Dadis et Toumba se sont-ils « réconciliés » ? Les faits au-delà des commentaires…
CONAKRY-Le capitaine Moussa Dadis Camara et son ex aide de camp, le commandant Aboubacar Sidiki Diakité dit Toumba sont sous le feu des projecteurs depuis le 05 septembre. Ces deux illustres détenus que tout oppose dans le procès sur le massacre du 28 septembre 2009, ont fait une apparition peu ordinaire, à la maison centrale à l’occasion de la finale d’un tournoi de prisonniers. Cerise sur le gâteau, le capitaine Marcel Guilavogui était aussi de la partie (voir photo).
Souriants, les deux anciens complices devenus adversaires sont apparus décontractés aux côtés du garde des sceaux, sur des images devenues virales. Ces clichés ont suscité l’indignation chez des citoyens.

Certains ont même vu derrière, une « réconciliation déguisée », alors que le procès est loin de connaitre son épilogue. Les proches des victimes expriment une vive préoccupation. Qu’en est-il ? Africaguinee.com lève un coin du voile sur ces clichés.
« Nous ne sommes pas contre que d’administration pénitentiaire organise des activités physiques pour les détenus parce que cela contribue à la préservation de la santé des détenus. Ce n’est pas mauvais en soi qu’un tel exercice soit organisé. Mais ce que nous ne comprenons pas et qui nous préoccupe c’est le fait pour le ministre de la justice de poser pendant cette activité avec des accusés qui sont poursuivis pour des crimes aussi graves. Le fait pour le ministre de la justice de prendre des images avec les principaux auteurs (présumés) du massacre du 28 septembre 2009 et de tenir un discours de réconciliation alors que le procès est en cours, vraiment cela est préoccupant pour nous.

Vous imaginez ce que cela renvoie comme image chez les victimes ? C’est la peur. Nous pensons que c’est une situation qu’on pouvait nous épargner et nous espérons que cela ne va pas empiéter la procédure judiciaire qui est en cours et que la même volonté politique qui a caractérisé la dynamique de ce procès depuis le départ va continuer et que cela ne va pas nuire à la suite du procès. C’est vraiment déplorable de voir ces images parce que c’est aussi un outrage à l’endroit des victimes », a martelé Alseny SALL, responsable de la communication de l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’Homme (OGDH).
Selon une source judiciaire proche de la maison centrale, l’organisation de ce tournoi ne date de cette année. C’est compte tenu de la pandémie de la Covid-19 que les tournois sportifs ont été suspendus au sein de la maison carcérale.
« C’est un tournoi qui a l’habitude d’être organisé au sein de la prison. Depuis longtemps ça n’a pas été organisé pour beaucoup de raisons : Covid et d’autres épidémies qu’on a connues récemment. Sinon c’est un évènement qui s’organisait bien avant avec les différents quartiers et la garde pénitentiaire avait une équipe. C’est donc un évènement qui a été réactivé cette année », explique notre source.
Ce proche de l’administration pénitentiaire admet que pour quelqu’un qui estime que Dadis a donné des « ordres pour aller massacrer ses parents au stade » lorsqu’il voit ce dernier sourire sur une photo, ça peut toujours le heurter.
« Pour quelqu’un qui estime que Toumba a fat ceci ou cela au stade, le 28 septembre, pour celui ou ceux-là aussi on peut comprendre. Certes le ministre a été invité mais c’est à l’occasion de la finale mais bon, chacun a sa propre conception des choses. Sinon habituellement on organisait ces tournois-là, ça se passait bien, sans bruit (…) sachant que cela permet de détendre un peu l’atmosphère, de communier entre les quartiers parce que les quartiers (de la maison centrale) ne sont jamais ouverts au même moment pour des raisons de sécurité. Pendant ce temps si on pense que tout est OK à l’intérieur on peut essayer de discuter de détention. Le sport est un moyen de réinsertion, c’est un moyen par lequel on oublie même la guerre. C’est parce que le climat est bon qu’on pense aussi à ces genres d’évènements », réagit ce proche du ministère de la justice.

Pour le porte-parole de l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme (OGDH), le problème n’est pas le match au sein de la maison centrale. Il ajoute qu’en tant que partie civile dans le dossier des douloureux évènements de 2009, ils s’emploieront dans le travail de sensibilisation et d’accompagnement des victimes pendant toutes la procédure.
« Nous veillerons également à faire en sorte que les droits des victimes que nous défendons soient respectés tout au long de la procédure. Nous continuerons à garder l’œil ouvert sur toute la procédure parce qu’il y a des phases qui restent dans ce dossier tel que les transports judiciaires au stade et dans plusieurs endroits ciblés notamment les fosses communes, les confrontations entre les accusés, la comparution des témoins. Également nous pensons qu’à la réouverture du procès après les vacances que les autorités prendront en compte toutes les situations qui pourraient perturber le déroulement normal du procès comme les mouvements des avocats, des gardes pénitentiaires et des magistrats », a indiqué Alseny SALL.
Réconciliation entre Dadis et Toumba ? Ce que dit le ministre de la Justice, lui-même au cœur de la polémique.

« Quand je suis allé sur les lieux (maison centrale) j’ai vu monsieur Toumba, j’ai vu monsieur Marcel je me suis dit qu’on ne peut pas avoir la présence d’esprit de tous ces gens-là si c’est une question de cohésion entre détenus, quelque soit le motif pour lequel ils sont là, il faut inviter capitaine Moussa Dadis de venir s’associer à l’événement, c’est ce qui a été fait. Lorsqu’on part plus loin pour dire qu’il y a des victimes du massacre du 28 septembre, on veut déplacer les choses dans leur contexte. Je veux que les gens comprennent : ça n’a rien à avoir avec une quelconque initiative d’aller vers une réconciliation alors que le dossier judiciaire est pendant devant les juridictions », a tranché le garde des sceaux.
Siddy Koundara Diallo et Oumar Bady Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 7 septembre 2023 14:28Nous vous proposons aussi
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