De la vie d’étudiant à celle d’élu à Schaerbeek "Bruxelles": Le parcours inspirant de Mamadou Saliou Bah

Diaspora guinéenne
Mamadou Saliou Bah
Mamadou Saliou Bah

BRUXELLES-Mamadou Saliou Bah, fait partie des Guinéens les mieux intégrés en Belgique. Depuis 2018, il est conseiller communal à Schaerbeek, l’une des 19 communes de Bruxelles. Aujourd’hui, il siège parmi les 36 conseillers communaux de sa commune de 132.867 habitants. Ce quadra a débarqué en Belgique en l’an 2000 pour entamer ses études universitaires. Dans cette interview, Mamadou Saliou Bah originaire de Labé, nous relate son parcours, universitaire et politique. Il fait également des confidences sur la vie politique en Belgique.

AFRICAGUINEE.COM : Parlez-nous de votre parcours universitaire en Europe ?

MAMADOU SALIOU BAH : MERCI, comme vous le savez, toute la base est partie de la Guinée. Mon parcours a commencé au quartier Tata à Labé, à l’école primaire du même nom.  J’ai commencé le collège dans les années 1990 à Hoggo mbouro (l’un des célèbres lycées de Labé NDLR), ensuite je suis parti à Kindia où j’ai fait une partie de mon collège. Puis je suis allé à Fria où j’ai terminé mon lycée. C’est là que j’ai eu mes 2 bacs 1 et 2 en série sciences sociales. Pendant ces années, le rêve des jeunes était de venir en Europe étudier.  Après le bac, j’ai commencé la procédure d’inscription à l’université. Mon projet s’est réalisé au courant des années 2000. Après l'obtention du Bac en Guinée, je suis venu en Europe pour les études supérieures. J’ai une licence en sciences politique, un Master en relations internationales, spécialisation finalité, sécurité paix et conflits. Mon mémoire a d’ailleurs porté sur la réforme du système de sécurité en Guinée. J’étais allé au pays pour mener une enquête de terrain sur l’appropriation nationale par les acteurs locaux de la réforme du système de sécurité (RSS).

J’ai un autre Master de spécialisation en Droit de l’homme. J’ai travaillé sur le concept de la responsabilité de protéger, son application pendant l’intervention en Libye par les forces de l’OTAN en 2011, et les conséquences de cette intervention pour les pays du SAHEL. Donc, a priori, ce sont les études et ma profession qui constituent fondamentalement les facteurs qui m’ont donné les outils me permettant de me positionner politiquement dans ma société d’accueil.

Beaucoup d’étudiants notamment guinéens éprouvent des difficultés d’adaptation et d’intégration. Racontez-nous votre expérience…

C’est une épreuve difficile surtout pendant les premières années. J’ai vécu des moments difficiles en cumulant petits boulots et études. Comme vous le savez, les études universitaires sont très exigeantes. Elles nécessite beaucoup de concentration et les matières à suivre sont nombreuses. Vous avez à côté, une législation qui limite et encadre le travail d’étudiant. Vous n’avez que quelques heures par semaine. Mais ici, cumuler le travail et les études dépendent du type d’études que vous faites. Sincèrement, faire les deux à la fois a été très difficile et pénible pour moi à cause de mon programme d’études. C'est pendant les vacances que vous avez la possibilité de travailler à plein temps pour faire des économies pour pouvoir payer les droits d’inscription pour l’année.

Comment vous vous êtes retrouvés en politique après vos études jusqu’à même vous faire élire comme conseiller dans votre commune à Bruxelles ?

C’est le résultat d’un long processus. Tout est partie d’une enquête sur les partis politiques notamment sur l’interculturalité au sein des partis politiques. C’est-à-dire comment les partis se positionnent par rapport à la diversité bruxelloise dans la réalité. En menant ces enquêtes, je me suis approché des co-présidents du parti écolo. Ce parti par exemple est dirigé par une co-présidence, un binôme formé par un homme et une femme. C’est un parti qui prône l’égalité de sexe dans son ADN. Cela montre l’importance que ce parti accorde non seulement à l’égalité dans la représentation au sein du parti, mais aussi au niveau de son projet de société.

A l’occasion de cette enquête, j’ai interviewé la co-présidente, c’est en ce moment-là que je me rendu compte que je portais un intérêt pour ce parti par rapport à sa doctrine et l’idéologie qu’il véhicule. Par après, j’ai présenté un dossier de candidature pour intégrer le centre d’étude de l’écologie politique (Etopia). Finalement, j’obtiens une admission sur base de mon dossier dans cette organisation. A travers cette admission chez Etopia, j’ai passé une année de formation pour apprendre le mode de fonctionnement interne du parti, en m’appropriant l’idéologie et les valeurs que ce parti porte.

Comme tous les autres militants, ce sont ces circonstances qui m’ont permis de m’intégrer dans les différentes structures du parti ou de représenter le parti dans des institutions. J’ai commencé à militer au niveau local, c’est-à-dire au niveau de ma commune. En 2014 et 2019, j’ai été désigné candidat aux élections pour le parlement régional bruxellois, mais ces candidatures n’avaient pas porté ses fruits. Comme vous le savez, ici, c’est un pays fédéral, il y a 3 niveaux du pouvoir, le niveau fédéral, le niveau régional et le niveau communal. Pour cette première élection j’ai été candidat malheureux, donc pas élu. Je n’ai pas lâché, j’ai considéré l’échec comme un bon exercice, ce qui a payé avec les toutes dernières élections communales, j’ai bénéficié d’une place stratégique. Parmi les 10 premiers de la liste électorale, j’occupais la 7ème  place sur la colonne de 10 places stratégiques de la liste de 2018. Une place extraordinaire pour un citoyen faisant partie des catégories des populations étrangères nouvellement venues en Belgique, comme c’est le cas des Guinéens. Donc, depuis 2018 je siège au conseil communal de Schaarbeek. Dans mon groupe politique Ecolo-Groen, nous sommes 6 conseillers sur les 36 autres conseillers. Schaerbeek, est l’une des 19 communes de Bruxelles.

C’est un processus normal, c’est d’abord un acte individuel d’apprentissage, couronné par une confiance collective de la part des membres du parti qui m’ont conduit à bénéficier cette place. Ce sont les membres de la locale Ecolo qui ont utilisé les techniques de l’intelligence collective comme expression de la démocratie participative pour m’accorder la confiance en me donnant une très bonne place sur la liste électorale de 2018. C’est un signe de la vitalité démocratique interne de notre parti. Ici en politique, il y a plusieurs écrits et commendataires de la vie politique qui parlent beaucoup de ce phénomène de racolage politique en période électorale. Une stratégie de mobilisation à caractère électoraliste mise par les appareils des partis destinée à capter un électorat éloigné de leurs électorats traditionnels.

Cette stratégie qu’on peut qualifier à juste mesure comme électoraliste est plus vigoureuse et agressive entre partis pour mobiliser les communautés d’origine étrangère pendant la période des élections. On vient vers les communautés d’origine étrangère à la recherche de potentiels candidats même s’ils ne répondent pas à certains critères de compétences requises. Vous savez aussi, ces actions de rapprochement ou de captation des candidats venant des communautés d’origine étrangère bruxelloise, comme je viens de le dire tout à l’heure les partis cherchent des voix qui ne sont celles partagées traditionnellement entre eux, mais des nouvelles ressources électorales que j’appelle « d’électeurs- conjoncturels ».

C’est ce qu’on appelle le racolage politique. C’est la bonne guerre ! Etant sensible à cette pratique, je pense avoir éviter ça, parce que j’ai fait des formations avec un parcours académique qui me procurent des ressources culturelles m’évitant à être entrainé dans ces logiques de racolage. Je ne perds pas raison que l’essentiel pour un parti, ce sont les voix qui comptent à la fin. Le mérite est central pour moi, je veux être utile dans mon engagement, c’est pourquoi la maitrise des fondamentaux du parti était essentiel. D’où l’intérêt pour moi de comprendre d’abord à partir de mon cursus universitaire, comment le mécanisme institutionnel marche, les logiques, les clivages qui existent parce que les partis son nombreux ici, il y a plusieurs familles politiques, les écologistes, les socialistes, les libéraux, les centristes.

Je me suis positionné par rapport à ce parti, parce que Ecolo ramenait les questions environnementales et climatiques au cœur des enjeux politiques de notre futur en tant que Vivant. En questionnant notre rapport à la gouvernance, notre rapport à la production des biens, aux rapports sociaux à notre de conception du monde entre le Nord et le Sud dans ce monde aux multiples d’enjeux. Les projets des écolos me parlaient plus par rapport à d’autres partis politiques traditionnels qui continuent à utiliser les recettes classiques qui nous ont conduit à la dégradation de notre socle commun de vitalité qui est l’environnement ; tout ça me réconfortait intellectuellement, parce que les écologistes ramènent quelques choses de nouveau dans la société. En dépassant la dimension des clivages classique(conservateurs-nationalistes), j’appartiens à ce courant qui dit que l’environnement transcende quasiment tous les clivages anciens. J’ai suivi ces valeurs écologiques, mais il faut avouer c’est difficile de faire comprendre à nos frères et sœurs, parce que l’écologie est victime de son propre projet. Il y a trop de stéréotypes autour du projet écologique.

Les détracteurs radicaux voient les projets écologiques comme des marqueurs d’un retour au Moyen-âge, en disant que l’écologie veut les ramener à l’âge de la « pierre- taillée », ou qu’on va bientôt commencer à exploiter des petits jardins pour se nourriture comme des petits lapins. Ces projets-là vont leur empêcher de manger la viande. Ils sont contre les voitures, ils voient la mobilité douce comme l’usage du vélo ou du fait de marcher à pied aux abords de nos routes ou dans des nouveaux espaces partagés comme une remise en cause de leur statut sociale. La voiture reste un marqueur social important en termes de statut sociale dans les imaginaires mentaux de beaucoup des gens. Monsieur X ou madame Y a réussi sa vie  parce qu’il roule en voiture. Je ne fustige pas l’usage de la voiture, je montre un processus mental. Je pense que les gens finiront par comprendre qu’ils sont plus à gagner à comprendre les valeurs écologiques et à adopter des comportements écologiquement intelligents et pertinents que le reste. Parce que ce sont des questions fondamentales, les premières victimes du réchauffement climatique, la pollution ce ne sont pas les riches, ce sont les pauvres (…).

Reportons cette question vers la Guinée, si je prends le Fouta les bouses de vache servaient d’engrais dans nos potagers ; les résidus de maïs et autres servaient à nourrir nos animaux. C’est une pratique circulaire non ? Lavoisier ne nous apprenait « rien ne se perd, rien ne se créer : tout se transforme ». Tenez, à Bruxelles, le gouvernement de la Région Bruxelloise est en train de tester à l’échelle de l’économie d’une Région des politiques publiques qui encouragent les acteurs économiques à des nouvelles innovations qui modélisent les techniques de l’économie circulaire, une économie de non-gaspillage des ressources. Apprenons à nos enfants à rêver, aidons nos gouvernements à rêver et à réaliser leurs rêves, je ferme la parenthèse.

En regardant les legs de l’éducation traditionnelle de nos parents ; manger qualité, manger sans gaspillage, à la fois consommer et penser aux futures générations. Ce sont des pratiques traditionnelles, un art de vie qu’on trouvait en Guinée. Par exemple, à mon enfance, je me souviens même cueillir une mangue qui n’est pas mure était un « tabou-culturel », donc interdit. C’est une pensée écologique qui était là, c’est vrai il n’existait pas pendant ces périodes dans ces milieux traditionnelles une dimension politique de l’environnement. C’est-à-dire, la question n’était pas mobilisée par un parti politique à travers un projet de société. Aujourd’hui des partis se lèvent partout dans le monde pour en faire un enjeu politique. Ça veut dire que les rapports sociaux jadis observés dans certaines contrées en Afrique en lien aussi avec l’environnement se transforment aujourd’hui par des enjeux politiques et des tensions sociaux en Europe et dans le monde. J’évite ici de tomber dans un piège de posture culturaliste nous faisant, nous, « africains », les premiers pionniers de l’écologie.

En allant en Belgique étudier, aviez-vous envie d’y rester après les études ?

Malheureusement, parmi ceux qui quittent le continent africain pour l’Europe ; ils sont très peu à avoir un projet de venir  étudier puis rentrer. Personnellement j’étais animé par un aspect de retour au pays après les études, je pense qu’il y avait certains qui avaient cette idée. Nous savions après des études en Europe, nous avons un bon diplôme et puis à côté un bon capital culturel ; on tenait à rentrer et travailler pour le pays. Mais vous venez ici, vous terminez les études, vous vous socialiser du milieu d’accueil, vous vous installez petit à petit et inconsciemment vous restez dans cette routine. De l’autre côté, vous voyez que vous êtes habitués à une certaine liberté, un cadre de vie quand même qu’il ne faut pas occulter, du coup vous sortez vos diplômes pour vous trouver une situation professionnelle qui vous permet d’avoir un salaire digne après vous pensez à fonder une famille. Donc c’est ça aussi le cercle vicieux.

Vous savez l’immigré a toujours ce « mythe du retour », toujours on se dit, « dans un an, deux ans, ou trois ans », je vais rentrer, moi par exemple, pendant mes études j’ai fait beaucoup de mes travaux qui sont en lien avec la Guinée ou l’Afrique. J’ai toujours eu un attachement émotionnel avec mon pays d’origine, c’est un peu ça le phénomène psychologique du migrant. Sans jugement de valeur, c’est un phénomène normal des humains. Je constate que la diaspora guinéenne est plongée depuis longtemps dans un cycle de stigmatisation et dans un cercle vicieux qu’on peut historiquement situer, tantôt on considère la question diasporique comme une menace pour le pays et ses intérêts selon des logiques qui collent à la situation socio-politique du pays. Tantôt, on voit cette diaspora comme un avantage, mais qui, manifestement ne se traduit pas par des politiques publiques vigoureuses, sérieuses de mobilisation des collectivités institutionnalisées du pays. Aujourd’hui, je constate

un autre phénomène vif que j’appelle un « auto-chantage intra-diasporique » qui s’accommode au contexte sociopolitique de la Guinée, c’est-à-dire un guinéen de la diaspora n’ose pas parler de sa volonté de rentrer au pays, directement, il est étiqueté « de paria » européen ou américain par ses paires de la diaspora. Ce phénomène social sert à disqualifier mentalement ou socialement la personne en question. C’est à l’Etat guinéen de dépoussiérer du vrai ou du faux des projets portés par les diasporas et non le contraire. Ce phénomène de lapidation sociale découle d’une sorte de castration sociale, c’est-à- dire, l’usage de l’exclusion, du chantage public soit sur les réseaux sociaux ou d’autres canaux pour humilier l’Autre porteur de projet de retour dans son pays d’origine.

Comment votre élection en 2018 a-t-elle été accueillie au sein de votre famille?

Oui évidemment, il y a de la fierté qui entoure ces genres d’élections ou d’exploits particuliers qu’on mette autour d’un « parcours atypique ». Mais vous le savez, il n’y a pas que l’engagement politique à travers une élection qui constitue simplement un motif de fierté. Il y a beaucoup des Guinéens dans la diaspora et en Guinée qui méritent beaucoup d’attention que moi. Cependant, oui je ne renoncerai pas de dire que ma fonction de conseiller communal d’écolo est un motif d’autosatisfaction, une grande joie pour ma communauté à Bruxelles, ma famille, mes amis. C’est vraiment réconfortant. J’ai reçu beaucoup d’encouragement de la part de la communauté Guinéenne de Bruxelles que je remercie vivement c’est d’ailleurs à travers elle que j’ai eu cette possibilité d’être conseiller communal. Ce sont les électeurs belges guinéens qui ont pris leurs bulletins pour glisser à mon compte dans les urnes, je marque toute ma reconnaissance à leur endroit.

De l’autre côté, il faut comprendre la vie politique ici, c’est un exercice qui demande beaucoup de temps. Au niveau communal par exemple ils ont des compétences propres ; le fédéralisme belge situe trois principaux niveaux de pouvoir, comme je vous le disais, il y a le niveau fédéral, régional et communal. Au niveau communal les compétences sont spécifiques, soit des compétences attribuées, toute situation dont les lois n’en parlent pas, les communes peuvent se l’attribuer. Si le fédéral et la région ne sont pas compétents, la commune récupère tout de suite et agit en conséquence ; c’est au niveau des communes qu’il y a l’effectivité de la citoyenneté ail y a aussi le fédéral qui délègue certains pouvoirs au niveau communal. En tant que conseiller communal de ma Commune, chaque mois, on anime le Conseil, en observant scrupuleusement les points programmés dans l’agenda par le Collège et Bourgmestre(maire). Ces points de l’agenda sont liés aux compétences communales, nous discutons les contenus de cet agenda et enfin on les sanctionne par un vote à la fin. Nous travaillons avant le conseil communal mensuel dans différentes commissions qui sont au nombre de dix, c’est par exemple, la commission pour l’enseignement, de l’économie-emploi, la cohésion sociale, le climat, le logement, l’urbanisme, l’Espace vert-propreté, la prévention etc… Je vous ai fait état ici de la démocratie locale de ma commune. On est proche des besoins des citoyens, proche d’eux au quotidien dans les quartiers, dans les rues, et les citoyens sont proches des institutions qui rendent leur droit au quotidien effectif.

Le foutah région dont vous êtes originaire est connu pour son ancrage dans l’éducation musulmane. Est-ce qu’à un moment donné vous n’avez pas dévié cette éducation familiale fondée sur l’islam que vous légué votre père pour devenir ce que vous êtes aujourd’hui ?

Alors, concernant l’éducation que mon père a léguée à sa famille, je suis reconnaissant de la place qu’il accordait à l’éducation scolaire de ses enfants, filles comme garçons. Je pense sincèrement, que l’ouverture d’esprit au monde que nos parents nous ont légué doit être préservée jalousement dans ce monde mondialisé. La Religion sert à créer des équilibres, des dynamiques de cohésion et d’ouverture dans la tolérance pour éviter de tomber dans les extrêmes. Mon père ne faisait pas de choix pour ses enfants ; ils nous encourageaient à toujours prendre les études au sérieux.

Les études coraniques et scolaires vont ensemble. A côté, pour les besoins de la cause, il encourageait l’égalité entre ses filles et ses garçons, les sœurs sont plus nombreuses que les garçons, mais les tâches ménagères sont partagées entre tous, c’est une valeur éducative inculquée en nous. Le choix de vie ou professionnel, il a laissé la liberté à chacun de nous. Preuve de son ouverture d’esprit, il a piloté et organisé financièrement mon projet d’étude en Belgique.

Merci d’avoir porté attention sur lui, paix à son âme, je ne m’étalerai pas trop sur lui. Ce que je peux rajouter le concernant, oui, comme d’autres de nos parents, mon père Ehadj Amadou Bah qu’on appelait communément, Ehadj Bah Timbi a servi et a marqué son passage socialement, religieusement et professionnellement les villes du Fouta et particulièrement la ville de Labé. Je peux vous dire beaucoup d’édifices publiques régionales de Labé sont à son actif à cause de son génie de travail. Après sa retraite, il finira à être imam à la Mosquée de Tata que lui-même a supervisé les travaux de construction.

Qu’est-ce qui explique l’intégration facile des africains dans le milieu professionnel en Belgique par rapport aux autres pays européens ?

Le problème de l’intégration par l’emploi pour les afrodescents est problématique en Belgique. Ces dernières années, des études intéressantes ont été publiées en ciblant trois catégories des groupes nationaux qui ont des liens historiques avec la Belgique. A savoir les belgo-congolais, les belgo-ruandais, les belgo-burundais. Ces études ont essayé de voir les corrélations qui peuvent exister entre le niveau de diplôme et l’accessibilité au marché du travail de ces trois catégories des groupes nationaux. A la grande surprise, ces études relèvent que ces trois catégories des populations en dépit de leurs diplômes extrêmement élevés par rapport à la moyenne belge sont quatre fois plus au chômage que les autres à cause d’un phénomène structurel en lien avec la discrimination.On peut conclure alors, sur base de ces éléments indexés par ces études, le diplôme ne serait plus un facteur d’émancipation par le travail pour certains publics.

Sur l’autre bout du fil, nous avons le cas de la diaspora guinéenne de Belgique, selon des études, la fourchette des étudiants guinéens en Belgique varie entre 3% à 5%. C’est un taux très faible. Cette situation, je pense permet de ressortir un des aspects indicatifs du profil migratoire de la diaspora guinéenne de Belgique. La diaspora guinéenne de Belgique a un très faible niveau d’instruction par rapport à la diaspora guinéenne en France. Selon une étude belge, plus de 55% de la diaspora guinéenne de Belgique a un niveau d’étude primaire ou n’a pas étudié.

Quelles questions ou hypothèses, je peux soulever par rapport au faible taux du niveau d’instruction de la diaspora guinéenne de Belgique par rapport à celle de la France ? Les liens historiques entre la France et la Guinée expliquent -ils cette différence entre la diaspora guinéenne de Belgique et celle de la France ? Voir autrement, ce faible niveau d’instruction de la diaspora guinéenne de Belgique découlerait-il de l’héritage du système éducatif guinéen ? Je n’ai pas assez d’éléments pour répondre objectivement à ce constat, même si, à priori, je peux avoir ma propre lecture de la situation.

A ce sombre tableau, il faut reconnaitre que la présence de la diaspora guinéenne de Belgique est récente, mais, il y a une dynamique associative et entrepreneuriale qui sont très encourageantes. Une autre dynamique s’observe au sein de la diaspora guinéenne de Belgique, c’est la croissance rapide de cette population dans les grandes villes francophones de Belgique, surtout à Bruxelles. Pour approfondir ce thème sur la diaspora guinéenne de Belgique, je vous renvoie à regarder les études que j’ai menées avec le professeur Sarah de l’ULB au compte de l’OIM-Guinée en 2017-2018 dans la cadre du forum de la diaspora guinéenne, organisé à Conakry, j’avais présenté cette étude. Il y a quelque mois, cette étude se trouvait aussi sur le site du ministère des affaires étrangère en Guinée. Il faut vérifier sur le site du ministère.

En tant qu’élu écologiste que diriez-vous à vos compatriotes guinéens ?

Il serait utile pour nous Guinéens de penser nos villes, nos habitats, nos modes de mobilités en tenant en compte de cette dimension environnemental en essayant de formuler des politiques publiques transversales répondant à ces nouveaux défis. Sans être alarmistes, regardez nos villes en guinée, en particulier à Conakry, la pression automobile, la pression urbanistique, l’insalubrité. Fondamentalement, ces situations de nos villes que je viens d’énumérer ont une forte corrélation avec la santé des citoyens de ces villes. Donc, je pense qu’on a en face de nous un problème de santé publique qui nous guette à l’horizon. Il faut encourager et aider les initiatives locales des jeunes acteurs et actrices de nos villes en Guinée qui travaillent pour nous faire prendre conscience sur l’importance de ces questions fondamentales : climat, environnement, biodiversité, la mobilité

douce…

Une autre parenthèse, je constate une autre haine dans la pratique de la politique au quotidien en Guinée, Il serait utile de sortir de ces impasses obscures et apprendre aux guinéens et guinéennes des nouvelles vertus de la fraternité, c’est aux jeunes et aux femmes de la Guinée aussi, de travailler à un changement des comportements inscrit dans la durée.

Sur un autre registre, j’ai vu des jeunes Guinéens qui sont traumatisés par les risques qu’ils ont pris pour traverser l’océan Atlantique pour rejoindre l’Europe, j’imagine les douleurs que ces familles de ces jeunes vivent. Leurs enfants à la recherche de l’espoir sont avalés par l’Océan. Ces dix dernières années, les guinéens sont dans le top 10 des nationalités des demandeurs d’asile en Belgique, à côté des pays en guerre civile comme Afghanistan, la Syrie, l’Iraq… C’est interpellant, effrayant et révoltant pour l’avenir de cette jeunesse.

Interview réalisée par Alpha Ousmane BAH

Pour Africaguinee.com

Tel : (+224) 664 93 45 45

Créé le Dimanche 26 juin 2022 à 22:40