Labé : A la rencontre d'Alexis et Makoura Kpoghomou, jeune couple qui cumule études et activités agricoles à Hafia…

Reportage
Alexis et Makoura Kpghomou
Alexis et Makoura Kpghomou

LABE-Alexis Kpoghomou est un étudiant qui n’est pas comme les autres. Il vit avec sa femme et son enfant au campus de l’université de Labé où il étudie. Son épouse fréquente le collège de Hafia. Le cas du couple Alexis-Makoura est atypique.

Ils se sont mariés très tôt, alors qu’Alexis Kpoghomou faisait la 12ème année Makoura venait d’arriver au collège. Le couple qui vit à Hafia où se trouve le centre universitaire de Labé. Aujourd’hui, Alexis fait la licence 3 Économie, sa femme prépare le BEPC. A côté de leurs études, ils pratiquent l’agriculture. Une activité qui leur permet de vivre heureux et dignement. A l’université de Labé, le couple Alexi-Makoura est connu et apprécié de tous. Il incarne : respect, courage et persévérance. Africaguinee.com est allé à la rencontre de ce jeune couple qui fait parler de lui.

Orphelin de père et de mère, Alexis Kpoghomou n’a pas pratiquement connu ses parents. Il les a tous perdu alors qu’il était très jeune. Dès lors, le jeune étudiant a vite compris très tôt qu’il fallait prendre son destin en main. Il raconte : « J’ai été appuyé par des sœurs à moi pour faire les premiers pas dans la vie. Je n’ai pas connu mon papa, ma mère aussi est décédée quand je faisais la 4eme année à l’élémentaire. A partir de la 12ème année, je me suis marié. J’ai échoué au Bac en 2016.  J’ai repris la classe à Lola, l’année suivante. Suite à mon admission, j’ai été orienté à l’université de Labé en économie. Bien avant, je m’étais habitué à prendre la famille en charge, Madame et les autres membres de la famille. Tout ça, grâce l’agriculture traditionnelle que je pratiquais depuis que j’étais en forêt parce que je n’ai pas les moyens d’acheter ou louer des machines. A ma première année à l’université, je suis venu seul. J’ai étudié l’environnement, j’ai très vite compris que je pourrais travailler et envoyer mon épouse vivre avec moi.

 

A mon arrivée, j’ai fait un petit enclos pour faire du gombo et des aubergines auprès de ma chambre, je ne vendais qu’aux étudiants et étudiantes. A la longue j’ai eu une surproduction, il fallait que je passe au marché hebdomadaire pour faire écouler le reste. C’est comme ça que l’idée de lancer un champ est arrivée. Heureusement, des coutumiers m’ont prêté les terres, j’ai commencé à travailler. L’année suivante, j’ai envoyé mon épouse et mon garçon à côté de moi. Depuis, la vie est devenue plus facile. J’ai trois champs à mon actif :  un pour le manioc, un pour la pomme de terre et un troisième pour l’aubergine. Je cumule tout avec les études. Je suis heureux de vous annoncer j’ai validé toutes mes matières à l’université avec des bonnes notes.

J’ai établi mon calendrier de travaux champêtre en fonction des cours. Si nous suivons les cours le matin, le champ c’est le soir ; si c’est des cours du soir je vais au champ le matin ou je fais le savon. Ma femme aussi à sa boutique au sein du campus, elle vend des articles divers, après, elle me rejoint au champ. Nous avons un projet de construction d’une maison familiale dans les prochaines années. Nous comptons rester à Labé même après les études. Je remercie le bon Dieu. Nous vivons notre vie sans problèmes majeurs. On se nourrit avec nos activités, on fait des économies, nous sommes heureux et fiers », confie le jeune étudiant Alexis.

Makoura Kpoghomou, la femme d’Alexis, la vingtaine est en état de grossesse avancé. Elle marche à peine, mais elle ne se donne aucun droit de repos. Après les cours, elle emboîte les pas à son mari partout il y a des travaux.

« Je fréquente le collège de Hafia, les études sont la priorité. A la maison, c’est le commerce dans la matinée et la soirée. Les autres heures, je suis derrière mon mari aux champs pour les travaux. Mon mari fini cette année les études. Comme je dois aller au lycée, après tout nous comptons rester à Labé pour travailler. Les jours où nous n’avons pas de travaux champêtres, nous révisons. Le temps est calculé. Notre mariage dure depuis 2016, mon mari était au lycée, moi je venais d’arriver au collège. Nous nous entendons très bien. Nous produisons beaucoup, nous consommons une partie, le reste nous revendons sur le marché », explique Mme Kpoghomou Makoura.

A l’université de Labé, le couple Makoura-Alexis impressionne positivement les encadreurs mais aussi les étudiants.

« Alexis est un jeune respectable et respectueux. A un moment, il habitait aux dortoirs de l’université comme tous les autres étudiants. Pour des raisons de famille, il a décidé de chercher un logement ailleurs pour plus d’intimité. Il vit tranquillement ici avec sa famille ici.  Depuis qu’il a fait venir sa femme, il y a deux ans, nous constatons une compréhension parfaite entre eux et surtout encore avec le voisinage. Ce couple incarne une responsabilité parfaite ici, ils sont respectés par tous. Ils n’ont pas le temps de jouer, ils ont toujours la main dans la patte. Je me rappelle qu’à un moment, Alexis a eu un problème avec un autre étudiant à côté de là où sa femme fait son activité commerciale. Dans le règlement du contentieux, c’est là que j’ai apprécié l’état d’esprit assez responsable du jeune Alexis. Avec lui, c’est l’harmonie partout, dans le quartier et à l’école », témoigne Barry Siradio, professeur d’économie à l’université de Labé.

Houssaintatou Keita voisine au couple élève-étudiant a vite remarqué le courage de cette famille au sein du campus à travers les multiples activités qu’elle fait pour gagner dignement sa vie. « Quand je suis venue à l’université de Labé, j’ai trouvé Alexis sur place, il est très courageux avec sa femme. J’ai été frappée par leur courage. Chez eux, il n’y a pas de repos. Après les cours, c’est soit, ils font le commerce, soit la saponification où ils impliquent d’autres étudiants qui trouvent leur compte, ou bien ils sont au champ. En tout cas après les cours, ils ont un travail à faire. L’homme va à l’université, la femme fréquente le collège du village. Sa femme aussi fait un petit commerce du pain dans le campus et d’autres ingrédients pour le petit-déjeuner, les étudiants achètent avec elle. Je suis heureux de cohabiter avec eux », témoigne cette étudiante en licence 3.

Yamoussa Traoré, également étudiant à l’université de Labé était surpris de découvrir qu’un étudiant vit avec sa femme à l’université. Il l’a connu en licence 2 avec cette particularité : « Des femmes qui viennent à l’université avec leurs enfants, j’en connais beaucoup, des maris qui rendent visite à leur femme de temps en temps à l’université, c’est connu ; mais un étudiant qui vit avec sa femme dans un campus universitaire, c’est une première surtout que les deux ne fréquentent pas l’université. J’entendais des gens dire il y a un étudiant qui est là avec sa femme et son enfant. Un jour, j’étais à ma véranda, je vois le couple passer, accompagné de leur enfant ; la femme portait un sceau rempli de légumes, l’homme tenait les houes. J’ai trouvé que leur vie est passionnante. Je respecte vraiment ce couple qui n’attend rien de personne. Parfois aussi, ils envoient des produits venus de la forêt qu’ils revendent ici. Un couple pareil n’est pas donné à tout le monde », explique cet étudiant.

Dans la sous-préfecture de Hafia, le couple jouit d’une grande réputation auprès des autochtones. Alxis, Makoura et leur enfant vivent en bon terme avec les familles.

 

Alpha Ousmane AOB BAH

Pour Africaguinee.com

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Créé le Jeudi 14 avril 2022 à 12:53