Dr Faya, opposant « VIP » du CNRD ? Le leader du BL répond à ses détracteurs et s’exprime sur les résultats du Référendum…

Dr Faya Milimono, président du Bloc Libéral

CONAKRY – Le président du Bloc Libéral s’est exprimé sur la publication des résultats partiels et provisoires du référendum du 21 septembre 2025. Lui dont la campagne pour le « Non » à la nouvelle Constitution semble avoir été ignorée, dénonce un processus « biaisé » qui, selon lui, pourrait être source d’instabilité. Dans cette interview, Dr Faya Millimouno répond également à ses détracteurs qui le qualifient d’« opposant VIP » du Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD).

AFRICAGUINEE.COM : Vous avez suivi la publication partielle des résultats provisoires du vote référendaire de dimanche par la direction générale des élections. Les premières tendances donnent une large victoire au « Oui » à la nouvelle Constitution. La surprise, pour certains, c’est que même dans la sous-préfecture de Ouendé Kénéma, votre localité d’origine, le « Oui » l’emporte à 100 %. Quelles sont vos impressions ?

Dr Faya Lansana Millimouno : C’est une déception. Mais je peux vous assurer que mon village, ma sous-préfecture, ma préfecture, ma région, et même la République de Guinée qui m’écoute avec attention, n’ont jamais désavoué mes prises de position.

Ce qui est en train de se passer dans ce processus référendaire est une véritable grossièreté. On est devant quelque chose qu’on n’aurait jamais imaginé possible. Même la Directrice générale des élections ne maîtrise pas les chiffres qu’elle publie. Les pourcentages qu’elle annonce ne tiennent pas. On a l’impression qu’elle n’a même pas fait les mathématiques élémentaires. Et ça, c’est très grave.

Nous avons suivi ce processus avec la plus grande attention parce que nous étions impliqués. Nos militants et sympathisants ont été invités à se rendre massivement aux urnes pour voter. Savez-vous pourquoi il y a eu un nombre si élevé de votes nuls ? C’est parce que, dans beaucoup d’endroits à travers le pays, les bulletins étaient déjà cochés avant d’être remis aux électeurs. Alors, pour les annuler, certains ont préféré écrire n’importe quoi dessus. Résultat : les chiffres provisoires font état de plus de 160 000 bulletins nuls. Voilà un premier enseignement.

Un autre enseignement, c’est que dans de nombreux endroits, il n’y a pas eu de véritable vote. Des chefs de quartier et présidents de district, à qui on avait dit : « s’il y a plus de cinq votes Non, vous perdez votre poste », se sont mis à bourrer les urnes. Même à Conakry, nous avons des photos montrant des personnes en train de procéder à ces bourrages.

Tout cela est grossier, déconcertant et inacceptable. Ce n’est pas la Constitution que nous avions rêvée. Cela ouvre la voie à toutes sortes d’instabilités. Nous revivons, en quelque sorte, le scénario de septembre 2021, quand Alpha Condé s’est entêté à changer la Constitution pour briguer un troisième mandat et gouverner comme dans une monarchie. Aujourd’hui encore, nous voilà replongés dans une situation qui risque de ramener le pays à une instabilité que nous n’aurions jamais souhaitée.

Mais concrètement, Docteur, quelles preuves avez-vous que, dans votre village, les gens n’ont pas voté « Oui », en faveur de la Constitution ?

J’ai des relais sur le terrain. La consigne que j’ai donnée aux militants était claire : ne vous exposez pas, ne vous mettez pas dans une situation où vous pourriez être violentés. On a vu le déploiement de près de 50 000 agents de défense et de sécurité à travers le pays. On ne sait pas quelles consignes ils avaient. Mais on sait que ce pouvoir est violent.

J’avais signé des mandats pour les délégués du parti sur tout le territoire, mais en leur précisant toujours : « Si l’on ne reconnaît pas vos mandats localement, retenez-vous. Ne vous exposez pas à la violence, à la disparition ou à la torture ».

Nous avons reçu de nombreux retours de militants et de responsables locaux, de Conakry jusqu’à Yomou. Beaucoup se sont rendus aux bureaux de vote non seulement pour voter, mais aussi pour observer.

Alors, il faut comprendre : en 2015, malgré toutes les manœuvres du pouvoir, j’ai battu tout le monde à Ouendé Kénéma. En 2018, pareil. Si aujourd’hui on annonce 100 % pour le « Oui » dans cette localité, il faut bien s’interroger.

Depuis l’enrôlement, à Ouendé Kénéma, il n’y a eu ni morts, ni déplacés, ni malades empêchés de voter. Comment peut-on alors prétendre qu’il n’y a eu aucun vote en faveur du « Non » ? Statistiquement, une telle probabilité n’existe pas. Je suis en contact quotidien avec les habitants de ma région, et cela suffit déjà comme indicateur pour affirmer que nous ne pouvons accorder aucun crédit à ce qui s’est passé.

Allez-vous attaquer les résultats qui seront proclamés devant les juridictions compétentes ?

Il n’y a pas de juridictions compétentes en Guinée. Aucun détenteur du pouvoir judiciaire n’oserait aujourd’hui prendre une décision pour défendre la légalité. Je n’y crois pas.

Donc, vous ne comptez pas contester ?

Non, nous ne comptons pas.

Qu’allez-vous faire alors ?

Au moment où je vous parle, nos équipes travaillent à faire la synthèse de toutes les anomalies constatées et à élaborer une déclaration. Celle-ci sera rendue publique dans les prochaines 24 heures.

Certains Guinéens vous qualifient d’« opposant VIP » du CNRD, voire d’un leader qui jouerait un double jeu pour légitimer le pouvoir en place. Que répondez-vous ?

Je ne veux pas donner de crédit à ce genre d’accusations. Ces allégations, sans preuves, ne méritent pas d’attention. Ce n’est pas la première fois qu’on me lance ce type d’attaques. Parfois, vos confrères annonçaient même la couleur de la cravate que je porterais si j’étais nommé au gouvernement — et cela ne s’est jamais vérifié. Quand la réalité les contredit, ils inventent des prétextes : « il avait trop demandé », etc.

Ce qui est grave, c’est que ces accusations reposent sur un seul désir intime : apprendre un matin que j’ai été enlevé, torturé ou tué. C’est malsain et dangereux. Rappelez-vous : j’étais aux côtés de Cellou Dalein Diallo quand un projectile a été lancé contre nous. Nous en sommes sortis vivants.

Je refuse de donner de l’importance à ces rumeurs. Ceux qui les propagent ne mènent pas un combat de valeurs, mais un combat de haine et de contre-valeurs. Ils souhaitent mon malheur — qu’on me voie disparaître — et s’en réjouiraient. Si ce n’était pas Africaguinee, un média sérieux, je n’aurais même pas répondu à ces attaques.

Seul Dieu détient ma vie. On se souvient que la balle tirée dans la voiture où j’étais ne m’a pas atteint. Dieu seul sait ce que sera mon avenir.

Quel message final voulez-vous adresser sur tous ces sujets ?

Le travail approfondi que le parti mène en ce moment montre que tous les ingrédients d’une future instabilité sont réunis, au même titre que ce qui a préparé la crise de septembre 2021. Cette Constitution est inacceptable : on veut imposer un texte, tenter d’organiser des élections et créer un monarque.

Les Guinéens attendent qu’une nouvelle page s’ouvre, mais ce ne sera sans doute pas dans le sens souhaitable si l’on continue ainsi. Quand le CNRD est arrivé en 2021, après les dérives d’Alpha Condé, beaucoup pensaient que la Guinée retrouverait son équilibre ; or, je constate aujourd’hui que l’on réunit encore des conditions qui peuvent mener à l’instabilité.

Pour ceux qui m’accusent d’avoir été la « taupe » de tel ou tel : posez la question à Alpha Condé — s’il y avait eu un deal entre nous, il saurait le dire. Beaucoup ne cherchent pas la vérité ; ils cherchent à détourner l’attention des véritables responsables qui ont mis le pays en faillite. On attaque celui qui n’a pas géré, parce qu’il n’a pas d’argent, tandis que ceux qui ont pillé le pays ne sont pas questionnés.

Je ne me laisse pas atteindre par la haine déversée sur les réseaux. Certains souhaitent ma mort ; cela ne dépend pas d’eux. Seul Dieu connaît ma destinée, et aucun homme n’en dispose.

Interview réalisée par Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 24 septembre 2025 07:59

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