A la découverte du musée de Boké où sont gardés des vestiges d'esclavage colonial...

Reportage

BOKE-Le musée régional de Boké attire aujourd'hui de nombreux visiteurs venant de divers horizons pour découvrir le riche patrimoine culturel de cette région, qui constitue la porte d'entrée des colons en Guinée. Ce site qui résiste encore au temps regorge des vestiges historiques qui retracent l'histoire de la traite des esclaves et de la colonisation. Les curieux qui viennent de partout. Immersion.

Construit en 1878, il a été érigé en musée en février 1971. Dix ans après, des travaux de rénovation seront réalisés par les autorités d'alors (1981). Mais à la chute du premier régime (de Sékou Touré, mort en 1984) connu pour son attachement à la valorisation du patrimoine culturel guinéen, ce lieu sera laissé à l'abandon.

Il a fallu 40 ans pour que cet édifice où sont rassemblés tous les objets d'art de la région de Boké ne bénéficie d'un toilettage en vue de préserver le plan architectural. Un travail rendu possible grâce aux amis du musée de Boké. Et, récemment en 2021, de nouveaux travaux ont été réalisés sous la directive de l'ancien ministre de la défense, Dr Mohamed Diané.

Disposant d'un contenu riche, cet endroit met en exergue les valeurs culturelles et ethnologiques du Kakandé. Toutes les principales ethnies (Landouma, Baga, Nalou) qui ont vivent au Kakandé possèdent dans ce monument des œuvres culturelles jalousement conservées. On y trouve le Nimba, Bansongni, Turba, Amantcho, Dabète, Tabala, Matimbo, Nasse, Coffi, Kiringni et plusieurs autres œuvres qui font trait à la résistance coloniale. Il s'agit notamment des fusils à canon, les premières pierres explorées par les colons etc...

« Nous demandons à l’Etat de nous venir en aide. Le musée régional de Boké est un monument historique qui doit être valorisé. Aujourd’hui, tous ceux qui sont ici sont des bénévoles, nous fonctionnons avec nos maigres moyens », a alerté Madiba Guirassy, directeur régional du musée de Boké. 

Pour sa part, le guide touristique de ce temple historique trouve de l’importance dans son travail. Malgré le manque d'investissement de l'Etat pour la prise en charge de cet édifice, des bénévoles, témoins de la richesse culturelle, s'érigent en gardiens de ces œuvres ancestrales. 

« Après la proclamation de l’indépendance de la Guinée, les colons avaient presque tout emporté. Mais le bâtiment du musée régional de Boké n’a pas été détruit. Avant et aujourd’hui ce n’est pas la même chose. Beaucoup de choses se sont passées dans la vie des noirs. Et dans ce fortin, plusieurs bras valides et résistants ont transité ici avant d’être transportés au Sénégal pour un voyage sans retour. Il y a presque trois ethnies autochtones qui s'emploient dans la conversation de leur histoire. Ce sont les Baga, les Landouma et les Nalou. Mais surtout les Baga. Nous invitons les autres ethnies aussi à envoyer leurs œuvres culturelles au musée pour leur conservation », a lancé Francois Koundouno, guide touristique. 

Muté en 1991 en tant que premier conservateur du musée régional de Boké, Mamadou Bailo Traoré continue à prêter ses services pour la valorisation de ce site historique. Même en étant à la retraite et affaibli par la vieillesse, son cœur vibre pour ce joyau culturel qui intéresse peu, les autorités administratives de la région.

« Aujourd’hui, je suis à la retraite. Mais je continue toujours à servir les gens. Les cadres qui sont affectés ici me considèrent et me consultent pour presque tous les travaux. Mais peu de gens apportent de la valeur au musée en Guinée. A l'arrivée du préfet Seny Silvere Camara à Boké, je suis allé le rencontrer pour lui faire part de l’existence du musée régional de Boké. Il m'a chassé de son bureau, et cela m’a beaucoup touché et jusqu’ici, cela me fait mal », a témoigné Mamadou Bailo Traore, conservateur. 

Depuis les dernières retouches effectuées sur le musée en 2021, cet édifice suscite la convoitise de la part de nombreux visiteurs venant d’un peu partout de la Guinée, de l'Afrique et du monde. Selon son directeur régional, même si les dépenses sont énormes, tout de même ils parviennent à capitaliser un peu d'économie dans la vente des tickets.

« Nous recevions plus de cinq (5) visiteurs par jours, les élèves payent 2 000 GNF, les institutions et sociétés 20 000 francs guinéens par personne et les expatriés payent 30 000 francs guinéens également par personnes. Cela nous a permis d'ouvrir un compte au crédit rural pour faire face aux besoins du personnel et l'entretien du musée », a fait savoir Madiba Guirassy. 

Le projet de modernisation et le manque de subvention constituent de nos jours un véritable casse-tête pour les conservateurs des musées en Guinée.

Depuis Boké, Oumar Sory Camara

Pour Africaguinee.com

Créé le Vendredi 26 août 2022 à 3:16