Conakry étouffe sous la crise de liquidité : quand l’argent devient introuvable
Malgré les annonces officielles, la crise de liquidité continue de frapper les citoyens à Conakry. Retirer 500 000 francs guinéens est devenu un exploit, notamment via les services de mobile money, plongeant de nombreux ménages dans la précarité, en pleine période de fortes dépenses sociales.
Effectuer un simple retrait de 500 000 francs guinéens dans un kiosque ou une boutique Orange Money relève désormais du parcours du combattant. Moussa Keita en a fait l’amère expérience ce dimanche. Ayant reçu une somme issue de la cotisation de ses amis pour le mariage d’un camarade — un montant inférieur à un million de francs guinéens — il a dû multiplier les démarches pour pouvoir retirer l’argent.
« J’ai eu chaud. L’argent était bien sur mon compte, mais je ne pouvais pas le récupérer. Partout où je demandais un retrait, dès que j’annonçais le montant, on me répondait : “il n’y en a pas”. On aurait dit que tous les gérants s’étaient donné le mot. L’argent devait être remis en main propre à notre ami, par l’intermédiaire d’un parent, comme le veut la tradition. Mais comment retirer la somme ? J’ai dû faire plusieurs kiosques et boutiques Orange Money avant d’obtenir 700 000 francs guinéens. C’est vraiment inquiétant », témoigne-t-il.
Même constat pour Boubacar Diallo, qui a reçu une aide de 500 000 francs guinéens de la part d’un ami à l’occasion du mois de Ramadan. Là encore, le retrait s’est révélé laborieux.
« J’ai fait au moins cinq kiosques avant de pouvoir récupérer l’argent. À chaque fois, dès que tu annonces le montant, on te dit qu’il n’y en a pas. C’est très compliqué, surtout en ce début de Ramadan où beaucoup de personnes envoient de l’argent à leurs proches à l’intérieur du pays. L’État doit prendre des mesures d’urgence pour régler définitivement cette situation », plaide-t-il.
La crise s’invite également dans le discours public et artistique. L’humoriste Righel Gandi, fidèle à son style satirique, a ironisé sur la situation en s’interrogeant sur la gestion du service de transfert mobile.
« Il faut qu’on se dise la vérité : il y a un gros problème dans ce pays. Qui gère vraiment l’affaire d’Orange Money ? Aujourd’hui, quand tu arrives chez un gérant pour un retrait, il te regarde comme un trafiquant avant de te dire : “il n’y en a pas”. Si tu arrives à retirer 500 000 francs actuellement, soit tu es dans une secte, soit ce n’est pas normal. On nous parle de crise de liquidité. Je pense que les transactions financières en ligne doivent être davantage encouragées pour limiter la circulation de l’argent liquide », a-t-il déclaré.
Pourtant, depuis août 2025, la Banque centrale de la République de Guinée, en concertation avec les banques primaires, avait annoncé plusieurs pistes de solutions pour freiner cette crise. Mais sur le terrain, les effets tardent à se faire sentir.
Contactée par Africaguinee.com, une source proche de la BCRG a rejeté la responsabilité de l’institution. S’exprimant sous anonymat, elle affirme que conformément aux annonces du gouverneur, la Banque centrale a suffisamment injecté de nouveaux billets dans le circuit financier pour endiguer la crise. Toutefois, elle pointe du doigt la thésaurisation pratiquée par certains citoyens, une situation qui, selon elle, contribue à prolonger la pénurie de liquidités.
Dossier à suivre
Aboubacar Siddy Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 16 février 2026 13:43Nous vous proposons aussi
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