Atrocités inter-ethniques à Macenta : l'histoire pathétique de K.K accusé à "tort"…

Guinée forestière
Des accusés dans les violences intercommunautaires de Macenta
Des accusés dans les violences intercommunautaires de Macenta

CONAKRY-Les habitants de la commune urbaine de Macenta garderont longtemps en mémoire les évènements tragiques des 26 et 27 décembre 2020. Une date qui rappelle les affrontements inter-ethniques qui ont opposé les deux principales communautés qui peuplent cette ville.

KK c'est le sobriquet attribué à notre interlocuteur qui est l'une des victimes des tragiques événements de Macenta. Il avait été arrêté, conduit au poste de police avant d'être déféré à N'Zérékoré où il a passé plus d'un an de détention. Au terme de son procès en compagnie d'une trentaine de prisonniers, KK a été déclaré non coupable des faits pour lesquels il était poursuivi par celui qu'il n'a jamais rencontré lors des enquêtes préliminaires.

« J'avais reçu une convocation à témoin. Lorsque je me suis rendu à la justice pour répondre, on m'a dit c'est vous monsieur tel, j'ai dit oui. Ils m'ont signifié que je suis concerné par les événements survenus les 26 et 27 décembre 2020. Sur le champ, ils ne m'ont pas dit ce pour quoi j'ai été convoqué. C'est là que j'ai été mis aux arrêts, conduit au commissariat de police où j'ai passé 2 heures et après on m'a déféré à N'Zérékoré pour la prison centrale. J'y suis arrivé sans connaitre le motif de mon arrestation. Deux mois après, un juge d'instruction m'a entendu. Il a fait sortir une plainte et j'ai demandé une confrontation entre celui qui m'accuse et moi. Ce jour-là, il m'a entendu sur procès-verbal. Après deux ou trois mois, tous les autres prisonniers ont pu rencontrer les plaignants sauf moi. Celui qui m'a poursuivi n'avait jamais accepté de venir pour la confrontation », a révélé notre interlocuteur.

C'est après un an de détention que les personnes arrêtées pour les événements douloureux de Macenta ont été jugées. Finalement KK et plusieurs de ses compagnons d'infortune seront libérés par la justice. Une déception pour notre interlocuteur qui, malgré son insistance n'avait jamais entendu la version de celui qui le poursuivait. 

« Tout ce que le monsieur a raconté sur moi n'était pas vrai. J'ai fait une année de souffrance en prison et comme finalité, le monsieur n'avait pas raison. Il a menti sur moi », regrette KK qui est prêt à pardonner mais à une seule condition.

« Il y a un adage de chez nous qui dit : en se lavant, ce n'est pas toute l'eau qui est dans le seau qui va se verser sur le corps. Je pense que la première chose d'abord c'est la reconnaissance. Il faut qu'il sache qu'il a tort. Lorsque la faute est reconnue, je pense que le pardon va suivre. Nous qui sommes aujourd'hui à Macenta, nous sommes obligés de vivre ensemble et on va rester ensemble. Si on doit vivre ensemble, nous devons nous accepter mais sur la vérité. Le pardon est inévitable mais comme on le dit, une faute avouée est à moitié pardonnée. Si tu fais du mal à quelqu'un, tu reconnais et que tu lui présentes tes excuses, vraiment l'intéressé peut te pardonner. Je réclame juste une reconnaissance de la part de celui qui m'a accusé gratuitement. Je n'ai pas de problème, on vit ensemble et nous sommes obligés de se pardonner », a -t-il déclaré.

A en croire KK, les autorités préfectorales nourrissent l'ambition de voir les fils de Macenta se réconcilier. Mais concrètement sur le terrain, il n'en est rien pour le moment.

« Les autorités veulent de la réconciliation mais sur le terrain on ne voit personne. On veut que les gens viennent pour essayer de nous mettre ensemble. L'idée est là mais il faut des actes réels sur le terrain », déplore notre interlocuteur.

L'histoire récente de la Guinée est marquée par des événements douloureux qui ont fragilisé le tissu social. De la grève des syndicalistes en 2007 en passant par les massacres du 28 septembre 2009 et les manifestations politiques et sociales sous le règne du président déchu Professeur Alpha Condé, l’héritage est lourd. Les blessures peinent à se cicatriser.

Pour apaiser les cœurs meurtris et taire les différends qui opposent encore certains Guinéens qui se regardent toujours en chien de faïence, le Colonel Mamadi Doumbouya a lancé le 22 mars 2022, les assises nationales dénommées « Journées de vérité et de pardon ». Une occasion pour le peuple de Guinée de s'accepter, de se pardonner et de se donner la main pour le développement de notre pays dans un climat apaisé. C’est l’ambition nourrie par le nouveau-maitre de Conakry

Siba Engagé

Pour Africaguinee.com

Tel: (00224) 623 06 56 23

Créé le Lundi 04 avril 2022 à 14:52