Carnet de voyage Conakry-Mamou : Mauvais état de la route, multiplication des barrages, racket et insécurité…

Guinée

GUINÉE- De toutes les souffrances que subissent les guinéens, le réseau routier du pays fait partie des difficultés les plus atroces. L’état des routes laisse à désirer tant à Conakry qu’à l’intérieur du pays.  A côté des rackets policiers, les travaux de construction de la route nationale Coyah-Dabola trainent, laissant des pistes poussiéreuses dans certains endroits et des trous béants dans d’autres. 

Il est 5h du matin. Nous sommes au niveau du poste de contrôle situé à la sortie de Coyah. Plusieurs agents d’une unité de policiers, de gendarmes et de militaires, y est. Pour franchir ce barrage, chaque chauffeur doit débourser la modique somme de 20 mille francs guinéens.

Dans le tas, certains chauffeurs obtempèrent. D’autres tentent tant bien que mal de négocier. Même si l’espoir de déroger à la règle est mince

 « Officier, s’il vous plait, tiens ça (10 mille Gnf), tu me laisses continuer, j’ai un malade dans le véhicule », plaide-t-il. Et l’agent de répliquer : « Fais comme tous les autres. Tu n’es pas supérieur aux autres alors laisse tomber », intime l’agent qui se dirige vers un autre véhicule tout en indiquant à ses collègues de ne pas laisser le chauffeur passer en rappelant même sa plaque.

Éprouvés par la tracasserie, des chauffeurs ont souvent peur de parler devant une caméra pour ne pas être identifiés par les agents. 

Sow Mamadou Oury est chauffeur de Taxi entre Labé-Conakry : « C’est une répétition de dire que les routes font souffrir. A côté de ça, les agents font plus de mal aux usagers que la route elle-même. Tous les jours, les barrages augmentent pour nous extorquer de l’agent. Il y a même des barrages où c’est des militaires qui sont présents et non des policiers ou des gendarmes. Dès qu’un véhicule arrive, ils accourent pour prendre l’argent. Ils ne vérifient pas les documents, ni les bagages, eux, ce qui les intéresse c’est l’argent. Entre Labé et Conakry, on peut compter au moins 14 barrages. Au niveau de chaque barrage, on paie entre 5000, 10 000, 15 000 ou 20 000 Gnf, selon les humeurs des agents. Le trajet où on ne faisait qu’une heure, maintenant on fait entre 3 et 4h. vous avez vu l’état de la route avec la poussière, si la pluie tombe, chacun restera de son côté parce que le pays sera définitivement coupé », dénonce ce conducteur.

A la sortie de Mamou également, un barrage mixte y est installé. Tout passager doit se laver les mains et effectué une prise de température. Là, les agents font le tri des passagers. Ceux en provenance de Conakry, qui ne disposent de leur résultat du test Covid doivent payer 50 mille Gnf avec l’argument que c’est le décret du président qui le dit. 

En plus de nombreux barrages, l’état de la route constitue un autre facteur de retard. Des véhicules en panne çà et là. Des capots ouverts, des pneus démontés, problème des suspensions, des pivots qui ont sauté, des pneus hors usage, on y voit tout avec des passagers et apprentis rouges de poussière. 

Adama Sanoh est un habitué de l’axe Conakry-Nzérékoré. Son camion est tombé depuis 11 jours à Yombokouré, entre Kindia et Linsan. 

« Nous avons démonté les pièces. Au-delà des ressorts, les roulements sont abimés. J’attends des mécaniciens qui viendront de Conakry pour me dépanner. Chaque jour, je dépense de l’argent pour envoyer un de mes apprentis acheter à manger pour nous et revenir. Nous avalons la poussière comme pas possible », témoigne-t-il. 

 

« La route constitue un clavaire pour les usagers. Celui qui vit du transport ou du commerce sur les routes guinéennes n’a pas de vie. Du départ à l’arrivée c’est la souffrance. Chaque jour, on dit, hier c’était mieux qu’aujourd’hui. Nous avons quitté Conakry à 5h du matin, il est 14 heures, nous sommes encore à Linsan. 9 heures pour une distance moins de 200km. Ma destination finale c’est Mali Yembérin et tenez-vous bien, je ne sais pas quand est-ce que je vais arriver. Un des bras de mon véhicule est endommagé, il faut réparer avant de continuer. Les travaux n’avancent pas du tout avec les chinois, mais c’est ce que le Gouvernement a voulu pour nous. Aucun sérieux, si le Gouvernement veut, il peut faire la route avec moins de temps. S’ils ne sont pas prêts à mettre le goudron qu’on nivelle au moins avant les grandes pluies afin qu’on circule tranquillement », fustige maitre Yaya Sow, entouré de ses passagers qui éprouvent de la peine d’être bloqués 

« Si j’arrive cette fois-ci à Conakry, je ferai du temps avant de venir à l’intérieur. J’ai subi trop de souffrance sur la route », se lamente une jeune femme qui voyagent avec ses deux gosses. 

Souffrant, Elhadj Balla Barry, 67 ans, habite à Dabola. Il est obligé de se rendre à Conakry tous les 3 mois pour un contrôle sanitaire. Sa voiture est tombée en panne entre Sougueta et Linsan.  

« J’étais à Conakry où nous avons quitté avant-hier. Nous rentrons à Dabola, mais le véhicule a un souci. Nous avons envoyé des mécaniciens qui n’ont pas encore trouvé de solution. Pour ne pas que ma maladie rechute, je cherche un taxi pour continuer. Le chauffeur ira après. Nous avons souffert sur la route, mon régime ne me permet pas de manger dans les restaurants », se plaint ce sexagénaire.

 

Un reportage d’Alpha Ousmane Bah (AOB)

De retour de Conakry

Pour Africaguinee.com

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Créé le Dimanche 11 avril 2021 à 21:08

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