Alpha Condé, Charles Wright et les crimes de sang : les confidences de maitre Thierno Souleymane Baldé…

Guinée
Maître Thierno Souleymane Baldé
Maître Thierno Souleymane Baldé

CONAKRY-Depuis plusieurs années, il se bat aux côtés des familles des victimes « tombées sous les balles » lors des répressions sanglantes des manifestations politiques. Lui, c’est Maître Thierno Soulyemane Baldé, avocat à la cour. Il vient de briser le silence sur les derniers développements de l’actualité judiciaire, marquée par l’ouverture d’une procédure judiciaire contre Alpha Condé et 26 dignitaires de son défunt régime. L’avocat salue les actes posés par le procureur général près de la Cour d’Appel de Conakry, Alphonse Charles Wright.

Dans cet entretien, Maître Thierno Souleymane Baldé a donné des détails importants sur les attentes de ses clients sur cette procédure visant l’ancien président et autres, accusés d’atteintes volontaires à la vie humaine notamment, meurtre, assassinat et complicité de meurtre et d'assassinat".

 

AFRICAGUINEE.COM : Ces dernières semaines on constate une évolution majeure sur la procédure liée au dossier concernant les crimes de sang commis sous le régime d'Alpha Condé. Quelle est votre réaction ? 

MAITRE THIERNO SOULEYMANE BALDÉ : Depuis très longtemps il n'y avait que des discours et des déclarations de bonne intention. Il n’y a jamais eu des actes concrets allant dans le sens d'identifier les auteurs des crimes de sang. Pour une fois que le procureur général près la Cour d’Appel de Conakry décide de constituer un pool d'enquêteurs qui peuvent nous aider à faire la lumière sur les cas d'assassinat, nous ne pouvons que saluer un tel acte. Et espérer qu'il y aura un concours d'efforts non seulement de la part de ces enquêteurs mais aussi des parents des victimes afin qu'au bout du compte, pour une fois en République de Guinée, on puisse avoir un procès juste et équitable pour que les parents des victimes puissent faire leur deuil. Quand on a un de ses enfants qui est assassiné, aussi longtemps que la justice n'a pas été faite, c'est assez difficile pour les parents de faire leur deuil.

Au-delà de tout ça, il y a un élément qui est assez important, la Guinée a commis assez des crimes, il faudrait qu'à un moment donné, on arrive à lutter contre l'impunité pour éviter à ce que les mêmes faits puissent se perpétuer en Guinée, pour éviter que d'autres familles soient endeuillées. Nous espérons et nous croyons fermement, si on arrive à identifier un certain nombre d’auteurs de ces crimes de sang et qu'ils soient traduits en justice, cela permettrait de lutter contre l'impunité et éviter que d'autres guinéens soient assassinés gratuitement. Donc, nous saluons cet acte et nous espérons qu'au-delà de la nomination de cette commission, on pourra arriver au bout de compte à obtenir justice pour les parents des victimes. 

Certains soulèvent des inquiétudes sur la compétence du TPI de Dixinn à juger ce dossier dès lors que l'ancien président Alpha Condé fait partie du groupe. Partagez-vous ces craintes ? 

Non pas du tout. Rappelez-vous au niveau des crimes économiques et financières, c'est le même scénario. Si effectivement nous étions sous l'emprise de la constitution du 7 mai 2010, ils auraient dû se prévaloir de l'immunité juridictionnelle puisqu'à l'époque la constitution prévoyait la Haute Cour de Justice pour juger les membres du gouvernement et un certain nombre de hauts fonctionnaires. Mais dès lors que cette constitution a été écarter par monsieur Alpha Condé et que la nouvelle charte de la transition ne prévoit pas une immunité juridictionnelle, nous ne pensons pas qu'il y aurait un problème quelconque. Et si ça pourrait être éventuellement le cas, comme ça été fait pour les crimes économiques et financières, on pourrait aussi prendre une ordonnance pour veiller à ce qu'aucune personne ne puisse se prévaloir de son statut au moment des faits pour demander une immunité juridictionnelle. On a vu certains membres du gouvernement sous le régime de monsieur Alpha Condé à la Maison Centrale de Conakry. Donc, de la même manière on pourrait avoir si c'est vraiment nécessaire, la même méthode en ce qui concerne les crimes de sang. 

Quelles sont vos attentes par rapport aux prochaines étapes ?

Nous sommes des activistes des droits de l'homme, nous tenons à l'application correcte de la loi. Il y a beaucoup de personnes qui pensent que nous cautionnons l'impunité, non loin de là. Le code de procédure pénal prévoit la liberté comme règle et la détention comme exception. Lorsqu'un certain nombre des critères sont remplis, on peut laisser la personne concernée en liberté provisoire en attendant la fin des enquêtes et le procès. Mais s'il y des risques de fuite, ou il y a le risque d'influencer les témoins, ou il y a un risque de détruire des éléments de preuves, dans ces conditions, les personnes concernées seront mises en détention. En tant qu'avocat et conseil des parents des victimes, nous allons veiller à ce que la procédure se déroule régulièrement puisque nous ne voulons pas une chasse aux sorcières, nous voulons justement que chaque personne puisse répondre de ses actes et qu'au bout du compte, que ce soit la justice qui triomphe. 

Quel est le moral des familles de ces victimes de répression durant ces 11 dernières années après l'annonce des poursuites judiciaires contre Alpha Condé et plusieurs anciens ministres de son régime ? 

Il y a un espoir assez important parce que nous commencions à nous dire comme cela s'était passé par le passé, il nous aurait été difficile de voir un jour l'une de ces personnes répondre devant la justice. Mais comme on dit, c'est l'espoir qui nous fait vivre, les parents des victimes sont confiants et nous espérons que nous ne serons pas déçus en fin de compte. 

Quel message avez-vous à lancer à toutes ces familles et proches de victimes ? 

L'appel que je voudrais lancer à tous les parents des victimes, à toutes les personnes de bonne volonté, c'est de leur dire qu'il faut un concours d'efforts afin que ces enquêtes puissent aboutir. Il y a certaines personnes qui pourraient détenir des éléments de preuve ou d'information qui pourraient éventuellement permettre d'identifier les auteurs, il faudrait que ces personnes-là puissent nous aider et que tous les parents des victimes puissent avoir confiance et qu'on continue la lutte. Nous savons que ce ne sera pas un travail facile mais en continuant la lutte et en restant unis, on arrivera.  

Nous savons déjà qu'il y a certaines personnes qui ne veulent pas que ces enquêtes aboutissent, qui veulent diviser les parents des victimes, qui veulent saboter la procédure.  Il ne faut jamais céder à ces tentations et surtout à ces pratiques divisionnistes. Tant qu'on est uni, on sera fort mais si on se divise, on s’affaiblit. L'objectif principal, c'est d'avoir un procès juste et équitable qui peut nous permettre d'identifier les auteurs et que les parents puissent faire leur deuil. 

A suivre...

 

Entretien réalisé par Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com 

Tél. : (00224) 666 134 023 

Créé le Jeudi 19 mai 2022 à 12:57