N'Zérékoré : Des citoyens "sevrés" de courant interpellent les autorités

Guinée forestière
Le ministre Abé Sylla projet d'interconnexion électrique "CLSG" en avril dernier à N'Zérékoré
Le ministre Abé Sylla projet d'interconnexion électrique "CLSG" en avril dernier à N'Zérékoré

CONAKRY-Depuis début avril 2022, la ville de Nzérékoré, chef-lieu de la Guinée forestière, bénéficie du courant électrique (H24). Pendant le lancement de ce grand projet d'interconnexion qui doit couvrir 4 pays de la sous-région, -Côte-d’Ivoire-Liberia-Sierra Leone-Guinée (CLSG)-, les responsables de la Société Électricité de Guinée (EDG SA) avaient promis que toute la ville de Nzérékoré sera alimentée dans les mois qui allaient suivre.

Sauf que de nos jours, c’est un sentiment de désenchantement qui se dégage chez de nombreux citoyens qui se plaignent de la gestion de l'EDG dans la ville. Si certains fustigent la lenteur dans le traitement des dossiers, d'autres dénoncent les petites « magouilles », le « favoritisme » dont certains agents de l’agence locale se rendent complices. C'est le cas de ce jeune prestataire qui est tenu obliger d'allumer le groupe électrogène pour faire fonctionner son centre. Selon lui, la direction de l'EDG lui a infligé une facture dont il n'est pas capable de payer pour se procurer de l’électricité.

"Nous sommes dans une période très difficile. C'est vrai que le courant est à Nzérékoré, mais actuellement nous sommes en conflit avec EDG Nzérékoré, parce qu'on nous accuse d’avoir utilisé le courant d'une manière frauduleuse. Et donc pour cela, EDG nous a infligé des pénalités que nous ne pouvons pas payer maintenant. C'est pourquoi nous sommes en train d'utiliser des groupes électrogènes. La pénalité qu'EDG m'inflige s'élève à 2.250.000 Gnf. C'est ce montant que je n'ai pas maintenant là", a lancé Santos Kpoghomou, avant de revenir sur les difficultés qu'il a rencontré avec EDG.

"Auparavant j'étais abonné à un distributeur local, nous sommes restés avec lui, jusqu'à ce qu'un jour, il est venu nous voir pour dire qu'il ne pourra plus continuer vu que sa clientèle avait progressivement baissé. C'est ainsi j'ai pris la décision de rentrer en contact avec le chef de zone qui m'a fait comprendre que la démarche à suivre était d'aller fournir mes dossiers auprès de la direction d'EDG. Sauf qu'en ce temps-là, il n'y avait pas d'abonnement facile. Vu l’urgence, je lui ai demandé s'il y a une possibilité que moi je puisse installer le courant chez moi. Il m'a dit de payer un montant à son niveau, une fois que ce montant est payé, il pouvait m'aider à me brancher sur la ligne. Effectivement j'ai payé ce montant, aussitôt il m'a branché, m'encourageant de remplir les formalités. Chose qui fut fait.

A mon fort étonnement, la semaine dernière, une équipe est venue me dire que notre zone est signalée pour utilisation illégale du courant. Ils m’ont aussitôt coupé le courant. Je leur ai dit d'attendre que le chef de zone qui m'a connecté arrive pour leur fournir les explications requises. Ils n’ont pas accepté. Pourtant j'ai suivi les conseils du chef de zone (…) ils ont arraché le fil que j’ai acheté, le compteur est suspendu ici, j'ai mon numéro et j'ai mes informations qui sont là-bas avec eux. C'est ainsi que je me suis rendu à la direction, pour expliquer au directeur ce que je suis en train de vivre. Ce dernier m'a dirigé vers une femme qui, à son tour m'a donné un reçu de 2.250.000Gnf que je dois payer comme pénalités. C'est ce montant que je n'ai pas payé encore", dénonce ce citoyen.

Il fustige aussi le « manque de transparence » de certains travailleurs d’EDG. « Nous sommes tous contents de l'arrivée du courant h24 à Nzérékoré. Mais depuis que le courant est venu, nous avons remarqué quelque chose qui nous fait beaucoup mal au cœur. Il s'agit de la gestion d'EDG en région forestière. Quand vous allez au bureau, on vous montre les procédures d'abonnement. Le prix officiel pour le branchement, c'est 90.000Gnf. Mais dès que tu finis cette procédure, ça prend beaucoup de temps. Et sur le terrain, il y a des arnaqueurs qui ne sont que des agents d'EDG qui demandent un million pour brancher d'autres citoyens. C'est ce qui nous fait mal au cœur », fustige Ibrahima Vafin Kourouma, entrepreneur.

Cet autre citoyen a passé deux mois à attendre un compteur. Il dénonce un traitement basé sur le favoritisme.

« Nous avons fait la demande d'abonnement, ça fait maintenant deux mois. Et depuis là, nous n'avons pas été appelés, nous n'avons pas non plus reçu la visite des agents d'EDG. Il y'a un travailleur d'EDG qui nous a dit qu'il y'avait la possibilité de s'arranger avec les chefs de quartier puisque les anciennes lignes ont été tirées par les associations dans les quartiers. Donc nous nous sommes vus avec ces personnes-là, nous avons eu à tirer les fils. Maintenant il était question d'installer un compteur. Nous nous sommes rendus à EDG, mais c’est impossible d'avoir le courant.

Nous avons la ligne chez-nous mais impossible d'avoir le courant, alors que nous avons payé de l'argent à l'équipe du quartier. Mais pour le moment on nous dit que nous ne pouvons pas avoir de courant puisqu'on ne peut pas avoir de compteur. Mais le paradoxe dans tout ça, c'est qu'il y a certaines personnes qui ne font même pas deux semaines après leurs demandes, ils ont des compteurs. Nous sommes là à attendre depuis deux mois », dénonce Alexandre Manthali Konoua.

Ces citoyens demandent à la direction d'EDG de faciliter l'abonnement à la population. "Nous voulons que les responsables d’EDG facilitent les abonnements aux citoyens. Actuellement, il y a beaucoup de personnes qui veulent s'abonner. Mais vous-mêmes vous pouvez imaginer, quand quelqu'un veut s'abonner de façon légale et qu'on ne lui donne pas l'opportunité, qu'est-ce qu'il va faire ? Il va le faire de la façon illégale. Et tout ça, c'est avec les travailleurs d'EDG. Puisque ce sont eux seulement qui livrent les compteurs et les numéros. Ils n’ont qu'à améliorer leur manière de servir la population", a lancé Ibrahima Vafin Kourouma. 

Interrogé par rapport à plaintes, le Directeur de l'EDG de Nzérékoré s’est abstenu de faire des commentaires, indiquant que « mieux vaut parler des atouts qu’offre l’arrivée du courant électrique à Nzérékoré que de parler des plaintes des citoyens ».

A suivre...

SAKOUVOGUI Paul Foromo

Correspondant régional d'Africaguinee.com

A Nzérékoré.

Tél : (00224) 628 80 17 43

Créé le Samedi 02 juillet 2022 à 17:19