Guinée : Un programme déployé par la France bute contre un obstacle…

Guinée

NZEREKORE- L’exécution d’un important projet déployé par l’ambassade de France en Guinée, bute à un obstacle de taille. Si rien n'est fait, ce sont des efforts consentis par de nombreux acteurs qui risque tomber à l'eau à cause d’une histoire de primes. Il s’agit du projet d’appui à la maitrise et à la diffusion de la langue françaises en Guinée dont l’objectif vise à rehausser le niveau des formateurs qui ont la charge de former les apprenants. Ce projet est piloté par l’institut français de Guinée, en collaboration avec certains départements de l’Education.

Plusieurs enseignants sont en colère à Nzérékoré, principale agglomération de la Guinée forestière. Ces encadreurs sont venus de différentes préfectures de la région pour suivre une formation dans le cadre du programme d’appui multisectoriel à la diffusion et la maîtrise du français, déployé par la France en Guinée en fin 2020. Ledit programme a un double objectif : améliorer la qualité de l’enseignement en français et créer un contexte favorable au développement de la lecture chez les jeunes. Ce projet bénéficie d’un Fonds de solidarité pour les projets innovants (FSPI) mis en œuvre par l’ambassade de France en Guinée (service de coopération et d’action culturelle).

Le volet relatif au renforcement des capacités des enseignants en français implique trois ministères guinéens : le ministère de l’Education nationale et de l’Alphabétisation (MENA), le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique (MESRS) et le ministère de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle (METFP).

Plus de trois-cent enseignants guinéens avaient été sélectionnés après un test permettant de mesurer leur maîtrise du français, soit pour une formation en français, informatique et pédagogie, soit pour une formation de renforcement en français. A la fin du programme, ces enseignants pourront ensuite former eux-mêmes leurs collègues au sein de leurs ministères respectifs. Les destinataires finaux de ce projet sont les élèves et étudiants guinéens, puisque le niveau de l’enseignement dans les établissements scolaires du pays devrait s’améliorer.

Sauf que sur le terrain, l’exécution du programme ne se passe pas sans anicroches dans certains endroits du pays. C’est le cas à N’Zérékoré où les bénéficiaires du programme ont décidé de boycotter les cours à cause…d’une affaire de primes impayées.

Ces enseignants, au nombre de 28 se sont vu dépourvus de toutes les primes liées à cette formation qu’ils sont venus suivre à Nzérékoré. Ils n’auront ni transport, ni les frais d’hébergement à plus forte raison les primes de formation. Une situation qui fâche ces encadreurs qui disent avoir subi de trop. La formation prévue s’étend du 26 au 12 novembre 2021. Mais les enseignants ont préféré mettre fin à la formation en attendant la résolution de ce problème.

Pour justifier le non-paiement des primes citées ci-haut, les ministères de tutelle invoquent le gel des comptes, selon un participant interrogé par Africaguinee.com.  Des arguments qui ne tiennent pas la route, selon les enseignants qui soutiennent que tout avait été financé par les partenaires avant même le gel des comptes des départements.

« C’est à un test auquel nous avons été soumis. Nous étions au nombre de 800 et quelques et il n’y a que 130 qui ont été maintenus sur toute l’étendue du territoire national. Nos copies sont allées jusqu’en France juste pour la correction. A N’zérékoré il y a 28 dont 5 qui sont de l’enseignement technique. Après tout, nous avons commencé la formation du 09 au 13 novembre 2020. Ils nous avaient dit qu’ils allaient nous payer 50.000 Gnf par jour comme frais de déplacement pour la ville. Cela n’a pas été respecté, on n’a reçu que 20.000 Gnf par jour. Pour la première formation, ils avaient pris les frais d’hébergement en charge y compris le transport de ceux qui sont venus des autres préfectures. Mais après, les autres formations qui ont suivi, ils n’ont plus rien donné. La dernière fois, ils se sont permis de nous dire d’aller suivre la formation à Faranah, mais tout en sachant que rien n’était prévu. Ça complètement découragé les gens, on a boycotté le programme.

Pour cette fois, les courriers qui nous sont parvenus, il est bien précisé dedans de bien vouloir prévoir l’original et une copie de nos cartes d’identité pour nous permettre de recevoir nos per diem qui nous seront versés par un représentant du département. Voilà qu’on vient, ils nous disent qu’il n’y a rien et que même les frais d’hôtels ne seront pas pris en charge. Ils brandissent pour argument que les différents comptes sont gelés. Alors que même lors que les comptes n’étaient pas gelés, ils refusaient de nous donner nos dus », a dénoncé un participant.

Le projet d’appui à la maitrise et à la diffusion de la langue françaises en Guinée a pour objectif de rehausser le niveau des formateurs qui ont la charge de former les apprenants. Ce projet est piloté par l’institut français de Guinée. Selon les participants, l’ambassade française aurait tout payé par rapport à ce projet. Mais pour cet encadreur venu de l’enseignement technique, depuis le début de la formation, les encadreurs issus des rangs de l’enseignement technique n’ont rien reçu comme prime.

 « L’ancien ministre avait mis tout en œuvre pour prendre nos collègues du MENA en charge. Mais il est arrivé à un moment où il a dit qu’il n’a pas de fonds par rapport à ça. Ce qui a fait que la formation avait été boycottée du côté de Faranah pendant qu’il y avait Ebola en forêt.  Les gens devaient se déplacer pour aller à Faranah, mais la formation a été sabotée, les gens ne sont pas allés. Pour ce qui est de l’enseignement technique, depuis le début jusque maintenant là, on a même l’impression que ce n’est pas les cadres du département qui ont participé à l’élaboration de ce projet. Ce n’est pas leur problème, ils ne s’intéressent même pas, ils n’en parlent même pas. Donc les enseignants qui relèvent de l’enseignement technique n’ont jamais reçu : les primes liées à la formation, le transport et l’hébergement. Rien de tout ça, n’a été prise en charge.

On revient cette fois pour ce dernier module, là ce n’est même plus maintenant les enseignants de l’enseignement technique, ce sont nos collègues même du MENA qui ne sont pas pris en charge aussi. On a mené des démarches auprès des différents départements qui ont dit clairement qu’ils n’ont pas d’argent. Donc, ce qui fait que la formation à l’heure où nous sommes n’arrive pas à débuter pour qu’on puisse terminer les trois derniers modules qui nous restaient au cours des trois semaines qui doivent suivre maintenant là. Pour qu’après ça, nous puissions nous occuper du relèvement du niveau des autres enseignants qui n’ont pas suivi la formation en français.

On devrait commencer ce matin mais comme vous le voyez, dès l’entame quand la dame a déroulé le programme, elle nous a fait comprendre que malgré toutes les démarches qui ont été menées auprès des différents départements, les gens n’ont rien prévu. Ce qui a amené les encadreurs à dire qu’on ne peut pas quitter nos différents foyers, venir passé trois semaines sans frais de logement, sans primes de transport. Donc, ils préfèrent retourner et le jour où nos différents départements seront prêts, la formation va continuer parce que ce sont eux qui l’ont initié. Ce sont eux qui ont pensé que c’était bon pour la Guinée. C’est eux encore qui sont en train de dire qu’ils n’ont rien. C’est un projet qui a été bien monté et chaque partie devait jouer sa partition. L’ambassade de France à travers l’institut français est en train de jouer son rôle, eux ils avaient à faire l’appui technique, le reste là revenait à la Guinée et c’est ce que nos autorités au niveau de l’éducation, n’arrivent pas à respecter », déplore Sékouba LOUA, formateur à l’ENI de Nzérékoré.

Ce matin dès 8h, les cours devraient démarrer. Hélas, à la dernière minute, tout a été chamboulé. « Nous avons reçu d’autres informations qui ne sont pas des bonnes. Nous nous sommes déplacés de Guéckédou, de Lola, un peu partout dans la région forestière. Quand on nous dit que nos frais d’hôtels ne seront pas payés, et que nos primes de transport ne seront pas payés, alors ça nous met mal à l’aise.  C’est pourquoi nous avons décidé d’arrêter la formation et d’attendre que les primes soient payées. Nous avions suivi des formations antérieurement, il y a eu des manquements que nous avons toujours supporté. Mais aujourd’hui, franchement la coupe est de trop. Nous ne pouvons pas toujours continuer à payer les frais. Nous demandons à nos autorités de faire quelque chose afin que la formation puisse se tenir pour que le résultat auquel nous attendons puisse aboutir. Nous qui sommes venus des autres préfectures, nous n’avons décider de retourner simplement si rien n’est fait’’, prévient pour sa part Manimou Simon Pierre, un autre enseignant.

Toutes nos tentatives d’avoir la version de l’IRE sont pour le moment restées vaines.

Dossier à suivre…

 

SAKOUVOGUI Paul Foromo

Correspondant régional d’Africaguinee.com

A Nzérékoré

Tél : (00224) 628 80 17 43

Créé le Mercredi 27 octobre 2021 à 14:34