Grèves de 2007 : Me DS Bah dénonce l’attitude de Hadja Rabi...

Guinée
Maître Alpha Amadou DS Bah
Maître Alpha Amadou DS Bah

CONAKRY-Il y a quinze ans, 137 civils guinéens tombaient sous les balles des forces de défense et de sécurité guinéennes. Ce sont les événements de janvier-février 2007.

A l’appel des centrales syndicales du pays (CNTG-USTG) appuyées par les forces politiques, des centaines de milliers de Guinéens descendaient dans les rues pour protester contre la mauvaise gouvernance, la cherté de la vie et le déficit démocratique qui caractérisaient le régime de feu le Général Lansana Conte, mort au pouvoir après 24 ans de règne. Cette grève générale sans précédent qui avait paralysé le pays, avait duré 1 mois 16 jours et causé, au moins, la mort de 137 personnes et fait 1667 blessés, selon un bilan officiel.

A quel niveau se situe la procédure judiciaire dans cette autre tragédie ? Africaguinee.com a interrogé le vice-président de l'OGDH, constituée partie civile aux côtés des victimes depuis 2012. L’avocat, Maître Alpha Amadou DS Bah dénonce la lenteur de la justice. il pointe aussi l’attitude de l’ancienne secrétaire général de la Cntg- l’une des centrales syndicales organisatrices de la grève.

 

AFRICAGUINEE.COM : En mai 2012, l'OGDH et la FIDH s’étaient constituées parties civiles aux côtés des victimes des événements de janvier-février 2007pour porter plainte devant le tribunal de Dixinn. Où en est la procédure ?

ME ALPHA AMADOU DS BAH : Nous avions effectivement déposé une plainte qui avait permis qu’environ 40 victimes soient entendues comme parties civiles. Malheureusement, aucun présumé responsable commanditaire ou exécutant des ordres qui ont conduit à ce drame n’a été entendu, ni inculpé. La procédure est toujours pendante devant le tribunal de Dixinn, mais il n’y a pas eu d’avancée majeure dans cette affaire. L’instruction est toujours pendante devant le cabinet d’instruction. Malheureusement, les juges n’ont pas pu convoquer les présumés auteurs de ces crimes.

Il faut aussi préciser que Hadja Rabiatou Serah, secrétaire général de la Cntg à l’époque, avait été entendue en tant que témoin, mais elle n’avait pas voulu réitérer les propos qu’elle avait tenu dans un journal qui incriminait Ousmane Conté, le fils de l’ancien chef d’Etat. Elle n’avait pas voulu collaborer et avait même voulu créer une polémique autour ça. C’était regrettable et nous l’avions dénoncé à l’époque. Aujourd’hui, 15 ans après les événements, les tueries sont impunies.

Qui étaient les présumés auteurs ?

Il y a les forces de défense et de sécurité. En réalité quand il y a eu la manifestation ce sont les forces de défense et de sécurité y compris les bérets rouges qui avaient ouvert le feu notamment au niveau du Pont 8 novembre sur une foule compacte de manifestants pacifiques qui se dirigeait vers la présidence. Il y a eu plusieurs personnes tuées et des disparues. Jusqu’à date, aucune poursuite n’a été engagée contre les présumés auteurs.

Vous a-t-on expliqué l’origine de la lenteur de la procédure ?

Je crois que les juges n’ont pas eu la collaboration de l’ancien gouvernement. Sans la collaboration du gouvernement, il est impossible de rechercher et de retrouver les personnes impliquées dans le maintien d’ordre parce qu’il y a la hiérarchie. L’identification des personnes impliquées ne peut se faire qu’avec la collaboration du ministère de la Sécurité et surtout de la Défense. Malheureusement, ces militaires n’ont jamais accepté de collaborer avec la justice dans ce dossier.

Est-ce qu’il y avait des officiers ou des civils nommément cités dans la plainte ?

On n’avait pas nommément cité des personnes parce qu’on n’avait pas de preuves matérielles pour pouvoir incriminer les gens. Mais c’était de la responsabilité des juges de faire des recherches et de retrouver les auteurs et les commanditaires de ces tueries. Car ils jouissent aujourd’hui de l’impunité.

La loi guinéenne prévoit la prescription en matière criminelle. Est-ce dossier de janvier-fevrier n’est pas tombé sous le coup de cette loi ?

 Il y a la prescription de l’action publique qui est de 10 ans en matière criminelle. Puisque nous avions déjà porté plainte en 2012 et que des actes ont été posés en 2014 et 2015, pour l’instant, il n’y a pas de prescription en ce qui concerne l’action publique. Mais c’est vrai qu’il n’y a pas de perspective majeure pour que cette affaire soit relancée.

Avez-vous espoir que ce dossier puisse être relancé avec l’arrivée du Cnrd qui promet que la justice sera la boussole ?

Avec l’avènement du Cnrd c’est une opportunité de relancer ce dossier afin que la lumière soit faite.

Au cas où la justice aucune ne se bouge pas qu’est-ce que vous envisagez ?

Nous avions déjà entamé des démarches au niveau de la Cour de justice de la Cedeao. Nous sommes avancés dans ce processus puisque nous avons déjà formulé la plainte que nous n’avons encore déposée. Si on constate qu’avec le Cnrd aussi il n’y a pas d’évolution, nous déposerons cette requête au niveau de la Cedeao pour que l’État guinéen soit condamné à dédommager, au moins, les victimes.

 

Entretien réalisée par Abdoul Malick Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 669 91 93 06

Créé le Vendredi 21 janvier 2022 à 3:33

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