Incendie de plantations : "On va traquer et punir les auteurs…", assure le ministre Nagnalen Barry

Guinée
Mamoudou Nagnalen Barry, ministre de l'Agriculture et de l'Elevage
Mamoudou Nagnalen Barry, ministre de l'Agriculture et de l'Elevage

CONAKRY- C'est une exclusivité Africaguinee.com ! Dans une interview qu'il a accordée ce samedi, 30 avril 2022 à notre rédaction, le ministre de l'Agriculture et de l'Élevage s'est exprimé sur le phénomène d'incendie dont sont victimes plusieurs entrepreneurs agricoles dans les préfectures de Kindia, Dubreka, Forécariah, (Basse Guinée).  

Exprimant sa compassion aux nombreuses victimes dont l'artiste Singleton qui a récemment perdu ses 30 hectares de champ d'anacarde, Mamoudou Nagnalen Barry a dévoilé une batterie de mesures prises pour « traquer » tous ceux qui se livrent à ces actes criminels qui détruisent l'investissement d'autrui en Guinée.

AFRICAGUINEE.COM: En Basse Guinée, des plantations ont été ravagées par des incendies souvent criminels. Quelle lecture faites-vous de ce sujet ? 

MAMOUDOU NAGNALEN BARRY : Comme pour tous les Guinéens, c'est un sujet très préoccupant notamment dans les zones de Kindia et Forécariah où, en plus des incendies accidentels, il y a aussi des incendies criminels. C'est encore plus préoccupant et plus triste de voir que des Guinéens sont capables de mettre feu aux résultats des années de travail d'autres Guinéens. C'est pire que le vol. Ces actes ne visent qu’à détruire pour faire mal.C'est un crime gravissime.

Justement au niveau de votre Département, qu'est-ce qui est prévu pour limiter ces cas d'incendies devenus récurrents ?

L'Etat a déjà commencé à prendre des actions il y a peut-être un mois et demi. Il y a une commission qui avait été créée déjà. Elle est composée de la gendarmerie, de la police, de la justice et du ministère de l'agriculture. La semaine passée, la commission a été avec le Procureur Général, monsieur Charles Wright pour avoir les orientations, sur comment d'abord traiter les anciens cas. Il avait été décidé que toutes les victimes soient mises ensemble dans un groupe. C'est même le ministère de l'agriculture qui a pris l'initiative. Toutes les personnes qui ont été victimes d'incendie dans tout le pays depuis 10 ans sont recensées. 

J'ai reçu ces victimes au ministère il y a un mois. On a créé un groupe, ils ont maintenant un porte-parole, un secrétaire. En tout cas, ils ont été organisés par le Ministère et le Procureur Général a suggéré qu'ils fassent une plainte commune. Ça, c'était simplement la semaine passée. Notre commission qui est créée a des membres qui ont déjà les plans de mission pour aller sur le terrain et faire des sensibilisations mais aussi engager les premières poursuites dans les localités.

C'est pendant qu'on était en train de faire cette action et que le nouveau cas-là s'est passé. 

A date, combien de victimes sont recensées ?

Je pense qu'il y a une bonne trentaine de victimes qui sont recensées. Et, comme maintenant il y a une commission qui existe, dès que le dernier cas s'est produit, la commission s'est rendue sur les lieux pour commencer les discussions avec la victime et surtout pour l'encourager à porter plainte. Beaucoup de victimes n'ont pas porté plainte parce que, les gens n'ont pas confiance en notre système judiciaire et aussi souvent ça coûte de l'argent de porter plainte. Nous, nous voulons apporter le soutien logistique et financier par endroit pour que les gens puissent porter plainte.

C'est triste, mais je sais que nous sommes dans la bonne direction parce que le ministre de la justice est saisi de l'affaire.

C'est une affaire discutée maintenant entre ministres et plusieurs ministres se sont prononcés là-dessus. D'ailleurs, on veut porter l'affaire au niveau même du chef de l'Etat. Il n'y a pas de blocage, tous les ministres adhèrent déjà à la démarche. Le ministre de la justice est très engagé sur la question, moi-même je le suis, le Procureur Général l'est. Donc, il faut que les gens comprennent que nous sommes préoccupés par ça. On avait déjà commencé à poser des actes avant que le nouveau cas ne se produise. Les communications du Procureur Général sont sur notre page depuis la semaine dernière. 

A quoi peut-on s'attendre dans les jours à venir ?

Les actions vont se poser mais ce sont des investigations et les résultats ne sont pas obtenus à la seconde. Si on fait ça encore, les mêmes personnes qui pensent qu'on est inactifs, vont penser qu'on viole la loi sinon, c'est très facile d'aller ramasser et de mettre tout le monde en prison. Si on doit respecter la loi, il faut faire les investigations. C'est ce qu'on est en train de faire, mais c'est clair qu'on va les traquer et on va les punir. Pour les cas qui ne sont pas criminels, vraiment on veut lancer une campagne de sensibilisation aussi pour éviter les incendies accidentels.

La promotion de l'agriculture est l'un des chantiers de votre gouvernement. Comment venir en aide à ces personnes qui ont perdu des années d'investissement ? 

En tout cas on a discuté avec ces gens-là, on verra dans quelle mesure on peut les accompagner. Sur une antenne (média), je n'ai vraiment pas de réponse claire à donner par rapport à ça.

Avec ces nombreux cas d'incendies, beaucoup de jeunes ne veulent plus investir dans l'agriculture qui est pourtant un secteur de croissance. Quel message à l'endroit des acteurs qui sont dans le domaine ?

Il y a eu des analyses similaires aux États-Unis sur les cas de racisme qu'on voit, les tueries de jeunes noirs ces dernières années. On pense qu'elles ne sont pas multipliées. Maintenant, c'est beaucoup plus diffusé. Quand il y a un cas, on en parle sur les réseaux sociaux. Donc, je ne pense pas qu’on soit arrivé à un stade où il faut décourager les gens à investir. Donc, c'est triste, les cas qui se sont passés on va les prendre à bras le corps (…) Par ailleurs, c'est dans une seule zone (Forécariah et Kindia). Dans les autres parties du pays, il y a des préfectures où ça n’a jamais eu lieu du tout. Il y en a, c'est un cas sur deux ans ou cinq ans. C'est vraiment marginal par rapport aux potentialités, au nombre de personnes engagées dans le secteur agricole. Et, il ne faut pas oublier que plus de la moitié des Guinéens vivent du secteur agricole.

Interview réalisée par Siba Engagé

Pour Africaguinee.com

Tel: (00224) 623 06 56 23

Créé le Samedi 30 avril 2022 à 15:58