Crimes et exactions sous Alpha Condé : Des victimes prêtes à tout déballer à la justice…

Guinée
Image d’illustration
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CONAKRY-Après les instructions du procureur général Charles Alphonse Wright à l'endroit des tribunaux de première instance, une information judiciaire contre X a été ouverte au tribunal de première de Dixinn en vue d’élucider les crimes commis entre 2010 et 2021 en Guinée, période marquant les années de règne d’Alpha Condé, déchu le 05 septembre 20121.

Les faits visés sont entre autres : meurtres, assassinats, complicité de meurtre et d’assassinat, homicide involontaire, coups et blessures volontaires, arrestations, enlèvements, séquestration torture, destructions et dégradations de biens publics-privés, pillages, vols, agressions sexuelles et viols.

Sur le fondement des dispositions de l'article 60 du code de procédure pénale et sur la base des rapports d'autopsie de certaines victimes réalisées par le médecin légiste et autres documents ou supports électroniques, le cabinet du doyen des juges d'instructions près le Tribunal de première instance de Dixinn, a été désigné pour procéder à l'instruction préparatoire par rapport à ces faits.

C’est dans cette optique que M. Alghassimou Diallo, le procureur de la République près le TPI de Dixinn, a lancé un appel à témoin à l’endroit de toutes les victimes, parents de victimes et de manière générale toute personne physique ou morale, structure ou entité pouvant fournir des informations ou disposant d'éléments pouvant éclairer la lanterne de la justice sur ces crimes et délits sus mentionnés, de se mettre en rapport avec le cabinet du doyen des juges d'instructions pour livrer leur part de vérité. Qu’en dise les proches des victimes ? Sont-ils prêts à témoigner ? Africaguinee.com a interrogé certains.

De 2010 jusqu’à la date du 5 septembre, marquant la fin de son règne, plus de 200 personnes, la plupart des civils, ont été tués en Guinée, dans de violentes répressions de manifestations.  Durant ces dix dernières années, seulement un cas a été jugé. Les autres auteurs de ces crimes de sang ne sont pas inquiétés.

Pour les parents des victimes, cet appel à témoin est une aubaine. Mamadou Pathé est le père de Mamadou Mahmoudou Bah, tué par balle, à Bambéto, dans la commune de Ratoma au mois d’octobre 2020. Même s’il n’a pas encore entamé les démarches, mais il compte bien témoigner.

« Je suis prêt à témoigner mais je ne suis pas encore allé le faire. Beaucoup de personnes sont passées me voir pour me demander de dire ma part de vérité. Mais j’attends de voir clair d’abord. Et quand je vais être rassuré je vais engager la procédure. Et même si je n’aurais pas la chance d’aller jusqu’au bout, mes enfants prendront le relais jusqu’à ce les responsabilités soient situées. Je voudrais qu’on aille jusqu’au bout pour qu’il n’y ait plus jamais des cas pareils dans notre pays », a déclaré ce parent d’une victime par balle.

« Je me suis remis à la volonté de Dieu malgré mon frère est mort dans des situations floues. Ma famille et moi on s’est remis à la volonté divine parce que tout le monde est appelé à partir » entame Barry, neveu de Lamarana, tué au lendemain de l’élection présidentielle qui a abouti au 3ème mandat d’Alpha Condé. Si tous les moyens sont réunis pour que lumière soit faite, nous allons réfléchir sur la procédure judiciaire. Pour le moment, la famille n’a encore rien décidé.

« L’avocat qui suivait le dossier après la mort de mon frère s’était battu pour avoir le rapport médical, malheureusement il ne l’avait pas eu. Et mon frère, il n’a pas été tué par balles. C’est suite à des échanges de pierre les jours qui ont suivi les élections qu’il a trouvé la mort après qu’il ait reçu un caillou sur la tête. Il était en mission de son parti, arrivé Bambéto, puisqu’il logeait tout près, il cherchait à descendre pour rentrer à la maison. Son ami avec qui il était nous a dit c’est là-bas qu’il a vu des cailloux venir de nulle part, le trouver dans le taxi.

Ayant remarqué que Lamarana a perdu conscience, il a tenté de le faire relever mais il constatait que notre frère était inconscient. Il a demandé au chauffeur de l’aider mais les jets de pierre étaient tellement puissants, le chauffeur même était blessé. C’est comme ça il est mort d’après les explications son ami. Maintenant, en bon croyant, je ne peux pas dire qui l’a tué parce que l’acte s’est produit aux bandes de 19heures. Mais son ami avec qui il était nous a confié que quand ils sont arrivés rond-point, c’est les militaires qu’ils ont vus. Et dire que c’est eux les responsables, c’est un peu compliqué », explique Barry, neveu de feu Mamadou Lamarana.

Lorsque l’eau est versée, on ne peut plus la ramasser confie Tata Camara, grande sœur de feu Mohamed.  « Ce qui est fait est déjà fait, c’est pourquoi je réponds toujours que cette affaire de justice n’est pas dans mes calculs. Nous nous avons pardonné parce que ce jugement ne va pas ramener notre frère Mohamed Camara » explique Tata Camara, grande sœur de Mohamed (17ans), tué par balle, le 24 octobre 2020, à Bantounka.

Dr Bilguissou Bah a perdu son neuveu, Djibril Bah (21 ans) à la Cimenterie T8, (Préfecture de Dubréka). Le jeune lycéen avait été tué par balle deux jours après les élections du 18 octobre 2020. 

« Je compte bien répondre à cet appel à témoignage lancé par le procureur près le tribunal de première instance Dixinn mais, dans les règles. Et là nous sommes dans les démarches pour voir comment il faut s’y prendre. Mon neveu a été fusillé à la cimenterie. Etant du corps médical, quand on m’a décrit la situation de sa blessure, j’ai aussitôt déduit qu’il s’en ne sortirait pas » se souvient Dr Bilguissou.

Dossier à suivre…

 

Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Tél. : (00224) 655 311 114

Créé le Samedi 29 janvier 2022 à 10:46