« Aucune communauté n’est visée » : Abdoulaye Kourouma dit ses vérités sur le cas des burkinabé

CONAKRY-La fermeture des sites d’exploitation illégale d’or à Siguiri et le départ de nombreux orpailleurs burkinabè ont provoqué une vive polémique sur les réseaux sociaux du côté de Burkina Faso. Face aux accusations reprochant à la Guinée d’abandonner ses « valeurs d’accueil », le député Abdoulaye Kourouma a brisé le silence.

Dans cet entretien accordé à Africaguinee.com, le président du groupe parlementaire l’Alliance Patriotique (opposition) défend une décision souveraine d’ordre environnemental et sécuritaire. Évoquant le soutien indéfectible de la Guinée aux trois pays de l’AES pendant leur période de crises et d’isolement diplomatique, Abdoulaye Kourouma appelle au calme. Le parlementaire réfute toute mesure ciblée et invite à ne pas céder à la surenchère virtuelle.  

AFRICAGUINEE.COM : L’assainissement et la fermeture des sites d’orpaillage clandestins a suscité de vives réactions du côté des ressortissants burkinabè. Quelle est votre réaction ?

Abdoulaye Kourouma : Ce que je peux dire à la communauté africaine, au peuple d’Afrique, c’est que tous les Africains sont les bienvenus chez nous en Guinée. Au cours des 20 dernières années de l’histoire de notre continent, si on a eu un président aussi panafricaniste, un pays aussi hospitalier, je ne vois pas quelqu’un qui dépasse le général Mamadi Doumbouya. Son engagement envers l’Afrique, envers le peuple africain, son amitié et son amour pour la communauté africaine n’est pas à démontrer.

La preuve : lorsque, par la décision de la CEDEAO, interpellée par l’Union africaine et la communauté internationale, a décidé d’isoler le Burkina, le Mali et le Niger, la Guinée a été le seul pays à défier la communauté internationale, la CEDEAO et l’Union africaine pour dire que les Africains maliens, burkinabè et nigériens sont les frères de l’Afrique et de la Guinée.

À l’époque, pour qu’un Malien quitte Paris, les États-Unis, Londres ou partout ailleurs dans le monde afin de rejoindre son pays, il fallait forcément passer par la Guinée. C’était de même pour le Burkina et le Niger.

Un président de la République s’est fait la violence de défier le monde entier pour vous. S’il prend un acte administratif d’ailleurs qui ne vise pas une communauté, une nationalité, une décision qui a amené des administrateurs territoriaux en prison, qui a radié 22 administrateurs territoriaux, cela ne devrait être interprété outre mesure.

Il y avait des Guinéens, il y avait des Burkinabè, il y avait des Soudanais. Mais nous sommes en train de protéger notre environnement, nous sommes en train de protéger la sécurité intérieure de notre pays. Ces Burkinabè travaillaient avec des Guinéens, et ces Guinéens n’ont plus droit à ces sites non plus. Aucune personne n’a le droit d’y accéder.

J’ai échangé avec le ministre des Affaires étrangères burkinabè, et il m’a dit qu’il comprenait la décision. Je lui avais bien expliqué que ce n’est pas une décision qui vise une communauté ou une nationalité, mais nos autorités doivent tout de même avoir des communications responsables.

Personne ne nous donne de leçons de patriotisme, d’africanité, d’africanisme ou de panafricanisme. Le berceau de la souveraineté africaine, c’est ici en Guinée. La Guinée est le seul pays où l’Afrique est citée au moins cinq fois dans l’hymne national. On ne parle de la Guinée que deux fois, tandis que l’Afrique y est mentionnée cinq fois.

Je connais la plupart des pays africains. La Guinée est le seul endroit où un étranger peut vivre pendant dix ans sans qu’un policier ne vienne lui demander sa carte d’identité ou sa nationalité, sauf en cas de flagrant délit ou d’implication dans des affaires louches. Ici, on peut se marier avec une Guinéenne ou acheter des terrains pour construire sans que personne ne vous dérange. Il n’y a pas de patriotes ou de panafricanistes plus authentiques que nous.

Nous avons simplement pris une décision, s’il s’agissait d’un tort commis envers eux, je serais le premier à le reconnaître, mais cette fois-ci, c’est une mesure qui ne cible personne. Que ce soit le Burkina, le Mali ou la Côte d’Ivoire, chacun de nous remet de l’ordre dans cette exploitation anarchique.

La protection de l’environnement est un combat universel. Certes, parmi les travailleurs les plus nombreux sur ces sites, il y avait peut-être des Burkinabè, et je peux le comprendre. Mais prétendre que cela visait une communauté précise, alors que la décision a frappé des préfets, des sous-préfets et des administrateurs guinéens, n’a aucun sens. Il n’y avait pas que des Burkinabè : il y avait des Guinéens, des Soudanais, des Ivoiriens et bien d’autres Africains.

Regardez dans la cour du palais peuple : il y a plus de 100 machines saisies qui appartiennent à des Guinéens, parce qu’elles détruisaient l’environnement. Ce n’est pas parce que c’est mon président de la République qui a pris cette décision que je la soutiens aveuglément en tant que député ou panafricain, mais parce que la Guinée est le pays le plus panafricaniste qui soit. Nous l’avons prouvé lorsque ces trois pays ont été isolés et que nous leur avons ouvert nos ports et notre espace aérien alors que le monde entier leur avait fermé ses portes.

À cette époque-là, nous n’étions pas pro-ci ou pro-ça, nous étions de bons Africains. Je ramène les gens à cette réalité : s’ils y réfléchissent, ils comprendront que ce n’est pas une décision dirigée contre quelqu’un. Nous demeurons panafricains et nous soutenons notre président dans tout ce qui concerne la protection de notre environnement et l’organisation de nos secteurs.

Je défie quiconque de prouver qu’il existe aujourd’hui en Afrique noire un président plus panafricaniste que le président Mamadi Doumbouya. Les gens font souvent l’amalgame entre nationalisme et panafricanisme. Le nationaliste ne protège que son pays, tandis que le panafricain parle au nom de la voix de l’Afrique. Mamadi l’a fait par des actes concrets en soutenant le Mali, le Burkina et le Niger lorsque les portes du monde se sont fermées devant eux. Le panafricanisme ne se résume pas à des discours, ce sont des actes.

Je pense que nos autorités doivent mieux communiquer et que certains blogueurs doivent arrêter d’envenimer la situation avec des interventions hasardeuses. Il faut que cela cesse. Les Burkinabè sont chez eux en Guinée tant qu’ils acceptent de se conformer à nos règles, car le secteur de l’or est réglementé pour tout le monde. Ceux qui veulent s’installer officiellement le peuvent, mais nous ne tolérerons pas la destruction de notre environnement. La sécurité intérieure est une priorité absolue.

Quelles initiatives concrètes et immédiates recommandez-vous au gouvernement guinéen ?

Il n’y a pas d’escalade verbale de la part des gouvernements. Ceux qui s’agitent sont quelques individus sur les réseaux sociaux avec des téléphones portables de 200 dollars. Le gouvernement burkinabè sait de quoi il s’agit et c’est à lui de communiquer de manière appropriée. Cette décision est souveraine et liée à la protection de notre environnement, elle ne vise aucune nationalité.

J’ai discuté avec le ministre des Affaires étrangères, mon frère Jean Traoré. Il m’a dit qu’il comprenait parfaitement la décision. Quand il s’agit de la souveraineté africaine et de la protection de mon pays, je soutiens sans réserve le président de la République, car je ne vois aucun autre dirigeant africain qui ait agi avec autant de panache pour ses frères en difficulté.

Entretien réalisé par Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 5 novembre 2026 17:55

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