Bah Oury: "La transition doit aller au-delà de la restauration de l’ordre constitutionnel..."

Guinée
Bah Oury, leader de l'UDRG
Bah Oury, leader de l'UDRG

CONAKRY-Face à la nouvelle spirale des violences meurtrières à laquelle la région du sahel est confrontée, Bah Oury interpelle. Alors que la Belgique a alerté début novembre que la Guinée n’était pas à l’abri d’une attaque terroriste, le président du parti Union des démocrates pour la renaissance de la Guinée (UDRG), pense que face à cette nouvelle donne, la question de la transition en cours ne doit pas se limiter uniquement à la restauration de l’ordre constitutionnel. Africaguinee.com l’a interrogé sur cet enjeu sécuritaire majeur.

AFRICAGUINEE.COM : Plusieurs pays du Sahel fait face à une nouvelle spirale de violences meurtrières. Comment l’expliquez-vous ?

BAH OURY : Ce que je constate avec beaucoup de regrets et beaucoup d’amertume, c’est le fait que nous n’avons pas réussi dans cette partie de l’Afrique à endiguer la montée des violences. Au contraire, d’autres facteurs de crises sont en train d’être créés avec des régimes qui s’embarquent dans des voies anti-démocratiques au risque de créer d’autres facteurs de troubles. C’est regrettable que les élites au pouvoir dans l’ensemble de l’ouest africain soient tout à fait sourdes et parfois aveugles par rapport à cette réalité qui est en train de nous envelopper dans une dynamique déstabilisation prolongée.  

A votre avis est-ce qu’il y a d’autres facteurs qui pourraient expliquer cette situation ?

Je pense que les sociétés ouest africaines sont entrées dans une profonde mutation. Les Etats Ouest africains sont également dans une dynamique de remise en cause de leurs missions et de leurs réalités. Ce qui a prévalu jusqu’à présent durant ces 6 décennies, c’est l’émergence des Etats néocoloniaux et néo patrimoniaux. Cette dynamique a atteint ces limites. C’est pourquoi dans la plupart des pays, nous assistons à des formes particulières de crises qui se reflètent dans la crise de la gouvernance. Sans des reformes fortes, prolongées, il va de soi que la violence finit par être le dernier recours que certaines factions de la population ont comme réponse. C’est l’aventure et c’est la déstabilisation et c’est un danger extrêmement grave pour la stabilité du continent dans sa globalité.

Cela témoigne-t-il pas de l’échec de certains dirigeants dans la sous-région ?

Il y a aussi l’histoire d’une dynamique sociologique de mutation de formes organisationnelles que certains Etats n’ont pas pu parvenir à accompagner par des reformes régulières ou par le ‘’soft power’’ à être en phase avec les attentes et les aspirations de leurs populations.  C’est cela le vrai problème que certains Etats ont eu à être confrontés. Par contre, il y a des Etats dans l’Ouest africain qui parviennent tant bien que mal à évoluer au fil de l’eau dans des dynamiques de reformes régulières qui leur permet d’assurer une relative stabilité et une croissance économique. Ce sont des modèles de pays comme le Ghana, sur le plan économique la Côte-d’Ivoire, se porte très bien.

Le ministère des Affaires Etrangères de la Belgique a sonné cette alerte comme quoi la Guinée n’est pas à l’abri d’attaques terroristes. Est-ce qu’on est suffisamment prémunie face à ces risques ?

C’est une question extrêmement importante ! Tous les guinéens doivent avoir conscience de cela. La question de la transition en cours n’est pas seulement une transition pour la restauration de l’ordre constitutionnel. C’est une tentative pour essayer d’empêcher que la Guinée ne sombre dans la dynamique de l’évolution des Etats tel que nous l’avons connu au niveau du sahel. L’enjeu à ce niveau est très important. Nous devons aller au-delà de ces questions d’élections seulement, parce qu’en définitive c’est la stabilité future et la possibilité de permettre à la Guinée d’évoluer dans une dynamique de cohérence et de cohésion pour les décennies et décennies à venir qui sont en jeu.

Donc, la transition guinéenne sous cet angle est une chance pour montrer qu’en Afrique de l’Ouest il est possible d’avoir une autre dynamique, une autre construction étatique qui conforte les aspirations des populations, qui conforte les aspirations démocratiques et qui met en place des leviers susceptibles d’assurer une stabilité dans le long terme. C’est ça le vrai enjeu. Nous ne devons pas perdre cela de vue.

Bah Boubacar Loudah

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 655 311 113

Créé le Lundi 06 décembre 2021 à 9:47