Les confidences du doyen Ibrahima Sampiring Diallo : "Le discours de Sékou Touré avait énervé De Gaulle…"

Guinée
Le doyen Elhadj Ibrahima Sampiring Diallo
Le doyen Elhadj Ibrahima Sampiring Diallo

CONAKRY-La journée du 25 Août 1958, a été déterminante dans le processus d’accession de la Guinée à l’indépendance. C’est ce jour-là qu’Ahmed Sekou Touré, premier président de la Guinée indépendante, a tenu un discours d’anthologie devant le Général De Gaulle, en campagne pour la communauté franco-africaine.

« Nous avons un premier et indispensable besoin, c’est celui de notre dignité en nous. Or, il n’y a pas de dignité sans liberté. C’est pourquoi nous préférons la liberté dans la pauvreté qu’à l’opulence dans l’esclavage ».

Un discours osé qui résonne encore. L’ancien maire de Labé, le doyen Elhadj Ibrahima Sampiring Diallo se souvient de cette date et de ce discours, élément déclencheur de l’accession de la Guinée à l’indépendance le 2 octobre 1958. C’était au palais du 25 Aout, actuel siège de la haute autorité de la communication. Témoignage.

« Le 25 Aout 1958 est un chainon d’une longue suite de causes à effets. L’on se souvient, à cause des perturbations sociales qui ont eu lieu contre la France en Aise, particulièrement au Vietnam et en Afrique. Le France décide de revoir sa politique africaine. C’est ainsi qu’avec la loi GASTON DEFÈRE, il a été retenu d’installer dans les colonies françaises d’Afrique noire des gouvernements appelés Semi-autonomes.

Un vote allait être organisé, le parti qui remporte le scrutin dans chaque pays aura la responsabilité de former un gouvernement et désigner les membres. Cette élection organisée en 1956 a été largement remportée par le PDG, ce parti était très fort, sur 60 sièges de l’assemblée territorial, le PDG a gagné 57.

Ainsi Saifoulaye Diallo devient le président de l’assemblée territorial et Sekou Touré, premier vice-président du gouvernement de la Semi-autonomie, le président étant le Gouverneur français mais le vice-président étant celui qui a été désigné par l’assemblée territorial.  Donc, c’était Sekou Touré.

C’est après cette étape que le Général DE GAULLE a entamé sa tournée sur le continent pour expliquer son projet sur la communauté franco-africaines. Il commence par Brazzaville. De Brazzaville, il atterrit à Conakry dans la journée du 25 Aout 1958. Ce jour a connu une forte mobilisation plus que d’habitude. Il y a eu une foule compacte de l’aéroport au palais du 25 Aout à Kaloum qui ne portait pas ce nom ce jour. La réception était grandiose.

Le Général DE GAULLE très marqué et joyeux par la forte mobilisation populaire était certain que c’est acquis d’avance que la Guinée va accepter la communauté franco-africaine et peut-être même que les guinéens vont appuyer son projet de communauté.

C’est dans ces circonstances que SAIFOULAYE DIALLO a pris la parole pour adresser le message de bienvenue au Général De Gaulle et à sa délégation. Ensuite, il passe la parole au premier vice-président de la Semi-autonomie qui était Sékou Touré pour dire la pensée du peuple de Guinée par rapport à l’objet de la visite de l’hôte.C’est ainsi, en prenant la parole, Sékou Touré a dit ce qui retentit encore partout en ces termes : 

« Nous avons un premier et indispensable besoin, c’est celui de notre dignité en nous. Or, il n’y a pas de dignité sans liberté. C’est pourquoi nous préférons la liberté dans la pauvreté qu’à l’opulence dans l’esclavage, à la richesse dans l’esclavage » FIN DE CITATION.

Et ce message fort a surpris et choqué le général De GAULLE que nous connaissions comme étant l’autorité la plus noble à cette époque. Donc, cela a touché profondément le général qui selon certaines sources a oublié ou failli oublier son Képi après son message réponse. Tellement qu’il était choqué. 

D’ailleurs après Sékou Touré il y a eu un tonnerre d’applaudissements et de cris de joie venant la foule et autres porteurs de pancartes. Dans le langage de Sékou Touré, le peuple a applaudi ; les louanges du Syli ont été chantés. Tout cela a perturbé le Général au point quand il s’est levé pour intervenir, c’était un homme énervé déjà. Le Général a dit ceci avec un ton élevé : 

« On a parlé d’indépendance, je le dis ici plus haut qu’ailleurs que l’indépendance était à la disposition de la Guinée. Elle peut la prendre le 28 septembre en votant NON à la communauté franco-africaine. Et dans ce cas, je garantis que la métropole ne fera pas obstacle. Elle en tirera des conséquences bien sûr mais d’obstacles nous n’en ferons pas. Ainsi votre pays pourra comme il voudra, dans les conditions qu’il voudra et suivre le chemin qu’il voudra »

Voici les conditions dans lesquelles le général s’est séparé de ses hôtes guinéens pour reprendre son avion et partir. Avant le jour J, c’est-à-dire le 28 septembre 1958, la Guinée s’était bien organisée, des sensibilisations avaient été menées partout avec des délégations qui ont sillonné tout le pays pour expliquer la portée de voter NON au referendum du 28 septembre. A Conakry, il y a eu une conférence territoriale qui avait regroupé les syndicats, les partis politiques, la société civile. Donc tout le monde s’est retrouvé pour profiter de l’opportunité qui leur a été offerte pour voter NON le 28 septembre.

C’est ainsi le 28 septembre 1958, sur les 8 colonies de l’Afrique occidentale française, le NON l’a emporté largement en Guinée. La France n’avait plus le choix que de rendre à la Guinée son destin. Ainsi, le 02 octobre 1958, l’indépendance de la Guinée a été proclamée. Sekou Touré est devenu le premier président de la République de Guinée. Mais l’accession à l’indépendance de la Guinée s’est déclenchée le 25 Aout 1958, mais la journée du 28 septembre a été plus célèbre ».

Alpha Ousmane BAH

Thierno Oumar Tounkara

Pour Africaguinee.com

Tel : (+224) 664 93 45 45

Créé le Jeudi 25 août 2022 à 19:00