Guinée : L’ONU "accable" la junte…

Guinée
Antonio Guteress, Secrétaire Général de l’Organisation des Nations-Unies et Michelle Bachelet Haut commissaires aux droits de l'Homme
Antonio Guteress, Secrétaire Général de l’Organisation des Nations-Unies et Michelle Bachelet Haut commissaires aux droits de l'Homme

GENÈVE-La pression continue de s’accentuer sur la junte militaire au Pouvoir en Guinée, dirigée depuis le 05 septembre 2021, par le colonel Mamadi Doumbouya. Lequel a décidé depuis le mois de mai dernier de suspendre les manifestations de rue dans le pays jusqu’aux périodes de campagne électorale. Depuis la prise de cette décision controversée, les violations des droits humains montent crescendo dans le pays, coutumier de violences de tout genre.

Fin juillet dernier, cinq civils avaient été tués dans la répression d’une manifestation qui était interdite. Cette situation interpelle, la chilienne Michelle Bachelet, Haut-commissaire des Nations-Unies aux Droits de l’Homme. Le 15 août, elle a adressé une lettre (dont l’authenticité a été confirmée à Africaguinee.com, ce lundi 22 août 2022 par le bureau du Haut-commissariat basé à Genève) au chef de la junte militaire en Guinée, pour lui faire part de sa vive préoccupation.

« Je vous écris pour vous faire part de mes profondes préoccupations face à l’évolution récente de la situation des droits de l'homme en République de Guinée. Selon les informations que j'ai reçues, le recours à la force par les forces de sécurité lors des manifestations des 28 et 29 juillet 2022 a entrainé un certain nombre de morts et de blessés. De telles actions pourraient constituer des violations des droits de l'homme, y compris des droits à la vie et à l'intégrité physique. J'encourage votre Gouvernement à diligenter des enquêtes sur ces incidents malheureux et à traduire leurs auteurs en Justice », a écrit la fonctionnaire des Nations-unies.

Depuis début août, deux dirigeants du FNDC (front national pour la défense de la constitution) dissous par la junte et un acteur politique sont incarcérés à la maison centrale de Conakry. Ils ont été arrêtés au lendemain des manifestations de fin juillet. Michelle Bachelet dénonce une violation des droits et à la liberté d’association et de réunion pacifique.

« Je suis également préoccupée par les informations faisant état d'un grand nombre d'arrestations de manifestants, y compris des membres de l'opposition politique et de la société civile. De telles actions pourraient constituer des violations des droits à la liberté d'association et de réunion pacifique. Je demande instamment au gouvernement guinéen de veiller à ce que les personnes détenues pour avoir exercé leur droit à la liberté d'expression et de réunion pacifique soient libérées et que leurs droits fondamentaux soient protégés de manière adéquate.

J'ai été informée de la décision prise par votre gouvernement le 9 aout courant de dissoudre le Front National pour la Défense de la Constitution, un collectif de partis politiques d'opposition, syndicats et organisations de la société civile, qui a été à l'initiative des manifestations des 28 et 29 juillet dernier. Une telle mesure constitue une atteinte grave au droit à la liberté d'association et de réunion pacifique », dénonce la Haut-commissaire des Nations-Unies aux droits de l’homme.

Madame Bachelet appelle le gouvernement à revenir sur cette décision et à garantir à tous les Guinéens les libertés fondamentales contenues dans la Constitution guinéenne et conventions internationales relatives aux droits de l'homme auxquelles la République de Guinée est partie.

« Dans le contexte d'une transition vers un retour à l'ordre constitutionnel en République de Guinée, j'encourage instamment votre gouvernement à privilégier le dialogue pour résoudre les tensions politiques, et à promouvoir et respecter les droits de l’homme pour garantir l'avènement d'un état de droit dans le pays. A cet égard, mon Bureau pays se tient à votre disposition pour continuer de vous apporter l'assistance technique nécessaire. J’espère que vous recevrez cette lettre dans l'esprit d'engagement et de soutien que j'ai noté précédemment », a-t-elle mentionné. 

Michelle Bachelet assure toutefois que le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme reste disposé à continuer à travailler avec le Gouvernement en partenariat et en coopération pour améliorer la situation des droits de l'homme en Guinée.

Pour l'heure, la présidence guinéenne, n'a pas réagi à cette lettre. Le colonel Doumbouya va-t-il fléchir ? Rien n'est moins sûr. Fin mai dernier, le président de la transition guinéenne s'était montré inflexible après une critique de l'ONU qui appelait à la « révocation » de l’interdiction des manifestations dans le pays. Droit dans ses bottes, le colonel Mamadi Doumbouya était resté droit dans ses bottes, martelant qu’aucune marche ne sera "autorisée en Guinée aussi longtemps que les garanties d’encadrement ne seront pas réunies".

A suivre…

Africaguinee.com

Créé le Lundi 22 août 2022 à 13:17