Guinée/Mines : Cellou met le "pied dans le plat" de la gouvernance Condé…

Guinée
Cellou Dalein Diallo, leader de l'UFDG
Cellou Dalein Diallo, leader de l'UFDG

CONAKRY-Si le Gouvernement se vante de l'embellie qu'a connue le secteur minier guinéen depuis 2010, année à laquelle le Président Alpha Condé est arrivée au Pouvoir, Cellou Dalein Diallo relativise sur fond de révélations.  

Avec seulement 15 millions de tonnes en 2010, la Guinée est passé à 80 millions de tonnes de bauxite brute exportées en 2020 et se classe 2e exportateur dans le monde. Alors que le gouvernement d'Alpha Condé s'enorgueillit de cette prouesse, l'ancien Premier ministre et opposant révèle le "revers de la médaille".

De par la richesse de son sol et sous-sol, la Guinée qualifiée de scandale géologique dispose d’énormes atouts pour son décollage économique. De l’avis Cellou Dalein Diallo, cela demande une gestion efficiente des ressources avec une bonne politique minière basée sur la transformation sur place en lieu et place de l’exportation de minerais bruts.  

Alpha Condé s’enorgueillit d’avoir fait de la Guinée le 2ème exportateur mondial de bauxite. Cette explosion de nos exportations de bauxite brute n’est pas en soi une performance à mettre à l’actif du gouvernement. Elle est consécutive à l’augmentation très forte de la demande mondiale d’aluminium, de l’existence d’importantes réserves de bauxite de bonne qualité dans notre pays, et de l’épuisement et de la fermeture de certaines mines qui approvisionnaient plusieurs fonderies d’alumine et d’aluminium", a-t-il expliqué ce samedi 26 juin 2021.

L’opposant a indiqué que la production mondiale d’aluminium est passée en effet de 23,7 millions de tonnes en 1999 à 57, 9 millions en 2015. La part de la Chine dans cette production mondiale d’aluminium est passée quant à elle de 11, 5% en 2000 à 54, 7% en 2015. Parallèlement, a-t-il noté, la production de l’alumine a augmenté à peu près dans les mêmes proportions en passant de 56,2 millions de tonnes en 2002 à 115,2 millions en 2015.

« Il faut rappeler que plusieurs compagnies minières qui exploitent actuellement la bauxite dans notre pays s’étaient engagées dans leurs conventions de base à construire des usines d’alumine et même d’aluminium. Le gouvernement aurait dû convaincre ces compagnies de respecter leur engagement initial et à soumettre les nouvelles compagnies à la même obligation. Surtout que la production d’alumine est moins complexe et requiert moins d’énergie que la production d’aluminium. En général, on met les usines d’alumine là où il y a la bauxite et les usines d’aluminium là où il y’a l’électricité. Malheureusement, le gouvernement n’a pas respecté cette règle et a signé des avenants aux conventions de base libérant les compagnies de leurs engagements de créer des usines d’alumine en Guinée », déplore m. Diallo.

En renonçant à cette transformation sur place de la bauxite, l’ancien Premier ministre a fait savoir que cela constitue une perte d’emploi pour la jeunesse et l’économie se trouve ainsi privée  de la majeure partie de sa valeur ajoutée.

Perte d’emplois

« A titre d’exemple, l’usine de Fria a une capacité installée de 600.000 tonnes d’alumine par an. Pour ce faire, elle transforme environ 1,5 millions de tonnes de bauxite et génère 1200 emplois directs et 2000 indirects. En transformant sur place les 80 millions de tonnes que nous exportons actuellement, on aurait créé 170.000 emplois directs et indirects pour la jeunesse guinéenne. Même si on ne transformait que la moitié de nos exportations brutes, on n’aurait généré 85.000 emplois. Ce qui est loin d’être négligeable dans le contexte de chômage endémique auquel notre pays est confronté. L’exploitation minière industrielle ne contribue actuellement qu’à environ 6, 5% de l’emploi formel alors qu’elle représente 22% du PIB et 80% des exportations », explique Cellou Dalein Diallo.

Perte de valeur ajoutée

Pour étayer son argument sur le préjudice économique qui résulte de l’exportation de la bauxite brute, le principal adversaire d'Alpha Condé demande à comparer le prix de la tonne de bauxite au prix de la tonne d’alumine et d’aluminium sur le marché international.

« La tonne d’aluminium coûte 2400 dollars, d’alumine 300 dollars, de bauxite 45 dollars. Pour produire une tonne d’alumine, il faut 2,2 tonnes de bauxite ; 1 tonne d’aluminium, environ 2 tonnes d’alumine. En exportant 80 millions de tonnes de bauxite brute à raison de 45 dollars la tonne, on obtient 3,600 milliards de dollars. En les transformant sur place, on obtient 36 millions de tonnes en alumine qu’on peut vendre au prix de 300 dollars la tonne, soit 10,8 milliards de dollars. La valeur ajoutée qu’on gagnerait en transformant sur place cette bauxite en alumine avant de l’exporter est donc de : (10, 80 – 3,60 milliards), soit 7,20 milliards de dollars. On peut facilement imaginer les effets positifs d’une telle politique sur l’emploi formel, le PIB, la balance extérieure et les réserves de change du pays », a-t-il étayé.

Perte de revenu fiscal

L'opposant a démontré que si la production et l’exportation de la bauxite ont enregistré une forte accélération ces derniers temps, par contre, les revenus miniers comptabilisés dans le budget de l’Etat n’ont, quant à eux, augmenté que très lentement.

« Alors que la part du secteur minier dans le PIB est de 22%, sa contribution dans les recettes de l’Etat ne représente que 13%. Cette faible performance fiscale des entreprises est la conséquence des importantes exonérations d’impôts et de taxes octroyés par le gouvernement aux entreprises minières à travers des conventions ad-hoc et en violation des dispositions du Code minier. Le FMI estime que ces exonérations négociées au cas par cas avec l’Etat représentent actuellement 7% du PIB, soit l’équivalent d’une année de recettes douanières. Ce qui veut dire que si ces entreprises payaient tous les impôts et taxes prévus dans le Code minier, la pression fiscale qui est actuellement en Guinée de 13% serait de 20%, c’est-à-dire au même niveau que le Sénégal et la Côte d’Ivoire.

Par ailleurs, selon le FMI, il y a de sérieux doutes qui pèsent sur la sincérité des prix de vente à l’exportation pratiqués par les compagnies minières. En effet, le prix de la tonne de bauxite exportée variait, en 2019, d’une compagnie à l’autre, de 14,30 dollars à 31.25 dollars. Si cette sous-facturation était avérée, elle pourrait être un autre facteur explicatif de la faiblesse des revenus de l’Etat tirés de l’exploitation de nos mines. Évidemment, on ne peut pas ne pas s’interroger sur les contreparties de ces exonérations et sous-facturations lorsqu’on connait les ravages de la corruption dans notre pays. Au total, en exportant 80 millions de tonnes au lieu de les transformer sur place, le pays perd 170.000 emplois environ et 7, 2 milliards de dollars de valeur ajoutée. Et du fait des exonérations et des surfacturations, l’équivalent de 7% du PIB en recettes fiscales », a révélé Cellou Dalein Diallo.

Abdoul Malick Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 669 91 93 06

Créé le Dimanche 27 juin 2021 à 13:27