Conakry : La Guinée valide sa stratégie nationale de migration de main-d’œuvre 

CONAKRY – La Guinée se dote d’une stratégie nationale pour encadrer la migration de main-d’œuvre (SNMMO). Le document axé sur les droits humains et le travail décent a été adopté à l’issue d’un atelier organisé par la Direction générale du Travail et des Lois sociales, lundi 27 octobre 2025.

La rencontre, tenue dans un réceptif hôtelier de la capitale, a réuni 70 participants, dont 50 % de femmes, issus d’institutions et d’organisations partenaires. Parmi eux figuraient des membres du comité technique restreint, du comité national tripartite de suivi des activités du BIT, ainsi que des cadres des directions et services des ministères sectoriels, des partenaires sociaux et des partenaires au développement.

Cet atelier était axé sur des éléments, entre autres :

– Présenter et vulgariser la Stratégie Nationale de la Migration de Main d’œuvre

auprès des mandants tripartites et organisations de la société civile, en vue de leur appropriation ;

– Rappeler et préciser les rôles et responsabilités des acteurs impliqués, dans la stratégie de mobilisation des ressources et la coordination de la mise en œuvre de la Stratégie Nationale de la Migration de Main d’œuvre en Guinée ;

– Procéder à la remise officielle du document de la Stratégie Nationale de la Migration de Main d’œuvre aux mandants tripartites.

La stratégie qui a été validée se veut un levier de gouvernance migratoire efficace, un outil d’harmonisation des politiques nationales et un vecteur de promotion du travail décent pour les migrants, en Guinée comme à l’étranger, a souligné le directeur général du Travail et des Lois sociales, au ministère du Travail et de la Fonction publique.

« Je tiens à remercier à cette occasion tous les participants pour leur engagement constant, ainsi que l’OIT et ses partenaires pour leur appui technique et financier tout au long de ce processus”, a déclaré le directeur Aly Badara Keïta.

Il a rappelé que le lancement officiel du processus en décembre 2024, marquait la volonté du gouvernement de doter le pays d’un cadre stratégique pour mieux gérer la migration de main-d’œuvre dans un contexte de transition économique et sociale. 

“La deuxième étape a été le recrutement d’un consultant international, en collaboration bien sûr avec l’OIT, chargé de conduire le diagnostic, l’analyse des données et la rédaction des documents stratégiques. La troisième étape a été l’organisation d’une série de consultations multisectorielles avec les acteurs étatiques, les partenaires sociaux, la société civile et tous ceux qui interviennent dans le cadre de la migration de travail en République de Guinée.

La quatrième étape a été l’organisation d’ateliers qui ont permis non seulement d’élaborer la stratégie nationale et son identité visuelle, mais aussi de présenter, à travers ces ateliers, les résultats de cette stratégie. Ces rencontres ont recueilli les contributions des uns et des autres et permis la validation technique du document de stratégie nationale de la migration de main-d’œuvre », a expliqué Aly Badara Keïta, directeur général du Travail et des Lois sociales, au ministère du Travail et de la Fonction publique.

Il a ajouté que la rédaction de la stratégie nationale de la migration de main-d’œuvre est une volonté politique du gouvernement guinéen.
« Cette volonté politique s’est manifestée surtout par l’implication de tous les acteurs à tous les niveaux, ce qui a permis aujourd’hui de mettre à disposition ce document de stratégie nationale de migration de main-d’œuvre », a-t-il enchaîné.

La Guinée a connu ces dernières années une transformation rapide de ses dynamiques migratoires, en tant que pays d’origine, de transit et de destination, selon madame Florina Costica, cheffe d’équipe gouvernance à la délégation de l’Union européenne en Guinée.

« Ces mobilités sont à la fois un défi et une opportunité. Elles traduisent la vitalité de la jeunesse guinéenne en quête d’emploi et d’avenir, mais elles soulignent aussi la nécessité d’une gouvernance cohérente, fondée sur les droits humains et sur les besoins du marché du travail. La stratégie nationale que vous validez aujourd’hui répond directement à ces enjeux. Elle s’inscrit dans le cadre du Programme par pays de promotion du travail décent (PPTD 2025-2029) et du Cadre de coopération des Nations Unies pour le développement durable (UNSDCF 2024-2028), tout en étant alignée sur la Politique nationale de l’emploi 2024-2030 et sur la Politique nationale de migration adoptée en 2020 », a-t-elle martelé.

« L’Union européenne reste pleinement engagée aux côtés de la Guinée et de ses partenaires régionaux pour transformer cette stratégie en résultats concrets : en emplois décents, en formations qualifiantes, en trajectoires sûres et en histoires de réussite. Parce que derrière chaque politique publique, il y a des vies. Et derrière chaque stratégie, il y a une promesse : celle d’un avenir plus juste, plus ouvert et plus humain », a rassuré madame Costica.

Au nom du Mouvement syndical guinéen, Kader Aziz Camara a indiqué que le processus lancé aujourd’hui s’inscrit dans un cadre collectif obligatoire, garantissant que les flux de travailleurs migrants soient gérés de manière responsable, équitable et durable, au bénéfice des travailleurs migrants et de leurs familles, tout en protégeant leurs droits fondamentaux et en renforçant le dialogue social, contribuant ainsi pleinement à l’économie nationale de la Guinée.

« Il est essentiel de rappeler que notre pays a déjà ratifié la Convention 143 de l’OIT relative au travail transnational et aux droits des travailleurs migrants. Cet engagement ne constitue pas un frein au travail décent des migrants, bien au contraire. Parallèlement, certaines situations doivent nous interpeller avec davantage d’urgence et de responsabilité pour exiger une politique nationale solide, des mécanismes de contrôle efficaces et une collaboration renforcée entre l’État, les employeurs et les travailleurs à travers leurs représentants sur les questions d’équité migratoire », a-t-il déclaré.

Cette cérémonie marque l’aboutissement d’un processus participatif et inclusif entamé en décembre 2024, a rappelé la cheffe de cabinet du ministère du Travail et de la Fonction publique.

Au nom du ministre Faya François Bourouno, elle a salué l’engagement et l’expertise des différentes parties prenantes qui ont permis de produire un cadre d’intervention réaliste, cohérent et aligné sur les standards internationaux.

« Cette stratégie n’est pas un document de plus. Elle constitue un outil d’orientation, de coordination et d’action qui fait de la migration de main-d’œuvre un moteur de prospérité partagée. Autour de trois piliers majeurs : la promotion du travail décent pour tous, l’élargissement de la protection sociale aux travailleurs migrants et, de manière cruciale, la lutte contre les pratiques abusives et l’exploitation », a exprimé madame Hassanatou Bah.

Pour que cette stratégie soit un succès, elle doit être pilotée par le dialogue, selon la représentante du ministre.

« C’est pourquoi ce document formalise le renforcement du dialogue social comme mécanisme essentiel de régulation, ainsi que l’amélioration des cadres institutionnels et réglementaires pour garantir une gestion transparente et efficace des flux de main-d’œuvre. Je lance un appel solennel, au nom de monsieur le ministre, à une appropriation institutionnelle forte de cette stratégie.

Sa mise en œuvre ne doit pas rester lettre morte. Elle doit être soutenue et portée par tous les acteurs impliqués : partenaires sociaux, société civile et administrations. Faisons de la Stratégie nationale de la migration de main-d’œuvre un document au service de la justice sociale et de la prospérité partagée », a poursuivi madame Bah.

Depuis le lancement du processus en décembre 2024, la Confédération générale des entreprises de Guinée (CGE-GUI) s’est dite activement impliquée à chaque étape, afin de faire valoir le point de vue du secteur privé dans les mesures adoptées pour promouvoir un développement économique inclusif.

Dans cette perspective, Ismaël Keïta, vice-président de la structure, a rappelé que la CGE-GUI n’a ménagé aucun effort pour apporter sa contribution au processus d’élaboration de cette stratégie, tant au niveau régional et mondial qu’au niveau national.

« Le patronat guinéen réaffirme son engagement ferme à soutenir une migration de main-d’œuvre organisée, sécurisée et bénéfique à la nation et à la sous-région. Nous continuons à collaborer avec le BIT, les institutions publiques et nos partenaires régionaux pour faire de cette stratégie un levier concret de croissance, de compétitivité et de cohésion sociale », a-t-il indiqué.

À la fin de la cérémonie, la remise officielle de la Stratégie nationale aux mandants tripartites a marqué la clôture de la rencontre.

Ce document présente une analyse situationnelle portant sur plusieurs aspects, notamment :

  • la démographie, l’économie et l’emploi ;
  • la migration de main-d’œuvre ;
  • les conventions et protocoles internationaux ;
  • la protection des droits des travailleurs migrants ;
  • le genre et la migration ;
  • le cadre politique, juridique et institutionnel, etc.

Dansa Camara DC 

Pour Africaguinee.com 

Créé le 28 octobre 2025 09:50

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