Assises nationales : La position des victimes du régime de Sékou Touré

Guinée
Une délégation de la junte commémorant avec les victimes du camp boiro les exécution des années "70"
Une délégation de la junte commémorant avec les victimes du camp boiro les exécution des années "70"

CONAKRY- « Je vous annonce que courant le premier trimestre 2022, nous organiserons sur toute l’étendue du territoire national et dans nos ambassades à l’étranger des assises nationales dénommées journées de vérité et pardon ». Cette annonce phare du colonel Mamadi Doumbouya en cette nouvelle année suscite de l’espoir mais également des interrogations chez bon nombre de guinéens. Quels devront être les contours des Assises Nationales annoncées ? Comment seront-elles organisées ? Pour le moment il n’y a aucune précision, hormis celle qui dit que ces journées permettront de cerner l’ampleur et le contour du vaste chantier de construction de notre « union sacrée ». C’est dans ce contexte que l’Association des victimes du Camp Boiro (AVCB), à travers son porte-parole, a fait une proposition pour que ce projet soit couronné de succès.

‘’Nous ne savons pas les contours de ce que le président souhaiterait appeler ‘’Assises Nationales’’. Nous aimerions rappeler que ce sont des dossiers qui datent avant et après l’indépendance. Ce sont des dossiers de 1957, de 1960, de 1965, de 1969, de 1971, 1976, 1978, de 1985, de 2006, 2007…Vous allez comprendre par-là que beaucoup de personnes qui sont actives aujourd’hui n’étaient pas nées en ces moments. Assez de personnes qui seront constituées à travers les assises nationales n’étaient pas nées. Même ceux qui vivaient en ces temps ; la politique de la première république était si organisée que la violence était gérée dans le silence et le secret. Beaucoup de personnes ne savaient vraiment pas ce qui s’était passé’’, explique Dr Amadou Tounkara, porte-parole des victimes du camp Boiro.

Pour aller vers une quelconque réconciliation nationale, il préconise que la commission provisoire de réconciliation nationale mise sur pied sous Alpha Condé et dont le rapport de travail dort dans les tiroirs, soit réactivé.  

‘’Pour que nous allions vers la vérité, il y a eu une commission. Cette commission était présidée par des chefs religieux et a été financée par des partenaires au développement pour réussir la réconciliation nationale en Guinée. Elle était composée d’experts sur le plan international qui étaient venus pour faire le travail de rapport pour la réconciliation nationale. Ce rapport existe, il a été remis aux autorités et se trouve dans des tiroirs actuellement. Au lieu de partir vers des Assises nationales, il faut sortir ce rapport’’ a-t-il relevé.

Le premier ministre Mohamed Béavogui a assuré ce lundi que son Gouvernement s’emploiera à rendre fructueuses ces journées de vérité et de pardon pour le bonheur de notre nation.  Aucune Guinée n’est viable sans la concertation et le dialogue permanent dans le respect des différences inhérentes aux communautés humaines, a-t-il dit, espérant que les assises nationales favoriseront la réconciliation, un des grands chantiers du CNRD.

L’association des victimes du camp Boiro souhaite vivement que les nouvelles autorités mettent de la forme dans cet ambitieux projet qui va de « l’intérêt national et non celui d’un individu ». « La question de réconciliation nationale, c’est tout le monde qui y gagne », précise Dr. Tounkara, qui relève que sur 10 compagnons de l’indépendance, sept sont dans des fosses communes.

« Les créateurs de l’armée sont dans des fosses communes, les leaders en matière de culture sont dans des fosses communes, les animateurs de la jeunesse en ces temps sont dans des fosses communes. C’est difficile à expliquer, mais c’est notre pays. Nous souhaiterons vraiment que nous puissions réussir la réconciliation nationale’’ a souhaité Dr Tounkara Amadou, proposant que cette commission provisoire sur la réconciliation nationale qui avait été mise en place sous l’ancien régime soit remise sur les rails de manière définitive.

‘’Nous proposons que cette commission provisoire soit transformée en une commission définitive et qu’elle planche sur le dossier de la réconciliation nationale. Il serait salutaire que l’on se penche sur cette question pour que nous sachions ce qui s’est passé. Un chef comme Sékou Touré, a eu beaucoup de pouvoir de manipulation pour réussir tout ce qu’il a réussi sur la Guinée.  Pendant qu’il a fait tuer les guinéens, pendant que le pays ne s’est pas développé, les gens continuent à l’applaudir. Il faut bien que l’on sache ce qui s’est passé, ça c’est la vérité. Pour la justice, il a étiqueté des guinéens qu’il a traité de comploteurs, les a traités d’anti guinéens, les a fait extorquer des aveux, il faut bien que la justice s’y penche.

Les procès, est-ce qu’ils étaient équitables ? Il faut qu’on le sache maintenant, pour nous éviter de telles situations dans l’avenir, on va chercher à réparer. Pour le faire on va chercher à faire une justice transitionnelle pour qu’on ne connaisse pas les crimes de ce genre et dans l’intérêt de tout le monde. Il y a eu la première république, après il y a eu 1985 (coup d’Etat militaire qui a échoué, ndlr), ceux qui ont été exécutés à cette période ont été les mêmes à avoir exécuté pendant les 26 ans de Sékou Touré. Ce qui n’est d’ailleurs plus souhaitable. Il faut que cela s’arrête pour que l’on regarde devant pour le développement de la Guinée. C’est cela notre objectif. Cela doit se réaliser à travers une structure organisée et de façon civilisée’’, préconise le porte-parole des victimes du camp Boiro.

BAH Boubacar LOUDAH

Pour Africaguinee.com

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Créé le Mardi 04 janvier 2022 à 16:41

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