Dr. Mamadou Barry, invité d’honneur du Festival sur le Milo : « le combat pour réduire la pauvreté s’impose comme le défi de notre génération »

KANKAN-La troisième édition du Festival sur le Milo a été officiellement lancée ce mercredi 13 novembre 2024 dans la ville historique de Kankan. L’événement qui a réuni des notables, autorités locales et ressortissants de la région, ainsi que des invités prestige dont Dr. Mamadou Barry, s’est tenu en présence de festivaliers, artistes et citoyens engagés autour du fleuve Milo. L’objectif était de célébrer et de préserver le riche patrimoine culturel manding tout en abordant les enjeux du développement local.

Le festival, véritable vitrine des arts et des traditions, propose une série d’activités : foires culturelles et culinaires, concerts de Sumu, contes et paroliers, danses et masques traditionnels, ainsi que des compétitions, dont le concours Mamaya. Des conférences sur la cohésion sociale et la paix, ainsi que des ateliers de sensibilisation sur la préservation du fleuve Milo, complètent cette grande célébration.

A l’occasion de la cérémonie inaugurale, Dr. Mamadou Barry, invité d’honneur du Festival, a prononcé un discours qui a été vivement apprécié par les festivaliers. Dans son propos, l’économiste a tout d’abord exprimé sa joie et sa reconnaissance d’être l’invité d’honneur du Festival sur le Milo, dans la Ville millénaire de Kankan. « C’est pour moi, un immense honneur et un grand privilège », a-t-il dit à l’entame de son discours.

Le Festival sur le Milo a tracé son sillon dans le paysage culturel et intellectuel de la Guinée, explique M. Barry. « Par la force de son contenu et la pertinence des thématiques qui y sont abordées, ce Festival est devenu un rendez-vous annuel incontournable pour les Kankanais, les Guinéens en Général et osons bien le dire, tous les amoureux de Kankan à travers le monde ».

Préserver les ressorts de la culture mandingue 

Poursuivant son allocution, il dira que si l’aspect culturel constitue l’ADN profondément ancré de ce Festival, les réflexions sur le développement, la cohésion des territoires et des peuples, la préservation de l’environnement, la conservation du patrimoine, constituent des mutations intéressantes du festival et même nécessaires au regard des défis qui se posent en Guinée.

« Tous ici, nous partageons les préoccupations légitimes de la préservation de la mémoire. Kankan est en effet une ville cosmopolite foisonnante. Sa longue tradition de centre commercial de la sous-région et de foyer d’érudition à travers ses Grands Imams et Hommes de Dieu, traverse les âges et nous enseigne sur la richesse et la profondeur de la culture manding dans sa globalité, celle-ci, dans ce qu’elle a de plus beau et de plus enviable. Nous devons donc absolument et jalousement œuvrer à préserver ses ressorts », a formulé l’invité d’honneur d Festival sur le Milo.

Défis de l’environnement

La sauvegarde de l’environnement et la lutte contre la pauvreté sont également des préoccupations partagées par tous, relève Dr. Mamadou Barry. Pour lui, ces deux sujets de plus en plus liés, s’imposent avec urgence et nécessitent des réponses précises.

« Observons juste l’assèchement du Milo, les inondations qui nous ont affligés à travers le pays ou encore les chaleurs caniculaires des mois de mars et avril. Ces phénomènes n’ont jamais été aussi intenses. En conséquence, aujourd’hui plus que jamais, nous devons nous adapter, repenser les rapports entre humains et les rapports entre l’humain et le vivant que sont la faune et la flore. En somme, nous devons changer le rapport que nous entretenons avec notre environnement. Avec la même acuité, le combat pour réduire la pauvreté s’impose comme le défi de notre génération », a interpellé ce haut cadre du ministère du Budget.

Il a également ouvert une longue parenthèse pour partager sa vision sur les défis de la gouvernance de manière générale et du développement. Dr. Mamadou Barry préconise un changement de paradigme, car pendant longtemps, les citoyens ont attendu le développement de l’Etat central. Une attente liée à des croyances souvent subjectives, voire même, fausses.

« La première croyance considère que la taille des problèmes, l’ampleur des défis est telle, qu’il faut un acteur de taille et capable de mobiliser des moyens extrêmement importants. Je pense aux défis liés à la pauvreté, à l’accès à des soins de santé efficaces ou à une éducation de qualité. La deuxième croyance, non décorrélée de la première, postule que la capacité de résolution des problèmes socioéconomiques du pays est liée à la position hiérarchique. L’idée est que plus une personne occupe le haut de la hiérarchie, plus elle peut résoudre les problèmes. Ces deux croyances, fausses, ont des conséquences néfastes mais souvent ignorées », enseigne-t-il, expliquant que la première conséquence de ça, est l’attentisme des citoyens et des acteurs intermédiaires qui se disent qu’il faut attendre l’action de l’Etat en raison de l’importance des problèmes.

La seconde conséquence est le penchant des citoyens pour la dépense publique, même non efficace, dit-il dans son exposé, ajoutant que la troisième conséquence est que l’Etat, lui aussi, finit par croire qu’il est responsable unique du développement. Selon lui, cette troisième conséquence se ressent dans cette propension à élaborer de grands plans pour résoudre tous les grands problèmes du pays, laissant ainsi peu de place aux initiatives venant de la base ou des acteurs intermédiaires.

Or, relève Dr. Mamadou Barry, l’histoire des Etats et des faits socioéconomiques montrent tous qu’une autorité centrale, (un Président de la République ou un Ministre), peut décider de l’ouverture ou de la fermeture d’un établissement de soins ou d’éducation, mais, les hautes autorités, prises isolément, ne peuvent pas garantir la qualité des services de soins ou d’éducation administrés. Cette qualité, note-t-il, dépend de plusieurs dizaines d’acteurs intermédiaires et du comportement des citoyens cibles de la politique publique.

« Nous pouvons tous également être d’accord pour dire que les grands plans et autres politiques publiques n’ont pas conduit aux résultats que nous avons souhaité, soit en tant que citoyens ou soit en tant que responsables publics », a-t-il martelé.

Pour l’invité d’honneur, le forum pour le développement local de Kankan, organisé dans la foulée de ce festival sur le Milo, participe à la déconstruction des croyances citées et offre la possibilité aux citoyens de Kankan, aux OSC de Kankan, aux opérateurs économiques de Kankan et aux autorités locales d’échanger sur les défis de la préfecture de Kankan et de s’entendre sur des priorités d’action.

Le succès serait que des actions puissent être identifiées et menées grâce à une mobilisation locale des ressources, bien que des plaidoyers pourraient être faits à l’endroit de l’Etat central ou les bailleurs pour des actions complémentaires, indique Dr. Mamadou Barry. « A ce stade, le message que je souhaiterais faire passer est que nous devons apprendre à être responsables de nos problèmes socioéconomiques à la base, à bâtir des solutions à portée de mains en agissant de manière complémentaire à l’Etat, voire à l’action internationale des PTF (partenaires techniques et financiers) ».

Optimisme

La Guinée progresse lentement car les dynamiques sociales d’en bas ne s’accordent pas toujours harmonieusement à la logique d’en haut, même si les possibilités existent, a laissé entendre l’économiste devant un auditoire attentionné. Si ce forum est institutionalisé, il pourrait constituer un instrument pour réduire la discordance entre temps social et temps politique, affirme Dr. Mamadou Barry, espérant que les résolutions issues de ce forum soient le début d’une histoire qui fera que les préférences des populations au niveau bousculent l’agenda national et celui international.

« L’appropriation des sujets de développement par les acteurs locaux et la mise en confiance de ces acteurs à travers le partage des outils adaptés constituent le chemin pour le développement. C’est pourquoi, je formule le vœu que les résolutions issues de ce forum soient le début d’une histoire qui fera que les préférences des populations de nos territoires bousculent l’agenda national et celui international. J’espère donc que Kankan va être à l’instar de Labé, il y a quelques mois, un point d’ancrage de ce dialogue multi acteurs en faveur du développement ».

Unité nationale

Dr. Mamadou Barry déclare qu’il rêve d’une Guinée apaisée et prospère contribuant à l’universel avec confiance, reposant sur le fait que « notre nation roule sur ses quatre roues ».

« En plus de ce rêve et sans sortir du contrat national qui recommande que tous les Guinéens sans exception cultivent une amitié fraternelle, je voudrais formuler le vœu d’une fraternité particulière, d’une relation singulière, entre les fils de Kankan et Labé. Cher Sansy, travaillons-y avec l’aide de nos ainés ici présents. Cela pourrait être un autre bel exemple à reproduire à l’échelle nationale », a-t-il lancé.

Avant de terminer son discours, il a exprimé ses remerciements au Président Mamadi Doumbouya, pour l’opportunité qui lui a est offerte de servir la Guinée et de partager au sein de l’administration guinéenne des idées aux côtés des Hauts Cadres comme M. Facinet Sylla, Ministre du Budget et M. Ahmed Karifa Diawara, Directeur Général du Budget.

Facély Sanoh

Pour Africaguinee.com

Créé le 14 novembre 2024 10:31

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