De la troupe Lewrou Djéré aux planches : les confidences de Mamadou Lamarana Barry « Billo le faux »

CONAKRY-Figure de la comédie et du théâtre populaires en Guinée, Mamadou Lamarana Barry, connu sous le pseudonyme de « Billo le faux », est un visage familier du grand public. Révélé après son passage dans la troupe Lewrou Djéré, ce comédien cumule près de trois décennies de passion au service du 7ᵉ art guinéen.

Parcours, conditions de vie des artistes, poids des réseaux sociaux, gratuité des soins de santé et impact de l’intelligence artificielle… Dans cet entretien accordé à la rédaction d’Africaguinee.com, « Billo le faux » parle sans détour, avec sincérité, dignité et sagesse.

AFRICAGUINEE.COM : Vous êtes aujourd’hui une figure populaire de l’humour et du cinéma guinéens. Comment se porte votre carrière actuellement ?

MAMADOU LAMARANA BARRY (« Billo le faux ») : Alhamdoulillah, ma carrière se porte bien. Je continue de pratiquer mon métier avec la même passion. J’ai commencé le cinéma en 1997 et, en 2026, je suis toujours sur les planches et devant les caméras. De ce métier, je n’ai tiré que des bénédictions. Sur le plan personnel, grâce à cette profession, j’ai pu me marier, fonder une famille, éduquer mes enfants et nouer de bonnes relations à travers le pays. Dans tout métier, face aux bonnes ou mauvaises situations, il faut rendre grâce au Tout-Puissant. Je suis fier de ce métier car il m’a servi.

Quel regard portez-vous sur l’évolution de votre parcours et sur les moments forts de votre carrière ?

Ce qui m’a marqué dans notre parcours, c’est la portée éducative de nos films. Nos productions d’antan étaient morales et éducatives : il n’y avait aucune injure, aucune vulgarité. Un film pouvait être visionné en famille, en présence des parents et des enfants, sans honte. Nous prodiguions de vrais conseils de vie.

Mon surnom « Billo le faux » m’a été attribué lors du tournage d’un téléfilm marquant, dans lequel je jouais aux côtés de la fille de feues Fatou Linsan, Beby Linsan (paix à leurs âmes), d’Abdoulaye Barry « Étoile du Foutah », et de mon brigadier. Même si j’ai ensuite quitté la troupe Lewrou Djéré, ce nom est resté.

À propos de mon départ de Lewrou Djéré, dans la vie, la seule personne qu’on souhaite voir nous dépasser est son propre enfant. Les membres de la troupe Lewrou Djéré ne sont ni ingrats ni méchants : ce sont eux la source, ce sont eux qui nous ont formés. Quand on maîtrise son art, on peut tenter sa chance ailleurs. Nous sommes partis avec l’autorisation du directeur d’alors, Diallo Boston, dans la joie et la concorde. Aucun problème n’a causé mon départ, et je continue de collaborer avec certains d’entre eux.

Quels sont vos projets actuels et vos ambitions pour la suite de votre carrière dans le cinéma et l’humour ?

J’ai eu la chance de jouer dans des téléfilms diffusés sur la scène internationale. Mon ambition est d’avoir une fin de carrière dont on parlera et qui restera gravée dans les annales de la comédie et du cinéma en Guinée. Sur le plan personnel, j’aimerais qu’on m’appelle un jour « Elhadj Billo », car je souhaite accomplir le pèlerinage à La Mecque. Je veux terminer ma carrière dans de bonnes conditions.

« Autrefois, quand un artiste tombait malade, il devait se plaindre partout pour obtenir de l’aide. Aujourd’hui, grâce à la carte sanitaire, nous pouvons nous soigner en Guinée. »

On entend souvent dire que les artistes ont du mal à vivre de leur métier en Guinée. Le cinéma guinéen nourrit-il son homme aujourd’hui ?

Avant, il était difficile de vivre de son art. Aujourd’hui, la tendance a changé. Quand on fait un travail sérieux et apprécié du public, on vit de son art. Aujourd’hui, je vis de mon art. Les autorités nous accompagnent et des structures internationales collaborent avec nous. C’est la preuve qu’un travail bien fait finit par payer.

Quelles sont les difficultés majeures des comédiens et des acteurs pour vivre de leur art ?

Nous avons encore des difficultés : manque de soutien, manques d’équipements pour les tournages, manque de moyens de production et de formation professionnelle. Nous sollicitons de l’aide pour nos productions, nos tournages et le renforcement des capacités des acteurs. Si nous stagnons parfois, c’est par manque d’accompagnement financier et technique.

En revanche, sur le plan sanitaire, il y a une avancée. Depuis l’arrivée du Président Mamadi Doumbouya, et du ministre de la Culture, nous disons Alhamdoulillah. La majeure partie d’entre nous possède une carte sanitaire permettant de se soigner dignement. Avant, lorsqu’un artiste tombait malade, il se faisait soigner à travers ses connaissances ou en se plaignant publiquement. Aujourd’hui, on peut se soigner partout en Guinée. C’est le premier Président à s’occuper de la santé des artistes, comédiens et musiciens.

Face à l’émergence de jeunes talents et à l’évolution des attentes du public, comment les acteurs expérimentés maintiennent-ils leur place ?

Tout est question de méfiance, de prière et de retenue. La prière est la clé du succès. Un artiste est un messager : s’il ne vise que la célébrité ou l’amour passager des gens, il se perd.

Pour maintenir sa place et préserver l’amour de ses fans, il faut se méfier des dérives, entretenir son expérience, faire preuve d’exemplarité pour préparer sa vieillesse et garder de bonnes relations avec la jeune génération en lui servant de guide.

Comment les acteurs peuvent-ils réussir dans un environnement marqué par la concurrence et les nouvelles habitudes de consommation des contenus audiovisuels ?

Chacun a son destin et sa chance. Ce que Dieu a écrit pour vous, vous l’aurez. Malgré la concurrence ou l’accès facile à la célébrité aujourd’hui, tout le monde ne réussit pas de la même manière.

Parmi les personnes avec lesquelles nous avons commencé les troupes théâtrales, certaines marchent sans voiture ni conditions de vie favorables. À l’opposé, de jeunes comédiens arrivés récemment conduisent leurs propres voitures, pendant que des anciens prennent des taxis collectifs avec leurs scripts sous le bras. Tout est question de chance et de destin. L’essentiel est de travailler avec honnêteté, de rendre grâce à Dieu et de préserver la santé.

Comment le secteur du cinéma guinéen est-il organisé aujourd’hui ? Existe-t-il un cadre structuré pour accompagner les acteurs et défendre leurs intérêts ?

Aujourd’hui, nous sommes organisés, contrairement au passé où nous n’avions pas d’association solide. Avec la technologie et l’évolution du monde, les esprits se sont éveillés. À travers l’ATTAG (Association des Comédiens et Comédiennes de Guinée), nous avons connu plusieurs présidents, nous en sommes au sixième et nous avons des projets en vue. Même si nous n’en bénéficions pas tous immédiatement, notre souhait est que la génération future en récolte les fruits.

Quel est le rapport entre les anciennes générations d’acteurs et les nouveaux talents ? La transmission d’expérience se fait-elle ?

Au sein de l’ATTAG, anciens et jeunes forment un seul groupe. Nous sommes fiers de cette nouvelle génération car, lorsque nous l’appelons, elle répond présent. Ceux qui souhaitent faire un travail propre et durable viennent vers nous pour bénéficier de notre expérience et comprendre notre longévité. Ce que nous leur conseillons, ils l’acceptent volontiers.

Selon vous, que faudrait-il changer pour professionnaliser le secteur et permettre aux acteurs de vivre de leur métier ?

Il faut un soutien de l’État et des investisseurs privés dans la production et la formation. L’État fait des efforts, notamment à travers le soutien à la santé des artistes, mais la chaîne de production cinématographique a besoin d’un financement durable pour que nos créations s’imposent à l’international.

Les réseaux sociaux ont changé la manière de produire et de diffuser les contenus. Comment les acteurs guinéens s’adaptent-ils ?

Avec les réseaux sociaux, le monde est devenu un village : ce que vous faites est vu par le monde entier. Nos comédiens s’adaptent à ces outils. Nous approchons les jeunes pour les former et leur conseiller d’utiliser ces plateformes pour construire une carrière sans honte.

Les comédiens tirent-ils profit des réseaux sociaux (Facebook, TikTok, YouTube) ?

Beaucoup de jeunes de la nouvelle génération possèdent des pages monétisées sur ces plateformes. Certains y gagnent de l’argent, mais il y a deux approches : ceux qui versent dans le « n’importe quoi » ou la vulgarité pour gagner rapidement de l’argent grâce à la monétisation, et ceux qui produisent du contenu propre pour inscrire leurs œuvres dans la durée. Nous conseillons de privilégier la qualité et le respect.

Ces plateformes représentent-elles une opportunité pour les acteurs ou risquent-elles de fragiliser le cinéma traditionnel ?

C’est une opportunité de visibilité et d’archivage, à condition d’en faire un bon usage. Si les réseaux sociaux permettent de faire vivre une œuvre, mal utilisés, ils peuvent détruire la réputation d’un artiste et ruiner son avenir.

Avec l’essor de l’intelligence artificielle (IA), quel avenir envisagez-vous pour le cinéma et l’humour guinéens ?

C’est comme à l’époque où un artiste sortait une cassette ou un CD : les gens achetaient des milliers de CD par jour, puis la tendance a changé avec l’arrivée de YouTube. De la même manière, si l’évolution continue, l’IA aura un impact sur notre métier. Une chose demeure certaine : l’œuvre humaine et celle des machines sont différentes. C’est pourquoi nous restons sereins. Nous n’avons pas peur de l’IA. L’intelligence artificielle fera son travail, et nous, comédiens, nous ferons le nôtre avec nos émotions et notre humanité.

Quel message adressez-vous aux jeunes souhaitant embrasser une carrière dans le cinéma ou l’humour en Guinée ?

Chaque métier doit être exercé avec honnêteté, sérieux et passion, sous peine de regrets. Mon conseil à tout jeune souhaitant faire de la comédie est le suivant : faites-le, mais n’abandonnez pas vos études ni votre métier de base en pensant ne faire que du cinéma. Étudiez, apprenez un métier et faites les choses proprement pour que votre art vous honore toute votre vie.

Quel appel lancez-vous aux autorités, aux producteurs, aux partenaires culturels et au public ?

Aux producteurs, je demande de prendre le cinéma guinéen au sérieux et d’y investir des moyens. C’est un secteur rentable s’il est structuré. À l’État, nous renouvelons nos remerciements pour ce qui est fait, tout en sollicitant un accompagnement renforcé pour la production et la diffusion de nos œuvres afin de vivre de notre art.

Depuis nos débuts, nous existons grâce au public. Si nous sommes là, c’est grâce aux spectateurs qui nous regardent et nous aiment. Je remercie ceux qui nous suivent, à la télévision ou sur leur téléphone portable. À nos fans et à ceux qui nous soutiennent, je dis merci !

Interview réalisée par Yayè Aicha Barry

Pour Africaguinee.com

Créé le 18 octobre 2026 10:05

Nous vous proposons aussi

TAGS

étiquettes: , ,

TOTAL

YELLOWBET

UBA

LONAGUI

SONOCO

AGB2G

CBG

smb-2

Consortium SMB-Winning

Annonces

Recommandé pour vous

Annonces