Baisse de la pluviométrie: causes, conséquences… Le directeur de l’Agence nationale de la Météorologie parle

CONAKRY – La saison des pluies 2026 se caractérise par un déficit pluviométrique préoccupant en Guinée. Dans un entretien accordé à Africaguinee.com, le directeur général de l’Agence nationale de la météorologie, Dr René Tato Loua, explique les causes, et les conséquences de cette situation. Il évoque notamment l’influence du phénomène El Niño et met en garde contre ses conséquences sur l’agriculture, l’énergie et la santé.

AFRICAGUINEE.COM: Nous sommes aujourd’hui le 5 août 2026. Selon le constat de plusieurs observateurs, la pluviométrie est particulièrement faible cette année. Partagez-vous ce constat, Monsieur le Directeur ?

Dr René Tato LOUA  : Oui, pour le moment, nous partageons ce constat. Comparativement aux années précédentes, nous observons un déficit pluviométrique par rapport aux prévisions, mais aussi par rapport aux cumuls enregistrés à la même période de certaines années antérieures. Prenons l’exemple des mois de mai et de juin, puisque les premières pluies de la saison 2026 ont commencé au mois de mai. Pour le mois de mai, la normale pluviométrique est de 112,5 millimètres. Toute valeur inférieure à ce seuil traduit un déficit. Or, en mai 2026, la station de Conakry n’a enregistré que 26,3 millimètres de pluie. Si l’on compare cette valeur avec celle de l’année précédente, où 183,2 millimètres avaient été enregistrés au cours du même mois, l’écart est particulièrement important.

Le même constat s’observe en juin. En juin 2026, la station de Conakry a enregistré un cumul de 393,3 millimètres, contre 453,7 millimètres à la même période en 2025. Cela démontre qu’en 2026, la pluviométrie pour le mois de juin est déficitaire par rapport à 2025, mais aussi par rapport à 2023. Ce sont des exemples pour illustrer la baisse globale de la pluviométrie que nous constatons actuellement. Bien qu’il reste des mois à venir, c’est le constat présent. Et cela s’explique par d’autres phénomènes.

À votre avis, quelles sont les principales causes de cette situation ?

Pour le moment, nous pouvons attribuer cela en grande partie à un événement planétaire : le phénomène El Niño. C’est le principal facteur qui perturbe le climat à l’échelle mondiale, bien que ses conséquences varient d’un milieu à un autre de la planète.

Toutes les régions du globe ne ressentent pas les effets de ce phénomène de la même manière. El Niño se caractérise par une augmentation de la température de surface de la mer dans le bassin du Pacifique équatorial. Lorsque cette température augmente au-delà d’un certain seuil et pendant une période définie, on parle d’El Niño. Ce réchauffement impacte le climat mondial : certains pays subissent des sécheresses ou des vagues de chaleur, d’autres font face à des pluies diluviennes. Par ailleurs, les activités cycloniques sont en baisse dans notre zone (l’Atlantique), tandis qu’ailleurs se produisent des inondations. Ces perturbations impactent directement les secteurs climato-sensibles tels que les ressources en eau, l’énergie et l’agriculture.

Que disent les chiffres et vos prévisions pour la suite de la saison ?

Nous sommes au mois d’août et la tendance globale confirme que nous traversons une année à pluviométrie déficitaire. À l’échelle de notre pays, cette situation sera plus ou moins accentuée selon les régions. Sur la côte, les précipitations diminuent et les températures ne baisseront pas énormément ; la chaleur sera un peu plus intense que l’année passée, notamment dans la moitié nord du pays.

En matière de prévision pluviométrique, on ne peut pas prédire avec exactitude la quantité exacte d’eau qui tombera, mais nous dégageons des tendances à partir de nos observations. Au regard de nos constatations, nous sommes face à une tendance à la baisse de la pluviométrie. Il convient donc de tirer des leçons et de se préparer aux conséquences d’un tel déficit.

Quelles sont ces conséquences ?

La baisse des pluies a des répercussions directes sur les secteurs climato sensibles comme l’agriculture, les ressources énergétiques, la santé etc.

Y a-t-il des mesures à prendre dès maintenant pour prévenir ces impacts ?

Cela dépend des secteurs. Notre rôle est d’informer et de prévoir. Dans le secteur agricole par exemple, des stratégies spécifiques doivent être adoptées face à cette situation. À l’échelle globale, les gouvernements prennent des dispositions pour se préparer aux risques liés à cette variabilité climatique. El Niño étant un phénomène mondial, chaque pays doit définir sa propre politique de résilience et d’adaptation urgemment.

Nous y reviendrons!

Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 6 août 2026 07:30

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