Colonel Bienvenu Lamah s’explique: “comment je suis devenu instructeur au camp Kaléah…”
CONAKRY- Cité par Toumba Diakité comme l’un des maillons du dispositif ayant conduit au massacre du 28 septembre 2009, le colonel Bienvenu Lamah a comparu ce jeudi devant le tribunal criminel de Dixinn. Accusé de meurtre, viol et torture, l’officier a livré un témoignage détaillé sur la genèse du camp de Kaléah, réfutant catégoriquement la thèse d’une base d’entraînement pour milices qui auraient commis les atrocités au stade.
La naissance de Kaléah
Devant le président du tribunal, le colonel Lamah a expliqué pourquoi et comment ce camp, situé dans la préfecture de Forécariah, est devenu un centre d’instruction de la gendarmerie nationale. Selon lui, tout est parti d’un besoin de formation pour près de 4 000 recrues que les structures existantes ne pouvaient absorber.
« À l’époque, Monsieur le Président, la gendarmerie guinéenne disposait d’une seule école : c’était l’école nationale de gendarmerie de Sonfonia. Et on ne pouvait pas contenir les 3 985 élèves dans ce centre. Alors, voici l’idée pour les autorités de gendarmerie de chercher une deuxième école. C’est là que le choix est tombé sur Kaléah, qui était l’ancienne base-vie des réfugiés léonais pendant la guerre. »
Il poursuit en précisant son affectation officielle, bien avant la prise de pouvoir par le CNDD : « Après la guerre, nos frères léonais sont rentrés, le centre était vide. Et désormais, le centre allait être appelé École nationale de gendarmerie de Kaléah. À partir de là, le chef d’état-major de la gendarmerie nationale a pris une décision en me désignant comme instructeur. Le 27 juin 2008, j’ai été désigné. J’étais sous-lieutenant. C’est ce jour-là que je suis rentré à Kaléah avec mon sac au dos. Aux environs de 11 heures, il y a eu l’arrivée des premiers élèves gendarmes. Ils étaient tous du personnel féminin au nombre de 300. »
Un encadrement sous pavillon français
Bienvenu Lamah mentionne la présence de la coopérants français au sein du camp. Pour l’officier, la présence de gendarmes français atteste du caractère régulier et professionnel de la formation dispensée, loin de l’image de « camp de milice » dépeinte par certains co-accusés.
« La formation était appuyée par la coopération militaire française qui a fait venir deux coopérants français gendarmes. Il y avait le lieutenant Grégoire Motombo, qui était chargé de dispenser les cours sur le maintien de l’ordre public, et il y avait l’adjudant-chef Henri, qui était chargé de la formation en intervention professionnelle. Au cours de cette formation, la coopération militaire française a organisé le cours de commandant d’unité, le cours de commandant d’escadron… ils ont fait le test, il y a eu des tris, et vers la fin, le choix est tombé sur moi », a-t-il détaillé.

Le tournant de décembre 2008
Le colonel a décrit le climat d’incertitude qui régnait fin 2008, au moment où la Guinée basculait dans une nouvelle ère politique suite au décès du président Lansana Conté. Une période de transition qui a coïncidé avec les congés de fin d’année du camp.
« Cela va coïncider avec les festivités de fin d’année, c’est-à-dire la fête de Noël et la fête du 1er janvier 2009. C’est normal, la direction de l’école va nous accorder un congé de deux semaines. Élèves, gendarmes, encadreurs, nous allons tous partir en congé. C’est dans cette position-là que dans la nuit du 22 décembre 2008, l’ex-président de l’Assemblée nationale, l’honorable Aboubacar Somparé, va annoncer au peuple de Guinée le décès du président Lansana Conté. Le lendemain, le 23 au petit matin, il y a eu la prise du pouvoir par le CNDD à sa tête, le capitaine Moussa Dadis Camara. À la mort du Général Conté, la situation de ces élèves gendarmes n’était pas réglée », a-t-il précisé.
A suivre!
Oumar Bady Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 19 décembre 2025 18:43Nous vous proposons aussi
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