Nzérékoré "illuminée": Des perspectives sombres pour Moniafa Capi Kolié…

Guinée forestière
Moniafa Capi Kolié
Moniafa Capi Kolié

N’ZÉRÉKORÉ- Le lancement du courant électrique à Nzérékoré, principale agglomération de la Guinée forestière n'a pas fait que des heureux. Beaucoup de jeunes entrepreneurs voient leurs entreprises partir en faillite suite au lancement de ce programme. C'est le cas de Moniafa Capi Kolié, un jeune diplômé en chimie qui vit de la distribution du courant électrique dans son quartier à partir d'un groupe électrogène privé.

Après avoir terminé ses études en 2009, par manque d'emploi, ce jeune handicapé s'est lancé dans cette activité en 2013. Il s’est marié et a fondé une famille qu’il arrive à entretenir grâce aux bénéfices tirés de son activité. Bien que conscient qu’il risque de tomber en faillite, il se dit satisfait de l’arrivée du courant électrique dans la ville de N’Zérékoré. Déjà, ses clients commencent à se désabonner.

« Après les études, j’avais des difficultés d’emploi. J’ai initié ce projet l'électrification. Je donne le courant au quartier. Depuis 2013, je suis dans cette activité jusqu'à nos jours. Avec le lancement de l'interconnexion, moi personnellement, ça me rend fier parce qu’on était là juste pour aider la population. Si toute fois on trouve une entreprise qui vient aider nos parents, nous sommes ravis ça-même », explique Moniafa Capi Kolié.

 

Depuis le lancement le 02 avril 2022 de l’interconnexion électrique par le ministre de l'énergie, plusieurs de ses clients se sont désabonnés sur sa ligne pour se connecter sur celle de l’'EDG qui donne le courant désormais 24h/24.

"Au départ sur mon réseau, il y'avait 160 abonnés. Présentement là où je suis, il y a au moins 40 personnes qui se sont désabonnées. Mon entreprise est menacée. Ça ne va pas », s’inquiète l’entrepreneur.

Il admet que ligne ne peut pas supporter certaines charges. C’est pourquoi, il dit comprendre la décision de certains de ses clients. « Le courant qu'on donne dans les quartiers, il y a d'autres familles qui ont des congélateurs, des thermoplongeurs que nos alternateurs ne peuvent pas faire fonctionner. Donc, les gens sont tenus de se désabonner chez nous pour se connecter à l'EDG", confie Capi Kolié.

Oumar Sangaré un autre père de famille vit dans la distribution du courant privé depuis six (6) ans. Depuis le lancement de la ligne interconnectée, tout comme Kolié, il subit des départs massifs. Ses clients se désabonnent par vague. Ses trois groupes qui fonctionnaient, un est à l'arrêt déjà.

« Le lancement de l'énergie de l'interconnexion m'a plu. Puisque c'est un développement pour Nzérékoré. Mais ça un peu touché notre activité. Car c'est dans la distribution du courant privé dans les quartiers qu'on se débrouillait également. L'arrivée du courant a provoqué le désabonnement de plusieurs clients. Moi j'ai trois groupes électrogènes, à l'heure qu'il fait il y a déjà un qui est arrêté en moins de trois jours du lancement de l'interconnexion.

Mais même ça, c’est pour temps. Les deux groupes fonctionnent pour le moment parce tous mes clients ne sont pas encore abonnés à l'EDG. Ce que je veux demander aux autorités, c'est de voir comment nous trouver du travail, nous qui sommes les détenteurs de groupes électrogènes privés. Parce qu'une fois nos moteurs arrêtés, nous sommes paralysés. On plonge dans la faillite. Moi depuis 6 ans je suis dans cette activité », lance Oumar Sangaré.

Moniafa Capi Kolié, lui, envisage déjà une alternative. Désormais, il veut changer de secteur d'activité pour se trouver une autre source de revenu. Il compte revendre ses alternateurs pour aller installer son groupe dans les campagnes pour l'extraction d'huile rouge.

« On sera obligé de revendre les alternateurs, le moteur même, nous allons l'adapter au système pour aller vers les campagnes pour aider la population à faire l'extraction d'huile », a-t-il lancé, appelant l’Etat à l’aider à trouver un emploi.

 

SAKOUVOGUI Paul Foromo 

Correspondant régional d'Africaguinee.com

A Nzérékoré

Tél. (00224) 628 80 17 43

Créé le Mardi 12 avril 2022 à 17:08