Crise de liquidité: les retraits d’argent plafonnés dans les banques, les usagers sur le qui-vive

CONAKRY- En Guinée, malgré les annonces officielles de mesures prises par les autorités bancaires et le gouvernement, la crise de liquidité persiste de plus belle. 

La situation devient de plus en plus préoccupante pour de nombreux citoyens qui peinent à entrer en possession de leur argent dans les banques. 

Dans les kiosques de transfert mobile money comme dans les banques, retirer de l’argent relève désormais du parcours du combattant. Oumar en a fait l’amère expérience ce samedi 21 février, dans une banque commerciale de la place.

Venu effectuer un retrait n’excédant pas un million de francs guinéens, il s’est heurté à un refus de la chargée de clientèle.

« Vous êtes venu pour un retrait ? Pour combien ? — Un million, si possible. — Non », lui répond l’agent, dans cette banque située en haute banlieue de Conakry, a constaté un journaliste d’Africaguinee.com.

Faute d’alternative, Oumar Sow s’est résigné à retirer cinq cent mille francs guinéens.

« C’est vraiment inquiétant. J’avais besoin d’un million. À la banque, on me dit que je ne peux retirer que 500 000 francs guinéens. Étonné par la réaction de la chargée de clientèle, je me suis résigné à prendre ce montant et à chercher une solution ailleurs », témoigne-t-il à l’issue de l’opération.

Dans la même agence, un autre client, venu retirer cinq millions de francs guinéens, a dû renoncer en raison du plafonnement des retraits.

« Il est venu pour cinq millions. On lui dit qu’il ne peut retirer que cinq cent mille. L’écart est énorme. Il est sorti de la salle très remonté », rapporte un vigile de la banque.

Amadou Diallo, qui prépare le baptême de son fils, dit être confronté à la même difficulté.

« C’est une situation préoccupante. Je prépare la cérémonie de baptême de mon enfant, mais je suis sérieusement impacté par cette crise de liquidité. Dans chaque agence où je me rends, on me dit que je ne peux pas retirer le montant souhaité. C’est vraiment compliqué », explique-t-il.

Alors que la crise tend à se généraliser dans le pays, impactant également les commerçants et les gérants de kiosques de transfert électronique, le gouvernement communique peu sur les démarches en cours pour apporter une solution durable.

Le 12 février dernier, le Premier ministre Amadou Oury Bah avait posé un diagnostic sans complaisance du secteur financier national. Malgré une croissance économique jugée “soutenue”, le chef du Gouvernement avait estimé que les retombées ne sont pas encore suffisamment perceptibles pour le citoyen et l’entrepreneur guinéen. Selon lui, le nœud du problème réside dans l’orientation actuelle des financements bancaires.

Le Premier ministre avait pointé du doigt un “déséquilibre structurel” qu’il convient de corriger pour soutenir la production locale. 

« Aujourd’hui, le secteur bancaire finance davantage les besoins de l’État que ceux de l’économie réelle. Pour un développement inclusif, il est indispensable de diversifier l’économie, d’investir dans les infrastructures, le capital humain et la collectivité… », avait pointé le chef du Gouvernement.

Bah Oury avait dénoncé l’omniprésence du cash (argent liquide) dans les transactions quotidiennes.

« Il est indispensable de réformer la pratique bancaire afin de réduire l’usage du cash et d’encourager la bancarisation. J’invite les banques à accompagner cette transformation par l’innovation et l’adaptation à une clientèle diversifiée », avait plaidé Amadou Oury Bah.

Du côté de la Banque centrale de la République de Guinée, l’argument avancé le plus souvent reste celui de la thésaurisation des billets de banque. En attendant, notamment en cette période de pénitence chez les musulmans et les chrétiens, de nombreux citoyens continuent de faire face à une situation particulièrement difficile.

À suivre…

Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 21 février 2026 15:27

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