« Aucun présumé auteur n’a été interpellé » : L’amertume des familles des victimes du drame du stade de Nzérékoré
NZEREKORE-Un an jour pour jour après le drame du 1er décembre 2024, qui a coûté la vie à plusieurs personnes au stade du 03 Avril de Nzérékoré lors d’un tournoi de football, le collectif des organisations de défense des droits de l’homme, accompagné de plusieurs victimes et proches de disparus, s’est une nouvelle fois mobilisé pour réclamer justice.
Ce lundi, 1er décembre 2025 la commémoration a débuté devant le stade, symbole d’une tragédie toujours vivace dans les mémoires, avant de se poursuivre au tribunal de première instance de Nzérékoré où une copie officielle de leur déclaration a été déposée.

Dès les premières heures de la matinée, familles éplorées, militants des droits humains et citoyens solidaires se sont regroupés en face du stade du 03 Avril. Des victimes portaient des foulards noirs en signe de deuil. Le collectif, très critique face à ce qu’il qualifie de « blocage judiciaire », a rappelé que malgré les démarches entreprises depuis un an, aucune action tangible n’a été conduite par les autorités judiciaires compétentes.
C’est Me Théodore Michel Loua, avocat et chargé de communication du collectif, qui a livré publiquement la déclaration officielle, pointant un déficit de diligence, voire un « laxisme » institutionnel.
Dans sa lecture solennelle, Me Loua a d’abord rappelé les fondements juridiques de la démarche des victimes, en citant explicitement l’article 11 de la nouvelle Constitution guinéenne du 21 septembre 2025 :
« Toute personne a le droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, dans un délai raisonnable, par une juridiction compétente et indépendante… Elle a le droit de s’adresser au juge pour faire valoir ses droits contre l’État, ses agents ou toute autre personne physique ou morale. »

S’appuyant sur ce texte, le collectif a réitéré sa dénonciation de l’inaction judiciaire concernant le drame du 1er décembre 2024.
Selon la déclaration, «
- Une plainte avait été déposée le 10 mars 2025 contre les organisateurs du tournoi et leurs complices pour « meurtres, homicides involontaires, coups et blessures volontaires, recel de cadavres », entre autres.
- Ni le procureur de Nzérékoré, ni le procureur général de la cour d’appel de Kankan n’ont donné suite.
- Les victimes ont alors été contraintes de saisir le juge d’instruction en se constituant partie civile, au prix d’une caution de 20 millions de francs guinéens, réunis grâce à des donateurs ».
Malgré ces efforts, aucun présumé auteur n’a été interpellé, a déploré Me Loua : « Cela fait un an jour pour jour, aucune diligence sérieuse n’a été entreprise. Nous exprimons notre indignation face à l’attitude du ministère de la Justice… et exigeons l’ouverture de poursuites pour que justice soit faite. »

Aux côtés du collectif, les familles des disparus et survivants continuent d’exiger que les responsabilités soient établies. Prenant la parole au nom des victimes, le Dr Mathieu Kourouma, président du collectif des familles, a rappelé l’ampleur de la catastrophe et la nécessité de ne pas laisser cette date sombrer dans l’oubli :
« Nous ne devons pas oublier ce 1er décembre (…). Cette journée nous est très chère… nous prions les autorités à tout niveau de prendre ce problème en charge afin que justice soit vraiment faite. », a soutenu Docteur Mathieu Kourouma.

Pour beaucoup, le silence judiciaire ne fait qu’aggraver la douleur, empêchant les familles de faire leur deuil et de tourner la page. Après la cérémonie en face du stade, les membres du collectif et plusieurs victimes se sont dirigés vers le parquet du tribunal de première instance de Nzérékoré. Une copie officielle de leur déclaration y a été déposée, dans l’espoir de voir enfin le dossier avancer.Sur place, les familles ont insisté sur la nécessité d’une procédure impartiale, transparente et rapide.

Un an après, une seule certitude demeure : à Nzérékoré, la plaie du 1er décembre 2024 n’est pas refermée. Les familles exigent que justice soit rendue, non seulement pour honorer la mémoire de leurs proches, mais aussi pour que de pareilles tragédies ne se reproduisent plus.
SAKOUVOGUI Paul Foromo
Correspondant Régional d’Africaguinee.com
En Guinée Forestière.
Tél. (00224) 628 80 17 43
Créé le 2 décembre 2025 06:15Nous vous proposons aussi
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