Baku 2026 : Mohamed Lamine Sy Savané porte l’ambition urbaine de la Guinée
La participation de la Guinée au 13ᵉ Forum Urbain Mondial, tenu du 17 au 22 mai 2026 à Baku, aura été bien plus qu’une simple mission officielle. Elle marque, à mes yeux, le retour progressif de notre pays dans les grands débats internationaux sur la ville, l’habitat, la planification territoriale et le développement urbain durable.
Pendant longtemps, le secteur de l’urbanisme, de l’habitat et de l’aménagement du territoire a été relégué au second plan dans notre pays. Pourtant, aucun État moderne ne peut se construire sans maîtrise du foncier, sans logements décents, sans infrastructures urbaines adaptées et sans vision cohérente de l’occupation du territoire. Les désordres urbains que nous observons aujourd’hui, quartiers précaires, constructions anarchiques, conflits fonciers, inondations, difficultés de mobilité et dégradation du cadre de vie, sont précisément les conséquences de décennies de sous-investissement dans la planification et la gouvernance urbaine. Mais c’est aussi il faut le reconnaître, un déficit de de vision, de planification, de programmation et de coordination des activités au sein du département.
Mais depuis quelques mois, une nouvelle dynamique semble s’installer au sein du Ministère. L’arrivée de Mohamed Lamine Sy Savané à la tête du département a profondément changé l’atmosphère de travail, le rythme d’exécution des projets et surtout l’état d’esprit des équipes. En seulement quatre mois, le ministre a imprimé une méthode fondée sur l’action, la diligence, le suivi rapproché des dossiers et surtout l’exigence du résultat.
Et les premiers résultats commencent déjà à apparaître. À travers AGUIFIL, 280 logements ont déjà été livrés à Sonfonia et 486 autres devraient l’être dans les prochaines semaines à Keitaya. La construction de 925 nouveaux logements a été lancée à Sonfonia. Ces lots ont tous été réalisés par Kakande Immo, filiale de Guicopress.
Plusieurs projets structurants longtemps bloqués connaissent aujourd’hui une relance effective : reconstruction de la cité Chemin de Fer après le drame de décembre 2023, projets de Camayenne, Landréah, Nienguema, rénovation des anciennes cités administratives, valorisation de sites urbains stratégiques, sans oublier l’Initiative Zéro Bidonvilles portée dans le cadre de la vision SIMANDOU 2040.

Au niveau de l’ANRU nous sentons également cette accélération. Pendant longtemps, les projets de rénovation urbaine souffraient d’un manque de décaissements et d’une lenteur administrative qui paralysaient pratiquement leur mise en œuvre. Aujourd’hui, les paiements recommencent progressivement à être débloqués et les projets avancent enfin vers leur phase concrète d’exécution. Après les premières pierres posées l’année dernière, nous espérons désormais livrer des réalisations visibles dès cette année.
Le ministre l’a d’ailleurs clairement affirmé devant les équipes durant cette mission : tous les crédits inscrits pour les projets du département doivent être exécutés. Pour lui, les budgets alloués ne doivent plus rester théoriques.
Son message envers les cadres a été direct, franc et sans ambiguïté.
Il nous a rappelé que le Président de la République lui a accordé sa confiance avec une mission claire : obtenir des résultats concrets au bénéfice des Guinéens. Et il entend atteindre cet objectif avec les équipes du ministère. Il a salué le niveau des cadres et techniciens dont dispose le département, tout en assumant pleinement son exigence. Selon lui, toute personne prête à travailler sérieusement pour produire des résultats trouvera toujours son soutien. En revanche, ceux qui freinent l’action ou refusent de travailler devront assumer leurs responsabilités.
Il nous a exhortés au travail, à l’unité, au respect de la hiérarchie et des prérogatives des différentes structures. Il a surtout insisté sur la nécessité de mettre fin aux blocages administratifs qui ralentissaient les projets depuis des années. Pour cela, un dispositif de suivi rapproché a été mis en place, afin d’accélérer la mise en œuvre effective des programmes.
Cette culture du résultat a profondément marqué les membres de la délégation.
À Baku, le ministre a porté cette nouvelle dynamique au plus haut niveau. Pour la première fois depuis longtemps, la Guinée était représentée politiquement et techniquement dans les grandes discussions mondiales sur l’avenir des villes.
Il a pris part à plusieurs sessions ministérielles de haut niveau consacrées aux corridors de développement, au financement du logement abordable pour tous, à la planification territoriale et à la gouvernance des villes. Il y a notamment présenté la vision guinéenne autour du corridor de Simandou, ce gigantesque projet appelé à transformer profondément l’organisation territoriale du pays.

Le ministre y a défendu une approche claire : la Guinée ne veut plus subir l’urbanisation autour des grandes infrastructures ; elle veut désormais l’anticiper et la planifier. Réserves foncières, nouveaux pôles urbains, maîtrise de l’occupation du sol, outils de planification et développement équilibré des territoires doivent accompagner le corridor afin d’éviter l’installation anarchique des populations et les désordres urbains observés ailleurs.
Il a également insisté sur l’importance de la validation, vulgarisation et surtout de la mise en œuvre des outils de planification déjà élaborés dans notre pays : schéma national d’aménagement du territoire, schémas directeurs d’urbanisme, plans d’aménagement détaillés et plans d’occupation du sol etc…
Au-delà des panels, cette mission a été un important exercice de diplomatie urbaine et économique. Le ministre a multiplié les rencontres avec des institutions et partenaires internationaux venus notamment d’Arabie Saoudite, du Maroc, d’Azerbaïdjan, de Turquie et de France. Des discussions ont porté sur le logement, l’adressage, les infrastructures urbaines, le financement de projets et les partenariats publics-privés.
Ces échanges ont permis de positionner la Guinée comme un pays désormais ouvert à la coopération urbaine internationale et déterminé à moderniser ses villes.
Personnellement, sur instruction du Ministre, j’ai eu l’honneur de représenter notre pays dans plusieurs panels internationaux consacrés à la rénovation urbaine.
Le premier, organisé par Agence Française de Développement et ses partenaires, a porté sur la modernisation des villes africaines, la réhabilitation de l’existant, la régénération urbaine et la production de logements abordables à travers les politiques de rénovation urbaine. Nous avons partagé les expériences guinéennes aux côtés d’experts de haut niveau de la France, du réseau Habitat et Francophonie et de l’ONU-Habitat.
Le second panel, organisé par les institutions marocaines de l’habitat et de la rénovation urbaine, a porté sur le rôle stratégique de la rénovation urbaine dans la transformation nationale. Le Maroc dispose d’une expérience particulièrement avancée dans ce domaine et constitue aujourd’hui une référence importante pour plusieurs pays africains.

À chacune de ces occasions, j’ai pu présenter la vision portée par la Guinée autour de la rénovation urbaine inclusive et du concept innovant de « Bail Partagé », modèle que nous développons dans nos projets pilotes afin de transformer les quartiers précaires sans expropriation brutale des populations.
L’un des acquis majeurs de cette mission demeure également la dynamique née autour de la création d’un futur réseau international des agences publiques de rénovation urbaine. Avec Réseau Habitat et Francophonie, Agence Française de Développement, l’ANRU France, l’ANRUR Maroc, l’ANRU Tunisie et l’ANRU Guinée, nous avons tenu plusieurs séances de travail qui ont abouti à la décision de mettre en place un noyau fondateur de ce futur réseau international.
J’ai personnellement beaucoup poussé cette initiative aux côtés de Madame la Directrice générale de ANRUR MAROC, avec la conviction que la Guinée doit désormais être présente dans les grandes dynamiques internationales de transformation urbaine.
Ce futur réseau permettra aux agences publiques spécialisées dans la rénovation urbaine de partager leurs expériences, mutualiser leurs expertises, développer des programmes communs et mobiliser des partenariats techniques et financiers au service de la modernisation des villes.
La délégation guinéenne a d’ailleurs marqué une présence particulièrement active durant tout le forum.
Sekouba Diaby Directeur National de la DACLO a participé à plusieurs panels consacrés à l’architecture, au logement et aux normes de construction.
Abdoulkarim Bah DGA de l’AGUIFIL a lui aussi pris part à plusieurs activités liées au financement du logement et aux mécanismes de production de logements abordables. Ses échanges avec différents investisseurs internationaux ont permis de mettre en valeur les opportunités qu’offre aujourd’hui le secteur de l’habitat en Guinée.
Mamoudi Oury Diallo et Burhan Camara ont quant à eux participé à des sessions techniques consacrées à l’élaboration et à la mise en œuvre des outils de planification urbaine.
Le ministre avait également tenu à associer plusieurs entreprises privées guinéennes à cette mission afin de leur permettre de rencontrer des partenaires étrangers et de se positionner sur de futurs marchés urbains et immobiliers. Cette démarche mérite d’être saluée car elle traduit une volonté claire de faire du développement urbain un levier économique national.

Parmi les entreprises présentes figuraient notamment KAKANDE IMMO DU GROUPE GUICOPRES, ENGUITRACI, SOGATE, POWER ENGENIERA ET PROMOTEUR FABAN tous partenaires du département dans les secteurs de l’habitat et du développement urbain.
Toutes ces activités ont été conduites sous la coordination directe du Ministre Mohamed Lamine Sy Savané, avec l’appui de Ibrahima Sory Diallo DG du BSD du département et de Aissatou Diallo de ONU-Habitat.
Mais au-delà des résultats techniques et institutionnels, cette mission nous aura surtout marqués sur le plan humain.
Beaucoup d’entre nous ont découvert un ministre accessible, proche de ses équipes, à l’écoute et profondément engagé pour son département. Malgré l’exigence permanente du travail, il a su créer une atmosphère de cohésion et de fraternité au sein de la délégation.
Nous n’avons pas seulement vu un ministre en mission officielle. Nous avons vu un homme de terrain, impliqué personnellement, travaillant sans relâche, partageant les réalités quotidiennes de son équipe et mobilisant chacun autour d’une vision claire.

Pendant longtemps, notre secteur a souvent donné l’impression d’être en berne, avec beaucoup plus de discours que de résultats visibles. Aujourd’hui, une nouvelle dynamique semble émerger : celle de l’action, du suivi, de l’exécution et de la culture du résultat.
Le 13ᵉ Forum Urbain Mondial n’aura donc pas simplement été une mission internationale de plus. Il aura surtout été le symbole du réveil progressif d’un secteur stratégique pour l’avenir de notre pays.
Car moderniser les villes, produire du logement, planifier le territoire et réhabiliter les quartiers précaires, ce n’est pas seulement construire du béton. C’est préparer la stabilité, la dignité, la prospérité et l’avenir de la Guinée.
Alpha Boubacar Bah
DGA de l’Agence Nationale de Rénovation Urbaine (ANRU)
Créé le 25 mai 2026 16:00Nous vous proposons aussi
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