« Elle est bonne, mais… »: L’Analyse sans concession du Dr Makanéra Kaké sur la notation de S&P
CONAKRY – L’annonce de la note inaugurale B+ attribuée à la Guinée par l’agence de notation Standard & Poor’s (S&P) a été saluée comme une victoire. Cependant, dans un entretien eclusif accordé à Africaguinee.com dont l’intégralité est à paraître très prochainement, l’économiste Dr Alhassane Makanéra Kaké a offert une analyse nuancée, insistant sur le fait que si la note est positive, elle ne doit pas cacher les défis sous-jacents et les choix stratégiques à faire. Selon lui, la Guinée devrait se concentrer sur la mobilisation de ses ressources internes plutôt que sur l’endettement international.
Comprendre les notations souveraines
Pour comprendre la portée de cette note, Dr Kaké a d’abord rappelé le principe des notations souveraines. Il explique que ces notes évaluent « la capacité et la volonté d’un État à rembourser sa dette ». Selon l’Universitaire, ces notes influencent directement « le coût de l’emprunt et la possibilité d’accès au marché financier ». Plus un pays est bien noté, moins le risque est perçu comme élevé par les investisseurs, ce qui réduit le coût de l’endettement.
L’expert a pointé le lien direct entre la note et le taux d’intérêt : « Plus le risque est élevé, plus le taux de la dette est élevé. Parce que l’investisseur finance toujours le risque« . M. Kaké donne l’exemple de la Guinée où, historiquement, le taux d’emprunt a toujours été élevé en raison de la perception d’un risque important.
Des efforts à faire
Dr Kaké a ensuite décortiqué la signification de la note B+ accordée à la Guinée. Il a précisé que les notes se décomposent en plusieurs catégories, des meilleures (A à 3A) aux plus risquées (C à D). Le B+, a-t-il expliqué, se situe au milieu. « La note B+ veut tout simplement dire que le risque quand même est toujours élevé, mais acceptable. On est au milieu », a-t-il dit avant de placer une métaphore pour illustrer son propos :
« C’est comme au moment où en Guinée il y avait Bac 1 et Bac 2. Pour accéder à l’université, nous avons eu le Bac 1. On est supérieur à celui qui n’a pas eu le Bac 1. Mais pour qu’on soit à l’université, il y a Bac 2 qui nous attend. Donc on a d’autres efforts à faire. »
Le débat sur l’endettement
L’économiste a exprimé ses réserves quant à l’endettement international, citant deux raisons principales. La première est d’ordre historique. L’universitaire rappelle que dans les années 80, la Guinée était jugée trop endettée avec une dette de moins de 1,5 milliard de dollars, un montant qui a depuis doublé malgré les programmes d’ajustement structurel. Il s’interroge : « Cette dette, on en a fait quoi ? On a pris combien, on a remboursé combien ?«
La seconde raison est plus contemporaine. Le conseiller du Premier ministre a fait référence au récent sommet de Séville sur le financement du développement, qui a encouragé les États à mobiliser leurs ressources internes plutôt que de recourir à l’emprunt extérieur, jugé de plus en plus difficile à obtenir. « Dans ces conditions, est-ce qu’il faut se battre pour être dans A pour avoir un taux d’intérêt réduit, pour chercher quelque chose qui est rare ou qui n’existe pas, ou bien faut-il se battre pour trouver ce qui existe?« , s’interroge-t-il.
C’est pourquoi Dr Kaké appelle à un changement de paradigme. Plutôt que de s’efforcer d’obtenir les meilleures notes pour s’endetter à moindre coût, il suggère que la Guinée doit concentrer ses efforts pour devenir un pays qui prête. « Je préfère aujourd’hui que l’effort soit concentré pour que la Guinée elle-même puisse avoir suffisamment d’argent et soit parmi les pays qui prêtent aux autres pays. » Selon lui, cette vision est plus en phase avec les discours actuels du chef de l’État et représente un chemin bien plus prometteur pour l’avenir de la nation.
Nous y reviendrons !
Boubacar 1 DIALLO
Pour Africaguinee.com
Créé le 19 septembre 2025 20:03Nous vous proposons aussi
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