Péma Koivogui : "Comment j'ai bâti mon entreprise à partir de 280.000 Gnf…"

N'Zérékoré
Péma Koivogui dans sa ferme à N'Zeérékoré
Péma Koivogui dans sa ferme à N'Zeérékoré

N’ZEREKORE- Diplômé en sociologie, Péma Koivogui est un jeune entrepreneur. De nos jours, il est un exemple de modèle de réussite à Nzérékoré. Avec seulement 280.000 Gnf, une somme destinée à l’achat de ses habits de fête, ce jeune entrepreneur âgé d’une trentaine d’années, a su construire une ferme qui emploie plusieurs personnes. Nous sommes allés à sa rencontre.

Depuis 2012, alors qu'il faisait encore le lycée, le jeune Péma, s’est privé de certains plaisir pour commencer à monter une affaire. De nos jours, il a à son compte, une dizaine d'employés, 800 têtes de porcs, des chèvres et moutons, mais aussi des machines d'extraction d'huile. Installé à Wéya, village situé à 13 kilomètres de Nzérékoré, Péma Koivogui relatée comment il a pu se tracer un chemin.

"Sachez que tout début n'est pas facile. Tout ce que je suis en train d'entreprendre aujourd'hui, j'ai commencé avec 280.000 Gnf. Alors que j’étais au lycée, je me suis rendu au marché pour acheter des habits de fête. Arrivé, j'ai trouvé que les prix des articles étaient à la hausse. Finalement j’ai renoncé. En me disant que le loisir viendra après si j'ai la santé. Je me suis dit que je pouvais me contenter de mes vieux habits pour passer la fête. C'est comme ça que je suis rentré avec l'argent. Après la fête, j'ai acheté 26 poussins avec cette somme. C'était en 2012, je faisais la 12ème année. Je tissais des petits contrats pour les nourrir et parfois je m’endettais auprès des gens. Une fois que je revendais quelques têtes, je remboursais. Je suis parvenu à conduire trois expériences au niveau de la volaille, une fois à l'université, vu que les programmes étaient trop chargés, j'ai arrêté. Puisque les poulets sont très fragiles", a confié le jeune Péma Koivogui. 

Rien n’a été facile pour atteindre ce niveau, nous explique le jeune entrepreneur. Le chemin a été long et parsemé d’embûches. L’inexpérience, le manque de moyen, les moqueries, la jalousie dès fois, l’ont galvanisé pour persévérer.

« Quand j'ai eu accès à l'université, je pouvais aller à Conakry pour y continuer mes étudier mais vu l'ambition que j'avais, j'ai préféré rester à N’Zérékoré. Certains de mes amis se moquaient de moi en disant : tu as commencé les études ici et tu veux rester ici encore. J’avais des ambitions, des projets.  Mes amis ont préféré aller à Conakry, moi je suis resté. Mais aujourd’hui, parfois eux-mêmes, quand ils viennent voir mes réalisations, ils sont étonnés », témoigne-t-il.

Péma Koivogui explique qu’une fois à l'université, il a dû changer d’option dans l’élevage en optant pour la porcherie. « J'ai choisi la porcherie en commençant par 6 têtes. J'ai commencé au quartier Boma où est située l'université. Je partais de location en location avec mes porcs. Puisque les gens étaient parfois jaloux. Quand ils voient que tu évolues, on te pousse à quitter. J'ai été beaucoup confrontés à ce problème », raconte-t-il.

Le jeune entrepreneur a dû faire appel à son jeune frère et à sa jeune sœur pour l’aider s’occuper de sa porcherie afin qu’il continue les études. « Avec eux, on venait matinalement à la porcherie, on travaille et dès qu'il est 7h, je vais les déposer à l'école et je reviens sur le site. Après l'école, ils venaient me trouver toujours à la porcherie. J'ai commencé à revendre certaines têtes. Mais je n'avais pas eu un terrain au centre ou dans les périphéries de Nzérékoré. C'est ainsi que je suis venu à Wéya où j'ai acheté un hectare pour m'y installer. Et comme vous voyez, l'accès est très facile".

De nos jours, le jeune entrepreneur a plus 800 têtes de porcs, des machines d'extraction d'huile de palme. Il emploie une dizaine de personnes. Il nourrit ses animaux à la base des tourteaux que lui-même produit. Il parvient à revendre 25 fus d'huile de palmiste.

"Les porcs sont nourris à base de tourteau qui est produit d'ailleurs sur place. Et je fabrique moi-même mon concentré, je mélange avec le tourteau, le son de riz, le maïs, le haricot, du manioc sec, du poisson fumé que j'achète au marché, je les mets ensemble, j'envoie au moulin on broie puis je ramène. Aujourd'hui je dis Dieu merci. J'ai 800 têtes de porc, 75 têtes de petits ruminants (chèvres et moutons) », raconte le fermier.

Péma Koivogui mène actuellement plusieurs activités à la foi. Il gère une huilerie, une porcherie de cinq espèces et un cheptel d’ovins et de caprins.  Visionnaire, il a acheté 5 hectares de terres où il compte développer d’autres activités.

« J'ai 57 chèvres et 18 moutons. Parmi ces moutons, il y a la race malienne et même des chèvres, récemment j'en ai fait une commande qui est arrivée. Au niveau de l'huilerie, j'extrais par semaine 25 fus au minimum. Comme vous le constatez, nous avons commencé l'extraction avant-hier et maintenant là, nous avons pu extraire 18 fus (…) Actuellement nous revendons le fus d'huile à 1.200.000Gnf. Et c'est vraiment prometteur. Je me sens fier dans cette activité et je vois que je suis dans une indépendance économique. Il y a le reste de mon terrain que je n'ai pas encore exploité. Je compte y faire de la volaille les années qui suivent. J'ai aussi acheté 5 hectares non loin de là parce que je vise loin ». 

Le jeune Péma, la trentaine, lance un message aux jeunes guinéens. Celui de prendre leur destin en main. Selon lui, la solution ne se trouve pas en Europe ni en se lançant dans le désert ou dans la Méditerranée.

« Je demande aux jeunes de travailler chez eux, et ne pas attendre tout du gouvernement. Il faut se mettre à la tâche. Moi personnellement, je n'ai attendu personne pour me mettre à la tâche. Donc, les jeunes n'ont qu'à arrêter de penser que sans le gouvernement, ils ne peuvent pas travailler ou bien sans les grandes sociétés, ils ne peuvent pas travailler. Il faut qu’ils se mettent en tête que la terre guinéenne appartient à nous les jeunes. Quelque soit la force du gouvernement, il ne pourra pas employer tout le monde.

C'est pourquoi j'invite tous les jeunes au travail. Surtout de s’adonner à l'entrepreneuriat. Se lancer dans la méditerranée dans l’espoir d’une vie meilleure, ce n'est pas la solution. La solution c'est de se mettre au boulot et travailler chez soi. Avec le dévouement, le courage et l'engagement, on peut réussir. Moi j’étais à l’école quand j'ai commencé à entreprendre, sans l'aide des parents, sans l'aide du gouvernement ni d'une société. Aujourd'hui je suis à ce niveau et déjà j'emploie d'autres personnes. Je pense que c’est un exemple qu’il faut suivre. L’État également doit accompagner les jeunes entrepreneurs comme le font d’autres pays comme la Côte d'Ivoire, le Bénin, le Togo et même le Ghana", a lancé M. Koivogui. 

SAKOUVOGUI Paul Foromo

Correspondant régional d'Africaguinee.com

A Nzérékoré.

Tél : (00224) 628 80 17 43

Créé le Mardi 22 mars 2022 à 18:48