Circoncision des nouveau-nés : Éclairages et conseils pratiques du Dr Daouda Kanté, urologue au CHU Ignace Deen
CONAKRY – En Guinée, la circoncision pratiquée dès les premiers jours de vie s’impose de plus en plus comme un choix assumé par de nombreux parents. Jadis perçue essentiellement comme un rite de passage à l’adolescence, cette pratique ancestrale connaît aujourd’hui une évolution significative, sous l’influence de considérations médicales, psychologiques et voire économiques.
Dans un entretien exclusif accordé à Africaguinee.com, Dr Daouda Kanté, chirurgien, urologue et andrologue au CHU Ignace Deen, apporte un éclairage sur la circoncision des bébés et des nouveau-nés. Le spécialiste revient sur la définition de l’acte, ses bénéfices médicaux avérés, les risques liés aux pratiques non encadrées, ainsi que les idées reçues persistantes, notamment celles concernant d’éventuelles conséquences à l’âge adulte. (Interview)
AFRICAGUINEE.COM : Pouvez-vous nous expliquer ce que c’est la circoncision ?
DR DAOUDA KANTÉ : La circoncision est un acte chirurgical qui consiste à l’ablation du prépuce. Le prépuce, c’est la partie terminale de la peau qui recouvre le pénis. C’est un acte qui est hautement sensible parce qu’il se recouvre de beaucoup de pratiques : rituelles et de considérations mythiques, dans notre milieu. Sinon médicalement, il s’agit d’enlever une partie de la peau qui recouvre le gland, la partie terminale du pénis.
Pourquoi pratique-t-on la circoncision ?
La circoncision a ses indications sur le plan médical, mais comme je viens de le dire, c’est une pratique très controversée, très mitigée, dans les sociétés depuis très longtemps. C’est une pratique très ancienne qui finalement s’est incorporée aux rituels et aux religions. Dans certains milieux, la circoncision est considérée comme une étape très importante de la vie. Ce qui fait qu’il y en a qui en font carrément un passage obligé. Dans certains milieux, par exemple, sans vouloir stigmatiser, en Forêt (région au sud de la Guinée), en Afrique Centrale et dans certaines contrées du monde, la circoncision ne se fait pas en ville. Pendant la période, les circoncis sont en brousse. Ils passent des épreuves très dures. C’est considéré comme étant une étape importante de la vie.
Dans d’autres milieux, c’est juste une indication médicale, parce qu’elle facilite la propriété du gland. Si on n’enlève pas le prépuce il y a une possibilité d’accumulation de sécrétions qui peuvent entraîner une infection, qui peut même être exposé par endroits au cancer du pénis. Donc ça, c’est une indication médicale.
Il y a également des pathologies que nous appelons le phimosis, une pathologie au cours de laquelle la peau du prépuce n’est pas très bien ouverte, ce qui peut parfois même empêcher l’enfant d’uriner. Quand il y a le phimosis aussi, c’est une indication médicale de la circoncision.
Parlons justement de l’indication médicale, quelles sont généralement les motivations médicales qui poussent vraiment les gens à faire la circoncision leurs enfants ?

Quand il y a une indication, une maladie, soit une inflammation de la peau du prépuce, on doit l’enlever parce qu’il ne sert à rien de garder un organe malade. Maintenant, lorsqu’il y a le phimosis, qu’il soit phimosis et paraphimosis, tout ce qui est lié aux pathologies du prépuce, ce sont des indications à enlever le prépuce. Il y a également des suspicions de cancer. Lorsqu’on suspecte par exemple que cette personne a dans sa lignée génétique des gènes qui pourrait l’exposer à faire un cancer du pénis, c’est également une indication préventive de la circoncision. Ce sont des indications qui sont d’ordre purement médical.
Maintenant, sur le plan religieux, l’islam est fortement attaché à la circoncision. Si on dit que l’excision chez la femme n’est pas prescrite par l’islam, par contre chez l’homme, le prophète Mohammed PSL a clairement indiqué que tout homme doit être circoncis. Seulement, la différence, c’est que les rituels ont modifié un peu la pratique. Dans les pays hautement islamisés, on ne circoncit pas les enfants avant 7 ans. En Tunisie, où j’ai vécu, on ne touche pas au prépuce de l’enfant avant 7 ans.
Chez nous, pour des raisons X ou Y, pour des considérations personnelles ou relationnelles, on peut le faire à tout âge. Mais sur le plan religieux, l’islam et le judaïsme exigent la circoncision. Parce qu’en islam par exemple normalement quelqu’un qui n’est pas circoncis, ne peut pas officier une prière, ne peut pas diriger la prière. Donc, ce sont des considérations purement religieuses.
La circoncision peut-elle avoir des conséquences ou des effets indésirables, si oui, lesquels ?
Effets indésirables non, mais les conséquences pourraient être liées aux complications. Mais ces complications sont exceptionnelles si c’est pratiqué par quelqu’un qui sait de quoi il s’agit. Un médecin urologue, un chirurgien formé, quand il pratique la circoncision, c’est normalement zéro complication. Maintenant si la personne ne sait pas exactement comment faire et qu’est-ce qu’il faut faire, comme malheureusement ici, n’importe qui pourrait éventuellement s’intéresser à la chose, il y a même des tradipraticiens chez nous, la circoncision traditionnelle qui se fait dans les villages avec n’importe quel couteau, avec parfois des gens qui ne connaissent pas l’anatomie humaine, ils ne savent pas qu’il peut y avoir des aberrations anatomiques, des malformations, qui font que soit le gland est collé à la peau, soit la peau n’est pas bien rétractile, on blesse la personne avec. Sinon, il n’y a pas d’inconvénient, il n’y a que des avantages par rapport à la circoncision.
Dans ce cas, comment la circoncision se pratique-elle ? Pouvez-vous nous expliquer les différentes étapes de l’opération et préciser à quel âge est généralement recommandée ?
La circoncision, je viens de le dire, ça dépend des milieux, ça dépend des considérations, ça dépend des cultures, elle peut se pratiquer à tout âge, du nouveau-né à l’âge adulte. Maintenant, la pratique elle-même consiste chirurgicalement à ouvrir la peau jusqu’à voir la limite entre le gland et le prépuce, couper, suturer, pour assurer l’hémostase. C’est un acte chirurgical en principe banal pour quelqu’un qui sait le faire. Et ça se fait généralement sous anesthésie selon le choix du chirurgien. Dans certains milieux, par exemple, je viens d’évoquer la Tunisie, elle se fait systématiquement sous anesthésie générale. On endort les enfants, on fait la chirurgie, ils se réveillent et puis ils ne se souviennent pas de l’acte.
Par contre, chez nous, ici ou dans certains milieux au Sénégal, on fait un bloc pénien, ici, nous aussi, on fait parfois le bloc pénien, parfois la rachianesthésie, et si c’est le nouveau-né, on peut y aller sans anesthésie.
Après la circoncision, comment les parents doivent-ils s’occuper de l’enfant ?
En fait, si nous prenons la circoncision dans le contexte médical, il n’y a pas de conduite particulière. Tous les agréments qu’il y a autour de la circoncision sont des effets liés soit à la religion, soit liés aux considérations purement rituelles. Sinon, la peau du prépuce, une fois enlevée, si c’est fait dans des conditions aseptiques et de propriété, il n’y a aucun problème. La cicatrisation se fait au bout d’au maximum 7 jours, c’est fini.
Je l’ai dit, c’est un acte chirurgical banal, si c’est fait dans les conditions requises. Maintenant, il y a des considérations rituelles, et tout ce que vous pouvez imaginer dans nos pratiques, ce sont des pratiques seulement liées à la culture.

De manière générale, dans les grandes agglomérations comme Conakry, on constate que de nombreux parents préfèrent faire la circoncision de leurs enfants dès les premiers jours qui suivent la naissance, en tant que spécialiste, que pensez-vous de cette pratique ?
C’est vraiment anodin. Je l’ai déjà dit, je pense que ça dépend de la considération qu’on a pour l’acte. On considère qu’en faisant la circoncision sur le nouveau-né, il ne retient pas la circoncision. Sa conscience trouve qu’il est circoncis, il ne sait même pas comment c’est arrivé. C’est différent de ce qu’on faisait avant. Avant, il fallait attendre 14-15 ans, voire plus, pour dire que l’homme avait franchi une étape de sa vie. Donc c’est un rituel avant qui était considéré comme une étape importante de la vie, c’est la maturité. Par contre, maintenant, vu qu’on a compris que cela n’a pratiquement pas une incidence réelle sur la vie, on peut le faire à n’importe quel âge. Ce n’est pas non plus mauvais de le faire à l’enfance, au nouveau-né. C’est d’ailleurs plus indiqué, sauf que dans l’islam, encore une fois, la religion recommande de ne pas toucher au prépuce avant au minimum l’âge de 7 ans.
Donc il n’y a pas d’avantage spécifique de le faire à l’enfance ?
Le seul avantage, si on le considère comme avantage, c’est que l’enfant n’a pas de souvenirs. Mais dans le pays maghrébin par exemple, on ne le fait pas avant 7 ans, mais encore une fois, on le fait sous anesthésie générale, donc l’enfant ne se souvient pas de sa circoncision. Par contre ici, ce qui se faisait avant, c’est sous la chute, on amène les enfants, on coupe le truc, on les met sous l’eau, on les torture. À ce moment-là, ça a une autre incidence sur la psychologie de l’enfant, et ça, ce n’est pas bien.
Pourquoi, selon vous, certains parents choisissent-ils de circonscrire leurs enfants dès les premiers jours après leur naissance ?
C’est peut-être non seulement pour réduire l’impact psychologique sur l’enfance, c’est un avantage, mais aussi pour réduire les dépenses. Parce que lorsque l’on dit circoncision des jeunes, vous le savez, vous êtes dans la société, lorsqu’on dit que c’est la circoncision des jeunes, on regroupe 3, 4, 5, 6 garçons qui ont l’âge de 7, 8, parfois jusqu’à 12 ans pour la circoncision. Il faut préparer pour les visiteurs, il faut préparer pour le praticien, qu’il soit maintenant traditionnel ou médical. Il faut préparer des tenues. Voyez-vous, ça devient un peu coûteux. Si on peut le faire avant même le baptême de l’enfant, on ne sent pas la chose. Donc, disons que ça a un avantage économique, mais aussi psychologique sur la vie de l’enfant.
On sait que même si la circoncision a des avantages, elle n’est pas sans risques, pouvez-vous nous expliquer les conséquences et les dangers éventuels liés à la circoncision des bébés et des nouveau-nés ?
Seul risque, c’est si on laisse quelqu’un d’inexpérimenté sans compétence le faire. Sinon, il n’y a aucun risque. C’est un acte chirurgical très anodin pour quelqu’un qui sait le faire.
Pourtant, certains disent que les nouveau-nés circoncis peuvent avoir des difficultés à la longue, dans leur vie d’adulte surtout en ce qui concerne leur santé sexuelle et reproductive, qu’en dites-vous ?
Non, je suis catégorique là-dessus. A priori, quand un nouveau-né est circoncis, il ne sait même pas s’il est né circoncis ou pas. Donc, psychologiquement, ça n’a aucun retentissement. Peut-être, oui, il peut y avoir un excès de peau qu’on n’a pas coupé suffisamment ou qu’on a trop coupé, cela peut arriver, l’esthétique du pénis va se modifier. Mais encore une fois, c’est si la personne qui fait l’acte ne sait pas comment le faire. Si c’est un chirurgien urologue formé, il ne court aucun risque en faisant la circoncision, quel que soit l’âge. Parce qu’en fait, il ne le fait pas à l’aveugle. Comme on le faisait avant (dans les villages), on tire suffisamment le prépuce et on le coupe, non, ici, on a des repères, c’est bien mesuré, c’est calculé, on sait à combien de centimètres il faut tenir le prépuce, on sait comment il faut fendre pour couper juste ce qu’il faut couper, sans en abuser, sans manquer non plus.
Quels conseils donneriez-vous aux parents ou aux chirurgiens qui pratiquent la circoncision sur les bébés et les nouveau-nés pour éviter des complications ?
Ce que je dois recommander, on est en train de travailler là-dessus d’ailleurs, la société guinéenne d’urologie est en train de travailler là-dessus pour qu’à la longue, nous-mêmes, urologues, qu’on parte vers la population, qu’on vienne dans les collectivités pour faire des campagnes de sensibilisation sur la circoncision, pour dire aux gens, attention, c’est vrai que c’est un acte simple, c’est vrai que c’est un acte anodin, mais c’est quand c’est fait par quelqu’un d’expérimenté. Et donc, il faut amener les enfants en urologie, il faut consulter les médecins urologues pour qu’ils indiquent exactement comment on fait pour éviter des risques.
Parce que quelque chose qu’on peut faire sans risque si on se met à dépenser finalement, parce qu’on a des cas où les gens qui n’ont pas d’expérience réalisent des circoncisions dans les quartiers, ils coupent carrément le gland des enfants. Parfois, ils coupent de sorte qu’on ne peut plus réparer. Ce sont des enfants qui sont mutilés, qui vivent avec une mutilation qui n’a pas normalement raison d’être.
Donc, ce que je demanderais aux citoyens, à tout le monde, c’est de s’informer et d’amener les enfants là où il faut, d’éviter que ce soit la matrone ou le garçon de la salle d’accouchement qui fait les circoncisions. S’il y a des accidents, ce sont des accidents qu’on pourrait éviter.
Comment la prise en charge médicale d’un bébé ou d’un nouveau-né circoncis se fait-elle ?
Il n’y a aucune particularité. Peut-être à cause de la douleur, on peut donner un antalgique, contre la douleur. Encore une fois, si c’est fait dans des conditions idéales, la circoncision, maximum à 7 jours, on n’a plus de pansement à faire. Parfois, à 4-5 jours, c’est fini, on enlève la colle, parfois même on ne fait même pas de bandages, il y a actuellement des petites machines, qui font comme si c’était une piqûre.
Quel comportement et quelles précautions les parents doivent-ils adopter ou prendre avec un bébé ou un nouveau-né circoncis ?
Bébé ou nouveau-né circoncis, seul comportement efficace est d’éviter que l’enfant ne pisse dessus, c’est tout. Il n’y a rien d’autre.
Justement, en parlant de ça, nous constatons qu’actuellement, il y a trop de couches pour bébés. Quel risque après la circoncision ?

L’idéal, c’est de changer les couches de façon fréquente. Bon, c’est vrai que je ne suis pas diététicien, je ne sais pas exactement quelle est la teneur ou la composition de ces différentes couches parce que de toute façon, il y a des produits chimiques dessus. Mais l’idéal, c’est que chaque fois que l’on sent que l’enfant a mouillé sa couche, il faut mettre une nouvelle couche.
Parce que ça peut entraîner une macération même pas par rapport à la plaie du pénis, même les autres parties de leurs organes, quand c’est mouillé, avec la chaleur, ça peut entraîner une macération, ça pourrait être à la base d’infections. Donc, les mamans devraient veiller à ce que chaque fois que la couche est mouillée, qu’on la change.
De manière générale, quels conseils pratiques pouvez-vous donner aux couples qui souhaiteraient faire circoncision de leurs enfants dès le premier jour de leur naissance ?
Je les encourageais à le faire, mais à le faire avec des personnes qui ont la compétence de faire la circoncision. Parce qu’encore une fois, si on crée des lésions superflues lors d’une circoncision, on aura vraiment failli à ce que l’on souhaite. Parce que la circoncision c’est un acte, encore une fois, qui est rituel, qui est religieux, qui est médical, qui est tout ce que vous voulez. Mais, il faut éviter qu’il aboutisse à quelque chose qu’on pourrait regretter. Donc, il faut confier le travail à quelqu’un qui sait le faire.
Quel message à l’endroit de la population qui vient concernant la circoncision de nouveau-né ?
Ce que je peux dire, c’est que la circoncision est une obligation. Vu notre culture islamique, vu nos coutumes et les avantages sur le plan médical, c’est une obligation de faire la circoncision des enfants. L’âge, ça dépend du choix des parents. Si on doit le faire, qu’on le fasse avec une personne qui en a les compétences.
Nous arrivons au terme de cette interview. Quel message final ou quelle information essentielle souhaitez-vous adresser aux parents et à l’ensemble de la population sur la circoncision des bébés ?
Merci d’abord pour la confiance que vous avez eue en moi en venant m’interroger par rapport à la circoncision. J’espère qu’on va garder le contact et, au fur et à mesure, discuter parce que c’est la seule façon qu’on a pour sensibiliser les citoyens, ce n’est pas tout le monde qui connaît. Mais si vous, les médias, et nous, les praticiens, on se donne la main et on organise des émissions de façon plus ou moins fréquente, on va toucher un grand nombre de citoyens. Et ça va cultiver parce qu’encore une fois, ça manque beaucoup. Les gens ne savent pas où aller chercher la bonne information. Avec la floraison des réseaux sociaux, si on a la bonne information, je pense qu’on aura rendu service à la nation. Merci beaucoup.
Interview réalisée par Oumar Bady Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 8 janvier 2026 12:20Nous vous proposons aussi
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