Maison centrale de Nzérékoré : "C'est invivable...", selon le garde des sceaux Alain Koné

Guinée
Maitre Moriba Alain Koné, garde des Sceaux, ministre de la Justice et des droits de l'Homme
Maitre Moriba Alain Koné, garde des Sceaux, ministre de la Justice et des droits de l'Homme

CONAKRY-Le constat est amer à la prison civile de Nzérékoré, principale agglomération de la Guinée forestière. Cette maison d'arrêt ne répond pas aux normes d'un lieu de détention, constate-t-on sur place. Ni le cadre, ni le manger, ni les conditions de vie des détenus n'est à apprécier dans cette prison. Pire, le bâtiment qui devrait accueillir 100 prisonniers, est de nos jours débordé. Plus de 300 prisonniers entassés dans cette maison d’arrêt.

Alors qu'il procédait, mercredi 25 mai, au lancement des missions d'inspection des activités menées sur le terrain par les magistrats du pays, le ministre de la justice en compagnie de son homologue de la fonction publique, a eu de la peine à visiter la maison centrale de Nzérékoré. « C'est invivable », décrit maître Alain Moriba Koné à la sortie de la visite.

C’est invivable, c’est inacceptable

"Le constat est amer. C'est triste de savoir que nos compatriotes qui sont en conflit avec la loi, soient détenus dans des conditions inacceptables. Premièrement, vous regardez l'état du bâtiment, c'est un vieux bâtiment. C'est vraiment invivable. On vient de voir l'état de ce qu'on appelle pharmacie, qui est tout sauf une pharmacie, qui est tout sauf une clinique. Et, vraiment c'est triste. Même si nous manquons d'infrastructures, il faut au-moins le minimum de propreté. Nous avons également vu la cuisine où il y a le minimum de propreté mais je crois que le menu fait défaut.

 

Quasiment on peut dire que les détenus d'ici et les condamnés qui sont en train de purger leur peine, ne mangent pratiquement une seule fois par jour à 14h. Et le matin c'est une bouillie, ce n'est pas du repas ça. Ce qui est triste et surprenant, c'est que depuis toujours, il n'y a pas de protéine, il n'y a pas de viande. Nous ne pouvons pas comprendre ça. Quant au cadre que nous avons visité, c'est tout simplement inacceptable, c'est malpropre, on ne peut pas y vivre.

A l'intérieur même d'une maison centrale, on trouve de la poubelle, les toilettes ne sont pas désinfectées, ça il faut vraiment du travail. Et il y a des habits partout, vous avez dû constater que ce n'est pas comme ça qu'on parle de détention. Il n'y a pas de matelas », a décrit le garde des sceaux.

Détention d’enfants…

« Ce qui est plus grave, vous voyez tous les enfants qui sont là, je crois qu'un travail est à faire à ce niveau-là. Des enfants sont là pour des infractions qui ne nécessitent pas quand même une détention préventive. Je ne dis pas qu'on encourage des infractions, mais il faut que des critères soient étudiés, pour voir est-ce que l'infraction est si grave, au point qu'il faut détenir préventivement les mineurs. Est-ce que la personne va continuer de commettre les infractions ? Est-ce que la personne va faire disparaitre les preuves de l'infraction ? Est-ce que si on ne détient pas cette personne, cela va déconsidérer l'administration de la justice ?

Mais ici on constate qu'il y a une détention systématique des gens qui sont accusés, qui sont en conflit avec la loi, et encore avec les mineurs, je crois qu'il faut qu'on fasse attention. Nous allons donner des instructions avec des juges pour enfants, les juges d'instruction pour prendre des mesures rapides, pour trouver des mesures alternatives à la détention. Il faut surtout que la réintégration, la réinsertion sociale, soit envisagée surtout en ce qui concerne la justice des mineurs. On ne peut pas traiter les mineurs de la même façon.

Cas des femmes…

Nous avons visité les dames qui sont ici, qui sont aussi en conflit avec la loi. Relativement, il y a une propreté il faut le dire mais, il faut aussi regarder toutes les infractions qui nécessitent la détention pour lesquelles il y a la détention préventive. Et nous avons aussi constaté qu'il y a plusieurs personnes qui sont en détention préventive très prolongée, qu'il faut rapidement prendre des mesures pour les juger. Il s'agit des personnes qui sont en conflit avec la loi en matière correctionnelle, mais il s'agit aussi des personnes qui sont accusées de crimes", a confié Alain Moriba Koné, ministre de la justice et des droits de l'Homme.

Violences basées sur le genre

L’avocat instruit les magistrats d'être vigoureux et vigilants sur les cas de violence basée sur genre qui, selon lui, fait partie des priorités du Gouvernement de Transition. Maître Koné a annoncé également de nouvelles dispositions pour humaniser la justice guinéenne, et les maisons d'arrêt.

On jette les gens en prison, on ne s'en occupe pas

« Nous demandons à toute la population de contribuer surtout en ce qui concerne les infractions sur les violences basées sur le genre. Les femmes victimes de viols, les violences conjugales, l'excision… toutes ces infractions qui touchent le genre, il faut systématiquement lutter contre cela, et nous demandons aux procureurs de ne pas être cléments à l'égard de ces violences par ce que ça fait partir de nos préoccupations. Enfin, nous voulons humaniser la justice, humaniser les maisons de détention. Parce qu'on ne peut pas demander le changement sans que la justice soit humaine.

On jette les gens en prison, on ne s'en occupe pas. La maison centrale de Conakry, on a commencé à humaniser, en envoyant des matelas, des médicaments. C'est pour cela que je demandais si ici les médicaments sont arrivés. Nous allons donc envoyer les médicaments, nous allons demander à nos partenaires au développement et aussi à nos collaborations de nous aider à parvenir à humaniser en améliorant des conditions de détention de la population carcérale », a annoncé le ministre de la justice. 

A suivre…

 

SAKOUVOGUI Paul Foromo

Correspondant régional d'Africauinee.com

A Nzérékoré

Tél : (00224) 628 80 17 43 

Créé le Jeudi 26 mai 2022 à 13:03