Culture : La mémoire du “Puutoo”, préservée grâce à un ouvrage posthume

CONAKRY– C’est une œuvre sauvée de l’oubli. Un manuscrit patiemment rédigé à la main il y a 20 ans par un passionné de l’histoire et des traditions peules : Elhadj Souleymane Bah. Décédé avant la publication de son livre consacré au Puutoo, bonnet traditionnel de l’aristocratie peule du Foutah, l’auteur n’aura pas vu aboutir son projet. Mais grâce à la détermination de sa fille, Fatoumata Binta Bah, son travail monumental a finalement été publié à titre posthume.

La cérémonie de présentation de l’ouvrage, édité par L’Harmattan Guinée, s’est tenue ce jeudi 20 novembre 2025 dans la capitale guinéenne, Conakry. Elle a été marquée par une forte charge symbolique et des témoignages poignants sur l’importance culturelle, historique et identitaire de cet objet emblématique.

« Je voulais préserver sa mémoire et notre patrimoine »

Émue, Fatoumata Binta Bah a raconté le combat qu’elle a dû mener pour concrétiser le rêve de son défunt père. « La sortie de ce livre est une fierté pour moi parce que mon papa a beaucoup œuvré pour qu’il soit publié. Malheureusement, il est décédé avant de voir le résultat. J’ai pris l’initiative de faire éditer le livre pour conserver un peu sa mémoire », témoigne-t-elle.

C’est au cours de la cérémonie qu’elle dit avoir pleinement réalisé la portée de son geste : « On m’a fait comprendre que je contribuais aussi à préserver un patrimoine national. Mon père était un passionné, attaché à sa ville natale et aux traditions. Il a passé près de cinq ans dans les villes et villages du Foutah à enquêter sur l’histoire du Poutô », raconte la fille de l’auteur.

Le livre retrace non seulement l’origine, la structure et l’évolution du bonnet Peul, mais aborde également l’habitat traditionnel du Foutah, notamment les décorations façonnées autrefois par les femmes.

Un manuscrit patiemment reconstruit

Selon Dr Oumar Doumbouya, Directeur national de l’Enseignement supérieur, le manuscrit d’origine nécessitait un important travail de réorganisation : « C’était un manuscrit écrit à la main il y a plus de 20 ans. Nous l’avons compilé, ordonné et organisé pour en faire un véritable ouvrage. J’ai aussi recueilli des témoignages sur l’auteur pour enrichir le livre », expliqué le Directeur national de l’Enseignement supérieur.

Le résultat est un ouvrage de 120 pages, structuré en une dizaine de chapitres, qui expliquent non seulement la symbolique du Poutô, mais aussi l’organisation sociale traditionnelle du Foutah Djallon.

Pour Dr Oumar Doumbouya, ce livre arrive à point nommé : « Le Poutô est un objet culturel qui était en voie de disparition. Aujourd’hui, il retrouve une visibilité, au point qu’à l’étranger, on reconnaît souvent un Guinéen grâce à ce bonnet », se réjoui Dr Oumar Doumbouya qui encourage les jeunes chercheurs à s’approprier ce nouvel outil documentaire.

« Ce n’est pas un ouvrage de spécialité, mais c’est un ouvrage de référence qui donnera de la matière à nos savoirs. J’en appelle à la lecture : la lecture nourrit l’esprit », lance-t-il.

Le Poutô, un symbole identitaire majeur du Foutah Djallon

Le Pr Sidy Maladho Baldé, historien, a replacé le Poutô dans son contexte historique : « Ce n’est pas qu’un simple mode vestimentaire. C’est un signe identitaire et culturel très fort qui a prévalu au Foutah entre 1725 et 1896. Il symbolisait la noblesse, l’organisation sociale et la représentation politique au sein du Foutah confédéral », rappelle cet historien qui ajoute qu’autre fois que le Poutô était réservé à l’aristocratie Peule, avant sa démocratisation progressive.

L’historien invite désormais à une réflexion profonde sur le Poutô : « Aujourd’hui, il faut distinguer le Poutô en tant qu’habillement courant et le Poutô dans sa valeur culturelle et historique. Les travaux des chercheurs et des intellectuels nous guideront sur la direction à prendre pour préserver ce symbole », ajoute Pr Sidy Maladho Baldé.

Un patrimoine sauvé, une mémoire honorée

En publiant le manuscrit de son père, Fatoumata Binta Bah n’a pas seulement accompli un devoir filial : elle a contribué à préserver un pan essentiel du patrimoine culturel Peul et guinéen. À travers ce livre, un objet traditionnel retrouve sa place dans la mémoire collective.

Le Poutô, longtemps réservé aux dignitaires du Foutah, devient aujourd’hui un symbole national, porté par tous et reconnu même au-delà des frontières. Grâce à ce travail posthume, il retrouve aussi son histoire.

Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 21 novembre 2025 06:43

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