Branchement de la Guinée-Bissau au réseau Kaléta : Les explications du Ministre de l’Énergie Aboubacar Camara (Entretien)

CONAKRY – Depuis le 26 avril 2025, le président de la Guinée-Bissau a officialisé le branchement de son pays au projet d’interconnexion du barrage de Kaléta, dans le cadre des réseaux de transport d’énergie hydroélectrique mis en œuvre par l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Gambie (OMVG).

Le barrage de Kaléta, d’une capacité de 240 mégawatts, est situé sur le territoire guinéen. Il a été inauguré en 2015 par l’ancien président guinéen Alpha Condé (2010-2021). Alors que des spéculations entourent cette information, Africaguinee.com a interrogé le ministre de l’Énergie, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures pour en savoir davantage. Aboubacar Camara explique les implications de cette coopération énergétique. Exclusivité !

AFRICAGUINEE.COM : La Guinée-Bissau est désormais connectée au réseau électrique du barrage Kaléta. Parlez-nous en M. le ministre !

ABOUBACAR CAMARA : C’est effectif. Mais il faut préciser que c’est à la fin des travaux de la ligne d’interconnexion que la Guinée-Bissau a été raccordée au poste de Boké. C’est donc une ancienne infrastructure. La Guinée a inauguré la sienne en 2023. Malheureusement, la Guinée-Bissau n’avait pas encore procédé à la réception définitive. Pourtant, la ligne fonctionnait déjà depuis 2023. La Guinée, à travers Kaléta et Souapiti, fournissait de l’électricité à la Guinée-Bissau. Donc, ce n’est pas une nouvelle réalisation. Le Sénégal avait inauguré sa section, la Guinée également, au niveau de Linsan (région de Kindia).

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Depuis quand cette interconnexion a-t-elle débuté ?

C’est depuis le 23 novembre 2023 que la fourniture d’électricité a effectivement commencé. La Guinée-Bissau n’avait pas effectué la réception officielle. Le président Umaro Sissoco Embaló a décidé récemment de procéder à la réception définitive de la ligne d’interconnexion.
Dans le contrat avec l’OMVG, chaque pays doit valider et lever toute réserve technique avant l’exploitation officielle. Pendant deux ans, la Guinée-Bissau n’avait pas accompli cette formalité.

Quand on lit certains médias, on a l’impression qu’il s’agit d’une nouvelle infrastructure ou d’un nouveau branchement, mais ce n’est pas le cas. Cette ligne existe déjà depuis 2023. Tous les quatre pays (Guinée, Gambie, Sénégal, Guinée-Bissau) devaient initialement inaugurer simultanément.

Il y a simplement eu un retard du côté bissau-guinéen. Mercredi dernier, le président Embaló a donc procédé à la réception définitive, levant ainsi toutes les réserves. Les gens ont cru qu’il s’agissait d’une nouvelle ligne permettant aujourd’hui à la Guinée de fournir de l’électricité à la Guinée-Bissau. Mais non. Depuis deux ans déjà, nous fournissons du courant à la Guinée-Bissau. La nouveauté, c’est que cette réception a été officialisée par une cérémonie solennelle, rien de plus.

Quelle est la puissance énergétique que la Guinée fournit à son voisin de Bissau ?


En application du contrat d’échange d’énergie entre EDG SA et les États membres de l’OMVG, EDG a commencé, à partir de cette date, à livrer entre 20 et 22 MW à la Guinée-Bissau, au lieu des 40 MW initialement prévus par le contrat. Cet échange matérialise l’intégration régionale à travers l’énergie. Il place également la Guinée comme un hub énergétique de la sous-région.

Ce branchement risque-t-il d’impacter la desserte en électricité de Conakry et des autres localités alimentées par Kaléta ?
Non, ce branchement ne devrait avoir aucun impact sur la desserte en électricité de Conakry et des autres localités. En effet, EDG ne vend aux autres États que la part d’énergie excédentaire, c’est-à-dire celle qui ne peut être évacuée par la ligne de transport existante. Cet échange d’énergie est justifié pour plusieurs raisons :

  • D’abord, il s’agit d’un engagement de l’État guinéen de vendre aux trois autres États membres 30 % de la production combinée de Souapiti et Kaléta ;
  • Ensuite, des contrats d’achat d’énergie avaient été signés avec ces États dans le cadre de la mobilisation financière nécessaire à la construction du barrage de Souapiti ;
  • Enfin, il est devenu stratégique pour EDG de vendre l’énergie excédentaire afin d’éviter les pertes par déversement, notamment en saison des pluies, en raison des difficultés d’évacuation entre Souapiti-Kaléta et les principaux centres de consommation en Guinée.

La Guinée peut-elle espérer des retombées financières grâce à cette interconnexion ?
Malgré la faiblesse relative des prix de cession, EDG SA devrait indéniablement voir sa trésorerie soulagée grâce à la vente d’énergie aux États membres de l’OMVG.

D’autres pays sont-ils actuellement connectés au réseau énergétique guinéen ?

Oui, comme je l’ai souligné, tous les pays membres de l’OMVG (la Gambie, le Sénégal, la Guinée-Bissau et la Guinée) sont désormais branchés sur la ligne d’interconnexion. C’est seulement la Guinée-Bissau qui vient de procéder, en avril 2025, à la réception définitive de la ligne. Mais elle bénéficiait déjà de l’énergie fournie par la Guinée depuis deux ans.

Entretien réalisé par Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 29 avril 2025 10:05

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