Macenta: Le calvaire quotidien des populations de Koyamah…

Guinée forestière
Des citoyens essayant de travers le fleuve Mouliyé
Des citoyens essayant de travers le fleuve Mouliyé

MACENTA-En cette saison des grandes pluies, le manque d’ouvrages de franchissement constitue un véritable casse-tête pour les habitants de la sous-préfecture de Koyamah, située à 120 Km du chef-lieu de la préfecture Macenta. Cette localité qui fait frontière à la République sœur du Libéria est restée longtemps enclavée. Et le seul pont, long de 52 mètres qui sépare les deux pays est en chantier depuis 2019.

A cause du retard dans le décaissement des fonds alloués, l'entreprise en charge des travaux peine à respecter le délai contractuel qui était de sept (07) mois. 

Ce qui n'est pas sans conséquences sur les habitants de Koyamah, une des plus grandes sous-préfectures de Macenta avec une population estimée à 58. 752 habitants, 22 districts et 48 secteurs. 

En ce moment sur le fleuve où le pont est en construction (au niveau de la frontière Guinéo-libérienne), c'est le désarroi total. Les habitants des deux pays qui empruntent régulièrement cette unique route qui mène jusqu'à Monrovia (capitale du Libéria tirent le diable par la queue.  Suite à la montée des eaux, la traversée devient difficile et périlleuse. 

Les passagers qui, pour la plupart sont des commerçants sont obligés d'emprunter des barques de fortune malgré les risques de noyade que cela comporte. Par humanisme, certains citoyens qui savent nager, viennent offrir leur service en portant au dos ceux qui doivent traverser le fleuve appelé « Mouliyé) qui appartient à la Guinée.

Face à cette situation lamentable qui perdure, le maire de la commune rurale de Koyamah ne sait plus où mettre la tête. Interrogé par Africaguinee.com, Emmanuel Oua Guilavogui a exprimé les inquiétudes de ses habitants qui souffrent le martyr dans cette partie de la Guinée forestière. 

« Nous avons des informations pénibles par rapport à la traversée. Le pont mesure 52 mètres et aujourd'hui la traversée se fait à l'aide des barques faites à base de fûts d'huile. Comme vous le savez, les populations des deux pays se fréquentent régulièrement. Le jour du marché hebdomadaire de Zorzor (une des sous-préfectures du Libéria) c'est le jeudi et pour Koyamah c'est le lundi. Pendant ces deux jours, ceux qui se déplacent souffrent énormément. Nous sommes très inquiets aujourd'hui. Les 65% des denrées alimentaires viennent du Libéria et beaucoup de nos activités se font vers ce pays ami. Le retard accusé dans la construction du pont est un dommage pour nous. La population est exposée à un danger », alerte le maire de la commune rurale de Koyamah qui est à 09 kilomètres de la République du Libéria. 

La construction du pont dont il est question fait partie du projet de reprofilage de la route Irié- Koyamah. Le contrat signé en 2019 est financé dans le Budget National de Développement (BND) pour un coût global de plus de dix-sept milliards (17.000.000.000) de francs guinéens pour un délai d'exécution de sept (07) mois. Après un appel d'offres lancé par le Ministère des Travaux Publics sous le règne du défunt régime, c'est l'entreprise SUDELEC SARL qui avait remporté le marché portant sur le reprofilage des 66 kilomètres (Irié-Koyamah) y compris la construction du pont de Yéla à la frontière libérienne. 

Près de trois ans, les travaux ne sont toujours pas achevés. Selon l'entrepreneur Julien Gnakoi Dopavogui de la société SUDELEC SARL, cela est dû à une difficulté de décaissement.

« Un contrat c'est l'engagement des deux parties : le maître d'ouvrage et le maitre d'œuvre. Dans le contrat, il y a un plan de financement et d'exécution. Nous, nous avons fait avancer les travaux. On a respecté le contrat mais le financement n'a pas suivi. Là où nous sommes j'ai la dernière facture numéro 2 qui date de juillet 2020. Elle n'est pas payée jusqu'à maintenant là. Puisque le coût est très élevé, j'essaye d'enlever dans mon retranchement, chercher même les banques. Les prêts que je contracte ne peuvent pas me permettre de terminer », a avoué l'entrepreneur. 

A l'en croire, dans les 17 milliards de francs guinéens, le gouvernement n'a débloqué que neuf (09) milliards GNF qui répondent à la retenue de garantie (10%) du montant global. Selon Julien Gnakoi Dopavogui, c'est ce montant qui a permis de démarrer les travaux qui peinent à reprendre. 

Aujourd'hui face à la ribambelle de difficultés rencontrées par les habitants de la sous-préfecture de Koyamah, le patron de SUDELEC SARL multiplie les rencontres pour l'acquisition du montant devant faciliter l'achèvement des travaux. Au Ministère des Infrastructures et des Transports rien n'est fait pour le moment pour débloquer la situation. Et même récemment, à la faveur de l'immersion gouvernementale à N'Zérékoré, le problème a été posé aux autorités de tutelle. 

« Nous sommes au bout de nos efforts. Depuis 2020, on met cette facture là sur la table. Nous faisons des démarches. Le retard n'est pas de notre faute sinon, si c'était le cas, on allait résilier notre contrat. Tous les jours nous sommes dans les ministères des finances, du budget et autres. Mais jusqu'à présent rien n'est fait », regrette Julien Gnakoï Dopavogui.

La frontière de Koyamah étant une zone de transit très fréquentée, il est temps de prendre des mesures urgentes pour minimiser les risques d'accident perceptibles en cette saison hivernale. Car, les habitants qui traversent quotidiennement le fleuve dans des conditions précaires sont exposés à des risques de noyade.

Reste à savoir si le Ministère des Infrastructures et des Transports va se bouger pour soulager les habitants de la sous-préfecture, longtemps privés d'infrastructures routières modernes. 

 

Siba Engagé

Pour Africaguinee.com

Tel: (00224) 623 06 56 23

Créé le Mercredi 15 juin 2022 à 9:58