Guinée : Alpha Condé sera-t-il "inquiété" par la justice ?

Guinée
L'ancien président guinéen, Alpha Condé
L'ancien président guinéen, Alpha Condé

CONAKRY- L’ancien dirigeant guinéen, Alpha Condé a regagné la Guinée vendredi 08 avril 2022, après un séjour médical à Abu Dhabi. Son retour intervient alors que plusieurs piliers de son régime déchu par Mamadi Doumbouya, le 05 septembre 2021, font face à de sérieux ennuis judiciaires. Son ancien premier ministre, Dr. Ibrahima Kassory Fofana, ainsi que quatre anciens ministres dont celui de la Défense, Dr. Mohamed Diané, sont écroués à la maison centrale pour des faits présumés de détournement de deniers publics. 

Le départ de la Guinée de l’ex chef d’Etat le 17 janvier dernier avait laissé planer le doute sur son retour chez bon nombre de guinéens. Maints observateurs avaient exprimé des craintes que le président renversé n’entame un exil doré et se soustraie ainsi d’éventuelles poursuites. Des inquiétudes qui étaient « fondées », dirait-on, d’autant plus que le voyage sanitaire intervenait alors que la justice guinéenne venait d’ouvrir des enquêtes sur les crimes commis durant les onze dernières années. Toutes ces inquiétudes sont désormais levées, Alpha Condé est bel et bien de retour au bercail.  

Justement, son arrivée ravive la soif de justice chez les victimes de son régime et leurs proches. Si son parti le RPG ARC-EN-CIEL assure qu’il continuera à œuvrer pour sa libération totale, les défenseurs des victimes de son régime appuient sur l’accélérateur pour accentuer la pression sur la Justice. Pour eux, c’est l’occasion d’ouvrir les dossiers liés aux crimes de sang. Le FNDC (front national pour la défense de la constitution) qui travaille aux côtés des victimes s’est fait voix dans ce sens, invitant les autorités judiciaires à tout mettre en œuvre pour ouvrir, sans délai, le procès des crimes de sang.

« Pour donner suite aux nombreuses plaintes et dénonciations faites par les familles des victimes de la lutte contre le 3ème Mandat et le collectif des avocats du FNDC contre Alpha Condé et ses sbires, le FNDC interpelle le CNRD, le gouvernement et les autorités judiciaires à inscrire le traitement de ces dossiers parmi les actions prioritaires de la Transition afin de mettre un terme à l'impunité qui gangrène notre pays depuis belle lurette », a vivement appelé l’opposition au troisième mandat d’Alpha Condé. La même demande de justice a été formulée par des défenseurs des droits humains, mais également plusieurs formations politiques. Le « G58 » a réitéré mardi 12 avril 2022, sa demande vis-à-vis du CNRD d’ouvrir les procès sur les crimes de sang.

Selon l’ONG International Amnesty International, entre octobre 2019 et juillet 2020, au moins 50 personnes ont été tuées en Guinée lors de manifestations contre le changement de Constitution impulsé et réalisé par le pouvoir en place, et lors de protestations contre le manque d’électricité et contre la gestion des barrages sanitaires mis en place pour lutter contre la pandémie de Covid-19. Près de 200 autres personnes ont été blessées et vivent pour certaines d’entre-elles avec de graves séquelles. Des dizaines d’opposants ont été arrêtés et détenus arbitrairement. Ces violations massives des droits humains sont restées impunies.

Début 2022, le procureur général près la Cour d’Appel de Conakry, avait instruit les parquets d’instance relevant de son ressort, d’ouvrir des enquêtes en vue de faire la lumière sur les crimes présumés commis entre 2010 et 2021, période couvrant les années de pouvoir d’Alpha Condé. Ces enquêtes qui visent les faits de -meurtres, disparitions forcées, arrestations ou les enlèvements, torture et les atteintes aux libertés individuelles- devraient s'appuyer sur des appels à témoins, des auditions de victimes, des réquisitions judiciaires.

Lire aussi-Conakry : Une plainte déposée contre Alpha Condé…

Suite à cet appel à témoin lancé par le procureur Charles Alphonse Wright et à l’ouverture de l’information judiciaire contre X, les avocats français du FNDC (Front National pour la Défense de la Constitution) Maitre William Bourdon et Vincent Bringarth n’ont pas tardé à agir. Ils ont aussitôt transmis à la justice guinéenne une liste de 99 personnalités, à travers un courrier adressé au parquet général intitulé « dénonciation des crimes et exactions commis sous le régime d’Alpha Condé et transmission de la liste des personnalités directement ou indirectement impliquées ». 

La note apporte des détails précis sur la série de violation des droits humains commise en Guinée ces dernières années. Des violations qui selon eux, tirent leur origine de la volonté de l’ex-président de se maintenir au pouvoir en modifiant la Constitution. Dans leur dénonciation, ils ont cité Alpha Condé en tête de liste. Dès lors une question se pose : Du haut de ses 84 ans, l’ancien dirigeant guinéen fera-t-il face à la justice ? Depuis son retour, bien de voix s’élèvent pour demander à ce qu’il rende des comptes, alors qu'en décembre dernier, un collectif de citoyens qui dit être victime de « répressions » policières sous son régime, avait déposé une plainte contre lui. Celle-ci n'a pas prospérée. Du moins pour l'instant.

La junte militaire facilitera-t-elle la démarche des victimes dans leur quête de "Justice"? Là est toute la question. Sadiba Koulibaly, figure importante du CNRD, a assuré qu’Alpha Condé demeurera en Guinée aussi longtemps que sa santé le permettra et que son intégrité et sa dignité seront respectés.

Pendant ce temps, peu de victimes se hâtent le pas pour livrer leur part de vérité sur ce dont elles ou leurs proches ont été victimes. Du côté du tribunal de première instance de Dixinn, par exemple, nous apprenons qu'une information judiciaire a été ouverte par un juge d’instruction, mais depuis, il n’y pratiquement pas d’avancées. Le dossier est presqu’en berne, nous apprend-on.

A suivre…

 

Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

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Créé le Mercredi 13 avril 2022 à 11:14