Dalaba : comment Kankalabé a été l’ancienne terre d’asile du Fouta Djallon

Après la bataille de Talansan, les anciens almamys du Fouta Djallon avaient décidé, à l’unanimité, de construire des mosquées dans les différentes provinces. Kankalabé fut parmi les toutes premières localités à mettre en œuvre cette décision.

C’est vers 1925 que la grande mosquée de cette ancienne province du Fouta a été inaugurée, bien avant même celle de Timbo, capitale du Fouta théocratique. L’almamy de Kankalabé était alors le plus âgé parmi les chefs des diwés du Fouta Djallon. Écouté et respecté de tous, son autorité a largement contribué à faire de Kankalabé une terre d’asile.

À l’époque, quelle que soit la faute commise, une personne trouvant refuge à Kankalabé n’était plus poursuivie. Ce pacte avait été scellé lors d’une rencontre des hauts responsables des neuf provinces du Fouta Djallon.

Dans l’enceinte de cette mosquée, récemment rénovée, se trouve aujourd’hui une morgue répondant aux normes sanitaires, capable de conserver des corps pendant plusieurs jours sans conséquence.

Le premier imam de la localité explique pourquoi Kankalabé fut la première province à inaugurer une mosquée :

« Après la bataille de Talansan, il avait été décidé que chaque province construise une mosquée afin de reconvertir les non-musulmans. Kankalabé a anticipé cette décision et annoncé l’inauguration de sa mosquée. Encouragés, les décideurs sont venus l’inaugurer avant presque toutes les autres. Même Timbo et Labé sont venus après nous. C’est ce qui explique pourquoi Kankalabé était la province la plus écoutée. Le chef était à Timbo, mais l’almamy le plus âgé résidait ici, à Kolladhé. Certains ignorent encore le nom de Kankalabé et parlent de Kolladhé, alors que c’est la même localité », explique Thierno Mamadou Aliou.

La mosquée a été rénovée à plusieurs reprises et conserve toujours son éclat. Récemment, une morgue y a été construite, une réalisation rare pour une sous-préfecture.

« C’est grâce à Hadja Aïcha que nous avons bénéficié de cette morgue. Le travail a été bien fait. On peut y conserver des corps pendant plusieurs jours et nous n’avons jamais connu de problème majeur. Tout le matériel nécessaire est disponible », ajoute l’imam de la grande mosquée de Kankalabé.

Autrefois, Kankalabé était reconnue comme une véritable terre d’asile. Même une personne ayant commis un homicide pouvait s’y réfugier, être pardonnée et réintégrée dans la société.

« Avant, ceux qui commettaient des crimes graves étaient exécutés. Mais l’ancien almamy de Kolladhé avait plaidé pour un changement de méthode : imposer des amendes ou d’autres formes de sanctions au lieu de tuer. Sinon, on aurait fini par éliminer tout le monde sans pouvoir les reconvertir à l’islam. Il a été entendu, et c’est ainsi que Kankalabé a été consacrée terre d’asile. Même les meurtriers pouvaient s’y réfugier sans être inquiétés. Beaucoup s’y sont installés durablement, bien qu’ils ne soient pas originaires de la localité », explique le religieux.

Selon l’histoire, Kolladhé était la plus grande province de son arrondissement. Celui-ci comprenait également les provinces de Kébaly et de Fougoumba. Timbo était le chef-lieu des provinces de Fodé Hadji et de Bhouria, tandis que Labé dirigeait celles de Koin et de Timbi.

Habib Samaké
Correspondant d’Africaguinee.com à Mamou

Créé le 16 février 2026 16:47

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