DGE, fichier électoral, RAVEC, survie du RPG arc-en-ciel : Marc Yombouno s’exprime…(entretien)

CONAKRY – Alors que la participation du RPG Arc-en-ciel aux prochaines élections reste incertaine, en raison de sa suspension et d’autres facteurs, le parti d’Alpha Condé suit de près le processus de retour à l’ordre constitutionnel en Guinée. Dans ce contexte, l’ancien parti au pouvoir réagit à plusieurs sujets d’actualité politique : la nomination de la directrice générale des élections, les résultats provisoires du RAVEC (Recensement administratif à vocation d’état civil), ainsi que la mise en place du fichier électoral. Dans cet entretien, Marc Yombouno, ancien ministre du Commerce et l’un des rares cadres à s’exprimer publiquement au nom du parti, livre sa lecture de la situation.

AFRICAGUINEE.COM : Parlons des résultats provisoires du RAVEC : plus de 9 millions de personnes ont été recensées. Dans le cadre du fichier électoral, on parle de plus de 6 millions d’électeurs. Qu’en pensez-vous ?

MARC YOMBOUNO : Nous ne pouvons pas réellement apprécier les chiffres, car nous avons été exclus du processus. Nous ne faisons que constater.

Selon la répartition par région, Kankan – considéré comme le fief traditionnel du RPG Arc-en-ciel – arrive en tête devant Conakry. Que pensez-vous de cette configuration ?

Si les chiffres avancés sont exacts, alors cela soulève des interrogations. C’est tout. On doit se poser des questions sur les critères et la méthodologie de ce recensement.

Mais sous le régime du RPG, Kankan figurait déjà parmi les régions les plus peuplées en électeurs. Pourquoi remettez-vous en question ces chiffres aujourd’hui ?

C’est vrai. Lors de la dernière actualisation du fichier électoral en 2020, Kankan venait en deuxième position après Conakry. Cela avait été justifié par l’exode de nombreux jeunes vers les zones minières. Les choses avaient été vérifiées.

Mais aujourd’hui, Kankan arrive en tête, devant même Conakry. Et cela, sans qu’aucun acteur politique n’ait participé au processus. C’est pourquoi il revient à ceux qui ont mené ce recensement de fournir des explications : sur quels critères ce classement repose-t-il ? Comment ont-ils extrait du fichier les personnes de moins de 18 ans ? Ils avaient annoncé que le RAVEC concernait les personnes âgées de 10 ans et plus. Il faut donc maintenant qu’ils précisent la part des électeurs majeurs dans ces chiffres.

Le RPG Arc-en-ciel est suspendu, et certains cadres influents de Kankan, comme Taliby Dabo, semblent se rapprocher du pouvoir militaire, tout en gardant les couleurs du RPG. Quel avenir pour votre parti à l’approche des élections ?

Marc Yombouno

Le RPG Arc-en-ciel se porte très bien. Nos acquis sont solides. Si nous n’étions pas aussi bien implantés dans le pays, il n’y aurait pas autant de tension autour de notre parti, quatre ans après. N’oubliez pas : certains affirmaient qu’après le 5 septembre 2021, le RPG ne tiendrait pas trois mois. Pourtant, nous sommes toujours là. Et mieux, c’est notre parti qui continue de capter l’attention.

Les gens parlent, spéculent, mais nous sommes bien présents. Il faut comprendre que dans ce contexte de précarité, certaines personnes profitent de leur proximité avec le pouvoir pour améliorer leur quotidien, souvent en distribuant les ressources de l’État à ceux qu’ils cherchent à convaincre.

Mais l’essentiel, c’est l’esprit de militantisme. Et cet esprit est toujours là. C’est ce qui nous importe. Pour le reste, seul l’avenir nous le dira. Le RPG est debout, et c’est ce qui compte. Aucun parti n’a réussi à nous affaiblir. Et le CNRD n’est pas un parti politique. D’ailleurs, je ne comprends même pas ceux qui parlent de migration du RPG vers un mouvement. Un parti politique ne peut pas devenir un mouvement.

À voir la capacité de mobilisation de ces dissidents dans le Nabaya, cela pourrait éventuellement faire pencher la balance en faveur du CNRD, surtout que le projet de Constitution autorise les candidatures indépendantes. Cela ne vous inquiète-t-il pas ?

Posez la question à ceux que vous appelez « mobilisateurs ». À ma connaissance, dans toutes les élections remportées par le RPG Arc-en-ciel, ce ne sont pas eux qui ont été les grands artisans de la mobilisation.

Quelle appréciation faites-vous de la nomination de Mme Zénab Touré à la tête de la Direction générale des élections, l’organe chargée d’organiser les scrutins en Guinée ?

Nous n’avons pas vraiment d’appréciation à faire sur ses capacités. Ce que nous avons, ce sont plutôt des étonnements. Elle faisait partie des figures clés de l’administration électorale sous le régime du président Alpha Condé, où elle représentait l’État au sein de la CENI. Ce qui nous surprend aujourd’hui, c’est son revirement, et surtout le fait qu’elle reste, dans le contexte actuel de transition, une figure centrale du processus électoral.

Vous avez sans doute suivi ses propos concernant le fichier électoral, un fichier mis en place depuis le régime du général Lansana Conté, consolidé sous Dadis Camara, puis utilisé pour les scrutins de 2010 à 2020 avec le soutien financier et technique de nos partenaires internationaux. Elle avait pourtant reconnu qu’il avait été toiletté. Pourtant, c’est cette même personne qui, aujourd’hui, vient remettre en question sa fiabilité.

Par ailleurs, elle a été l’une des initiatrices du processus controversé de l’évaluation des partis politiques, dont l’objectif, selon nous, était d’écarter ou de marginaliser les grandes formations politiques. Elle est également au cœur du recensement dans le cadre du RAVEC et de la constitution du nouveau fichier électoral, un processus auquel les acteurs politiques n’ont pas été associés. Nous pensons donc qu’il s’agit d’une sorte de récompense pour tout ce qu’elle a accompli dans ce sens. Rien de plus.

Malgré tout, compte tenu de son expérience — ancienne commissaire de la CENI, directrice au MATD, impliquée dans le RAVEC, aujourd’hui directrice générale des élections — ne croyez-vous pas qu’elle a tout de même les compétences requises pour mener ce processus ?

Je ne peux pas apprécier ses capacités de manière objective. Je vous ai rappelé son rôle tout au long de cette transition. Or, ce processus a volontairement mis à l’écart les acteurs sociopolitiques, contrairement à ce qui se faisait auparavant. Comment peut-on, dans ces conditions, apprécier positivement une telle attitude ? Quel crédit accorder à son apport dans la suite du processus ? Nous ne pouvons rien dire, si ce n’est constater les faits, avec toutes les implications qu’ils comportent.

Nous avons effectivement suivi les grandes lignes du projet de Constitution, notamment cette disposition. Mais aujourd’hui, on se retrouve déjà avec une direction et une directrice en place, sans que les choses soient clarifiées. Faut-il prendre cette direction comme l’organe indépendant annoncé ? Rien n’est sûr. En tout cas, nous, nous ne pouvons pas nous appuyer là-dessus. Nous observons. Et nous cherchons à comprendre, à constater les faits.

Interview réalisée par Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 24 juillet 2025 08:11

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