Confidences d'un ancien putchiste: "Pourquoi j’ai voulu reverser Alpha Condé…"

Guinée
Image d’illustration
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CONAKRY-Le commandant Zammy Pascal Camara, « cerveau » des coups de feu qui avaient retenti au camp Alpha Yaya Diallo, la plus grande garnison militaire de la capitale, à la veille du référendum constitutionnel controversé de mars 2020, vient de briser le silence. Cet officier supérieur de l’armée qui voulait mettre fin « au régime d’Alpha Condé », est en détention dans une prison sécurisée du pays. Deux ans après les faits, il a décidé de briser le silence depuis son lieu de détention. Pourquoi a-t-il agi de la sorte ? Qui étaient ses soutiens dans l’armée ? Pourquoi son coup a-t-il échoué ? Le commandant Zammy Pascal a répondu aux questions d’Africaguinee.com.

 

AFRICAGUINEE.COM : Vous êtes un des responsables des tirs au Camp Alpha Yaya Diallo le 20 mars 2020. Quelles étaient vos motivations ?

COMMANDANT ZAMMY PASCAL CAMARA : C'est notre vision patriotique qui nous fait faire la prison actuellement. J'avais vu que l'espoir qu'on avait nourri en 2010 n'allait pas aboutir avec la gouvernance qui était en place. C'est cette vision qui me fait faire la prison aujourd'hui. Je m'étais dit qu'il fallait mieux prévenir que guérir. Parce que ce qui se dessinait seul Dieu savait comment ça allait arriver et se terminer. C'est ainsi, j'avais commencé à dire aux jeunes militaires : "vous savez, ce pays-là Dieu l'a construit à l'image d'un camion. Personne ne peut conduire ce camion si ses quatre roues ne sont pas opérationnelles, ce camion ne roulera jamais avec seulement 3 roues, ou 2 roues, ou une roue. Ceci dit, quelque soit l'intelligence d'une personne, il ne peut pas diriger la Guinée tout en écartant l'ethnie Peulh, ou l'ethnie Maninka, ou l'ethnie Soussou, ou les ethnies de la Forêt. Personne, ne pourra diriger la Guinée comme ça. Donc, nous sommes condamnés à vivre ensemble, et personne d'entre nous n'a payé de l'argent auprès de Dieu pour qu’il soit guinéen".

J'avais essayé à inculquer cette idée là dans la tête des jeunes parce que j'avais vu que les officiers supérieurs étaient déjà attachés au présent et ils étaient bornés. Ils ne pouvaient pas céder à l'idée pareille. 

C'est ainsi à l'approche des élections de 2020, j'ai dit aux jeunes "vous voyez maintenant ce que je vous disais ? On demande de changer la constitution. Pensez-vous que cela est bon pour la Guinée ? Ils m'ont dit non". C'est ainsi, que je leur ai dit : « quittons dans le présent, préparons l'avenir de notre pays. Préparons le futur de notre peuple Parce que maintenant ils utilisent même la religion pour détruire notre pays » Ce qui les intéresse, c’est d’aboutir à leurs fins. C'est ainsi, quand j'ai vu que la tension montait dans le pays, le gouvernement tenait coûte que coûte à tenir le référendum en se tapant la poitrine alors qu'il y avait des morts partout dans le pays, j'ai dit qu'il ne fallait pas que l'armée soit le médecin après la mort. Il fallait dissuader ce mouvement, alerter et faire baisser la tension qui y était en ce temps.

Donc, j'ai pris le courage avec quelques jeunes le vendredi 20 mars 2020 entre 9h - 10h pour aller alerter avec des coups de feu au Camp Alpha Yaya Diallo. Ce jour, le Camp était rempli de policiers, de gendarmes et de tout parce qu'on devait répartir les gens pour aller superviser les bureaux de vote. Je reconnais avoir fait cela. Mais, j'ai tiré en l'air. Il n'y avait pas eu des échanges des tirs entre mon groupe et quelqu'un ni au Camp ni ailleurs. Quand on a commencé à tirer, les autres nous ont dit "ah on n'a pas d'armes comment on va faire ?".

Je leur ai répondu que ce n'était pas un problème d'armes. On n’était pas venu pour engager un combat ou une bataille. Je leur ai dit : « Si on était d'accord de se rendre à la télévision pour faire une déclaration ». Mais ils n'avaient pas voulu. Comme j'ai vu qu'ils n'avaient pas adhérer à mon idée, je me suis rendu personnellement et librement. Et c'est le Colonel Balla Samoura qui m'avait pris avec un de mes éléments dans sa jeep pour nous dire d'aller expliquer ce que j'ai expliqué là au BQG (au Camp Samory Touré). Arrivée là-bas aussi j'ai répété la même chose, je leur avais dit "levons-nous sinon le pays-là risque de sombrer, ne soyons pas le médecin après la mort". Après, ils m'ont laissé dans les mains des généraux et je me suis expliqué comme je l'ai expliqué au début. 

C'est ainsi qu'on m'a envoyé au tribunal militaire. Du tribunal militaire on m'a envoyé au Camp Makambo et depuis le 20 mars 2020 nous sommes en prison sans traitement ni jugement. Je vous informe également que tous les autres militaires sont payés comme s'ils étaient en mission sauf moi. Depuis le 20 mars 2020 je n'ai pas mon salaire. 

Dans quelles conditions êtes-vous détenus ?  

On est mélangé avec les malfaiteurs, les tueurs, les violeurs, voleurs... Dans nos cellules, nous nous couchons comme des sardines, s'il l'un envoie sa tête d'un côté, l'autre envoie ses pieds vers le sens contraire pour qu'on puisse se contenir les cellules. 

Vous êtes combien?

Il y a eu au total 28 arrestations dont un qui est mort suite à des blessures reçues au Camp Makambo. Parmi nous, 7 ont été libérés après le 5 septembre. Nous sommes maintenant au nombre de 20 hommes et femmes, civiles et militaires en prison dont 2 à la Maison Centrale de Conakry, 1 à la Maison Centrale de Kindia, 1 à Siguiri et 16 à la Maison Centrale de Kankan. Là où on est détenu, c'est les mangues qui nous nourrissent. Nous souffrons énormément, nous demandons de l'aide au Colonel Mamadi Doumbouya. 

Quels sont ceux qui n’ont pas été jugés à date ?

La liste des vingt (20) détenus dont dix-huit (18) militaires et  deux (02) civils sans procès depuis le 20 mars 2020 : Commandant Zammy Pascal Camara, Commandant Charles Lamah, Commandant Mamady Paulin Lamah, Lieutenant Martine Koiba, Sous-Lieutenant Victorine Lamah, Sous-Lieutenant Michel Haba, Sous-Lieutenant Daouda Cissé, Sous-Lieutenant Souleymane Sylla, Sous-Lieutenant Saa Adrien Koundouno (Siguiri) Adjudant-Chef Nyankoye Gbanamou, Adjudant-Chef Tamba Ouendeno, Adjudant-Chef Mory Loua, Adjudant-Chef Ibrahima Sory Keïta, Sous-Lieutenant Souomy Yekanoua (Kindia), médecin Adjudant Pé Koula Maxim Gbamy,  médecin mdlch Lakpo Camara, mdlch Jean Kolié, cch Blaise Sept Kolomou, Mr Ibrahima Sory Sylla (Conakry), Dr Dénis Emmanuel Mamy (Conakry). 

Avez-vous un appel à l’endroit du Colonel Mamadi Doumbouya ?

Je demande au Président Mamadi Doumbouya de ne pas croire aux préjugés, aux on-dit, aux soupçons. Je lui demande d'être croyant, d'être sûr de lui, de nous libérer. Nous ne sommes pas ses concurrents, ni ses adversaires. Nous sommes fiers de lui. 

A suivre...

 

Africaguinee.com

 
Créé le Mardi 17 mai 2022 à 20:22