. J’ai toujours fait attention aux enfants surtout ceux qui travaillaient bien à l’école. Il faut les apprécier et les appuyer. Il fallait donc les protéger. J’accordais une attention particulière aux enfants qui cherchaient l’avenir. En tant qu’instituteur, j’obéissais à mes attributions », révèle-t-il, avant de renchérir.
« Il y a assez de cadres de ce pays que j’ai eu à encadrer et qui sont actuellement à des postes de responsabilité. Je m’entends avec toutes les ethnies de ce pays. J’ai appris à enseigner en diverses langues, le pulaar, le Koniagui, Bassari, et en français. Et grâce à ma petite disponibilité, j’ai toujours loyalement collaboré avec les amis, les frères », explique Etienne Molo.
De Loni Alotène, résistant Koniagui face à la pénétration coloniale des blancs
Chez le doyen Molo, la longévité semble être un héritage car son papa lui avait vécu 105 ans. Pour la parenthèse sur l’histoire de Loni Alotène, résistant Koniagui à la pénétration coloniale, il la doit aux explications de son défunt papa. « Il m’a parlé de la guerre d’Itchtiou face à la pénétration coloniale. Loni Alotène qui a dirigé la guerre avait comme armes : des flèches ; de fusils de traite ; des abeilles et l’arc. C’est avec ces outils qu’il s’est défendu contre l’envahisseur », précise-t-il brièvement.
Doyen Molo a vécu la période coloniale avant l’indépendance le 2 octobre 1958. Il rappelle qu’il vivait avec ses parents qu’il obéissait.
« Et quand notre pays s’apprêtait à obtenir son indépendance, j’étais responsable de tous les secteurs sud de Youkounkoun (ancienne chef-lieu de Koundara). J’ai eu à présider les urnes, et tout s’était bien passé. Le 28 septembre, lorsque l’annonce de la victoire a été faite, c’était de la joie et la fête. D’abord c’était une joie préfectorale, nationale, et il y avait l’amitié entre les familles, c’était de la joie partout », se souvient le centenaire.
Secret de longévité

Pour Etienne Molo, le secret de la longévité, c’est d’abord l’assistance de son entourage (ses proches), son obéissance aux principes de la vie. Car, « lorsqu’on obéit aux enseignements de ses parents; de ses chefs et de son pays, on mène une vie appréciable », enseigne-t-il avant de révéler l’autre secret de sa longévité.
Étienne Molo est monogame et père de six (6) enfants dont deux filles. Du haut de ses cent ans, il marche à l’aide d’une canne et garde sa lucidité.
« Je vis au village, je mange du riz; du fonio, et j’essaie de suivre les conseils que me prodiguaient mes parents en suivant l’enseignement religieux et coutumier et en vivant en harmonie dans la société sans distinction ethnique ou de race. Je pratique également le sport. Tout se passe bien », nous apprend-t-il.
C’est aussi un homme qui faisait au moins 23 kilomètres à vélo deux fois par jour pour aller enseigner les enfants à Ourous, dans l’actuelle sous-préfecture de Youkounkoun.
Daniel Sarah, ancien élève du Doyen profite de sa retraite pour se ressourcer auprès de son beau-frère, le centenaire. Il se souvient de l’époque où il était le disciple de ce dernier. Il rend grâce à Dieu d’avoir permis à l’instituteur de vivre autant d’années.
« Etienne Molo c’est mon beau-père. J’ai été également son élève. En 1961 j’ai eu mon CP (Cours Préparatoire). J’ai fait le séminaire de Ourous. C’est par la suite que j’ai quitté Koundara, je suis allé au Sénégal où j’ai fait le BAC. J’ai servi au Niger pendant 15 ans. Je suis revenu en Guinée. J’ai pris ma retraite en 2008. Alors, doyen Etienne Molo fait partie du groupe des enseignants, qui m’ont formé au niveau CP. A cette époque, on maîtrisait le français et on était prêt. Il a été formé et c’était un enseignant exemplaire. Très pointue, rigoureux, très consciencieux avec des qualités exceptionnelles. Je remercie Dieu pour la grâce qu’il lui a faite. Avoir 100 ans, ce n’est pas donné à tout le monde. Il connaît ses enfants et ses petits-fils. Moi, je le connais depuis tout petit. C’est mon beau-frère, je dirais même que c’est mon papa », déclare-t-il.
Bien que fatigué par le poids de l’âge, Etienne Molo se tient débout sans le soutien d’une autre personne. La difficulté qu’il a dans la mobilité est surtout due à un accident de la route dont il a été victime. Un militaire l’aurait accidentellement heurté alors qu’il conduisait sa bicyclette dans les rues de Koundara. Malgré les soins dont il bénéficie, cela lui a laissé des séquelles. Mais le centenaire reste résilient et profite joyeusement de la vie qu’il mène.

Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 24 février 2025 11:18Nous vous proposons aussi
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