Élections au Québec : qui est Thierno Diallo, ce juriste guinéen qui veut conquérir le parlement provincial ?
MONTRÉAL – Né à Kérouané, en Haute-Guinée, Thierno Diallo porte les couleurs du Parti libéral du Québec (PLQ) dans la circonscription de Mercier, à Montréal, pour le scrutin général du 5 octobre. S’il est élu, il fera partie des 125 députés de l’Assemblée nationale du Québec et pourrait siéger au sein de la majorité gouvernementale. Dans sa rubrique dédiée à la diaspora, Africaguinee.com est allé à la rencontre de ce cadre d’origine guinéenne qui ambitionne de faire entendre sa voix au parlement québécois. Entretien.
AFRICAGUINEE.COM: Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je m’appelle Thierno Diallo. Je suis né en Guinée (Kérouané). J’y ai grandi et j’y ai appris très tôt trois choses qui me guident encore aujourd’hui : le respect, la solidarité et la persévérance. Aujourd’hui, je suis candidat du Parti libéral du Québec dans la circonscription de Mercier, à Montréal, pour l’élection du 5 octobre prochain. C’est un grand honneur pour moi de porter, dans cette campagne, à la fois mon parcours guinéen et mon engagement envers le Québec, ma terre d’accueil devenue ma terre d’action.
Parlez-nous de votre Parcours universitaire et professionnel
Mon parcours a commencé par une bourse d’études qui m’a permis d’aller étudier le droit au Maroc, à Mohammedia, puis Casablanca. Ce n’était pas seulement une aide financière : c’était une marque de confiance envers un jeune Guinéen plein d’ambition, et j’y ai appris l’autonomie. Je suis ensuite parti en France avec une autre bourse d’études, où j’ai poursuivi mes études et enseigné le droit à l’université – enseigner m’a appris l’essentiel : le savoir ne vaut que s’il est mis au service des autres.
Puis j’ai choisi le Québec, où je vis depuis 2016. J’y ai étudié, notamment une maîtrise en évaluation des programmes publics à l’ENAP, l’École nationale d’administration publique. J’ai travaillé en développement économique, dans les milieux universitaires, institutionnels et communautaires, et j’ai été vice-président de la Fédération de l’habitation coopérative du Québec. C’est un parcours qui va de la Guinée au Maroc, du Maroc à la France, et de la France jusqu’à Montréal et chaque étape m’a appris quelque chose que je porte aujourd’hui dans mon engagement politique.
D’où sont parties les initiatives politiques ?
Cette candidature n’est pas née d’un calcul, mais d’une accumulation d’expériences de terrain. Pendant des années, dans mon travail communautaire et institutionnel à Montréal, j’ai vu de près les difficultés que vivent les familles : se loger dignement, trouver une place en garderie, faire reconnaître ses compétences quand on est arrivé d’ailleurs. À un moment donné, j’ai compris qu’écouter et accompagner ne suffisait plus : il fallait aussi être à la table où les décisions se prennent. Ce sont des amis engagés dans la politique depuis plusieurs années qui m’ont approché, mais la décision de me présenter est venue d’une conviction personnelle, mûrie depuis longtemps : quand une société vous donne une chance, vous devez, à votre tour, redonner, bâtir et servir. »
Avez-vous évolué dans d’autres formations politiques ?
Non. C’est mon premier engagement partisan actif, et c’est le Parti libéral du Québec que j’ai choisi, parce que sa vision — un Québec confiant, ouvert, qui mise sur l’éducation et qui ne laisse personne derrière — correspond à ce que je crois profondément. Avant cela, mon engagement s’est plutôt construit dans le milieu communautaire et institutionnel, notamment dans le mouvement de l’habitation coopérative, ce qui m’a donné une expérience concrète de la gouvernance et du travail collectif, sans étiquette partisane. »
Avez-vous déjà été candidat ou élu à un poste électif ?
Non, c’est ma première candidature à un poste électif. J’arrive en politique avec un parcours de terrain — universitaire, institutionnel, communautaire — plutôt qu’un parcours politique traditionnel. Pour moi, c’est une force : je n’entre pas en politique pour occuper une fonction, j’y entre pour servir, avec un regard neuf et une expérience vécue des enjeux que je veux défendre. »
Qu’est-ce que vous comptez changer dans la vie politique ?
D’abord une précision importante pour vos auditeurs : je suis candidat à l’Assemblée nationale du Québec, qui est le parlement provincial — pas au parlement fédéral canadien. Le Québec a ses propres compétences en habitation, en éducation, en santé, en famille, et c’est là que je veux agir.

Ce que je veux changer, c’est la place qu’occupent les personnes issues de l’immigration, et particulièrement de la diaspora africaine, dans la vie politique québécoise. Trop souvent, nos communautés sont consultées, mais peu représentées aux tables de décision. Je veux montrer qu’on peut être né en Guinée, avoir grandi ailleurs, et malgré tout devenir un acteur politique légitime et efficace dans sa société d’accueil — sans jamais renier d’où l’on vient. Je veux aussi une politique plus proche des gens, qui écoute avant de décider, et qui transforme les paroles en résultats concrets. »
Qu’est-ce qui vous inspire réellement ?
Ma famille, d’abord, mon épouse Fatoumata Yarie Traoré et mes quatre enfants : Kahina Aissatou, Boubacar, Binta et Khadija, qui portent avec moi les sacrifices de cet engagement. Mais aussi mon propre parcours : je n’ai pas toujours eu la vie facile, j’ai connu les recommencements et les incertitudes, mais jamais l’abandon. J’ai appris que les obstacles ne doivent jamais devenir des excuses — ils doivent devenir des raisons d’avancer.
Et plus largement, ce qui m’inspire, c’est l’idée que l’éducation est le plus puissant instrument de liberté. C’est une bourse d’études qui a changé ma vie il y a plus de vingt ans. Aujourd’hui, je veux redonner au Québec — et, d’une certaine façon, à la Guinée aussi — une partie de ce que ce parcours m’a offert. »
Un dernier mot ou message particulier

Je voudrais dire à mes frères et sœurs guinéens, en Guinée comme dans la diaspora : votre pays d’origine ne vous quitte jamais, peu importe le chemin que vous empruntez. Ce que j’ai appris en Guinée — le respect, la solidarité, la persévérance — je le porte encore aujourd’hui, jusque dans une campagne électorale à Montréal. J’espère que mon parcours pourra inspirer d’autres jeunes Guinéens à croire que rien n’est hors de portée, où qu’ils se trouvent dans le monde. Et le 5 octobre, j’espère pouvoir dire que la Guinée a aussi, un peu, sa voix à l’Assemblée nationale du Québec. Merci à Africa Guinée de me donner cette tribune.
Propos recueillis par Alpha Ousmane Bah
Pour Africaguinee.com
Créé le 29 septembre 2026 19:17Nous vous proposons aussi
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