Guinée : Expertise France s’implique dans l’élaboration du guide de bon usage des antibiotiques en lien avec les infections associées aux soins (IAS)

Santé

COYAH- Expertise France en collaboration avec le projet REDISSE (Renforcement des Systèmes de Surveillance des Maladies en Afrique de l'Ouest) de la Banque Mondiale a ouvert, ce lundi 8 mars 2021, l’atelier d’élaboration et de validation des directives du bon usage des antibiotiques en lien avec les infections associées aux soins. L’Objectif est d'appuyer le ministère de la Santé dans le cadre de la validation du guide du bon usage des antibiotiques en lien avec les infections associées aux soins (IAS)

Si dans le cadre du traitement des patients, les antimicrobiens jouent un rôle essentiel dans la diminution de la charge des maladies transmissibles, cependant, les spécialistes notent que le pouvoir curatif de ces médicaments sur les maladies infectieuses n’est pas infini.

Les maladies infectieuses sont à nouveau une menace du fait, non seulement de l’émergence des maladies dont Ebola et Coronavirus, mais aussi du fait des résistances observées après plusieurs décennies d’utilisation souvent inappropriée des antimicrobiens, des antibiotiques en particulier. Pour lutter contre ce fléau, plusieurs professionnels de la santé vont participer, du 8 au 11 mars 2021, à un atelier d’élaboration afin de valider techniquement les directives du bon usage des antibiotiques.

Selon le représentant du département santé d’Expertise France en Guinée, ce plan consiste à mettre en œuvre des politiques en vue de prévenir, de combattre et de suivre la résistance aux antimicrobiens.

« Cet atelier consiste à examiner et à valider les textes juridiques portant sur le bon usage des antibiotiques, mais aussi à valider le protocole d’antibiothérapie des infections communautaires de l’enfant et de l’adulte, élaborer et valider le protocole de l’antibiothérapie des infections souterraines. Je suis sûr que la validation de ce guide contribuera certainement à l’amélioration de la qualité des soins dans nos structures sanitaires avec un effet bénéfique sur la population guinéenne », a expliqué Mamadou Dieng avant de revenir sur les statistiques macabres de l’OMS sur l’usage inapproprié des antibiotiques.

« Selon l’OMS, 700 mille personnes meurent chaque année du mésusage ou de la prescription de la résistance aux antimicrobiens. Si on ne fait pas gaffe, d’ici 2050, plus de 10 millions de personnes vont mourir de ces problématiques dans le monde dont 4 millions en Afrique. Cet atelier permet de poser les guides de prescription de l’ensemble des soignants qui permet éventuellement d’éviter ces morts qu’on dirait évitables », a ajouté le représentant d’Expertise France.

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Les options de traitement pour les patients infectés par des bactéries multi-résistants sont devenus de plus en plus limitées et épuisées dans certains cas où ces micro-organismes résistent à tous les antibiotiques disponibles avec pour conséquences, des prolongements de séjour hospitalier, des coûts importants des prestations et souvent la mort des patients.

« La résistance aux antimicrobiens est l'une des menaces sanitaires les plus urgentes auxquelles le corps médical et les populations sont confrontés dans le monde entier. Je voudrais mettre l'accent sur trois éléments fondamentaux que tout système de santé doit considérer et que les professionnels de la santé devraient tenir compte. Il s’agit de : L'accessibilité aux soins ; l'amélioration de la qualité des soins incluant l'hygiène et le respect des normes de PCI ; la sécurité des patients. C’est pourquoi, l'OMS recommande l'utilisation appropriée d'antimicrobiens. Ceci nécessite l'utilisation rationnelle d'antimicrobiens qui maximise l'effet thérapeutique clinique tout en minimisant, à la fois, la toxicité liée aux médicaments et le développement de la résistance aux antimicrobiens », a expliqué le Chef de division, hygiène, PCI au ministère de la santé.

Poursuivant, Dr Elmahady Camara a invité les professionnels de santé au changement de comportement dans la prescription et l'utilisation des antimicrobiens. « Seul le changement de comportement pourra garantir le succès que nous enregistrons toujours dans notre système de santé. Je suis convaincu que vous aviez porté dans le guide une attention particulière sur certains aspects critiques comme : Tenir compte de la pharmacocinétique et de la pharmacodynamique lors de la sélection d'un ATB ; encourager les patients à la conformité dans l'utilisation des ATB, n’utiliser des combinaisons d'antibiotiques que dans des situations spécifiques ; Eviter les médicaments de mauvaise qualité; Prévenir les changements d'ordonnance dans les pharmacies », a conseillé Dr Elmahady Camara, le représentant du ministère de la santé.

Dans son intervention, le Coordinateur des programmes santé PCI, RAM, Urgences à Expertise France a, quant à lui, indiqué que la validation de ce guide est issue du plan d’action multisectoriel de lutte contre les antis microbiens qui est venu combler à un gap qui a été identifié lors de l’évaluation externe du RSI en avril 2017 où la Guinée a été scorée à 1/4.

"Nous avons remarqué que les mésusages des antibiotiques ont beaucoup contribué à l’antibiorésistance. C’est pour pallier à ce fléau que nous avons couplé à l’équipement des Laboratoires de bactériologie à la formation des biologistes à la bactériologie de base ainsi que celle des  médecins prescripteurs en perspective afin qu’ils conjuguent  le même verbe aujourd’hui pour traiter les malades en fonction des indications   spécifiques adaptés  à leurs pathologies », a indiqué Dr Félémou Gnakoye tout en alertant l’opinion sur un fait ‘’grave’’ qui est devenu fréquent dans les structures sanitaires du pays.

« Il faut éviter l’utilisation arbitraire des antibiotiques au niveau des structures sanitaires. J’invite les les pharmaciens d’arrêter d’octroyer des médicaments aux patients sans ordonnance. Parce qu’aujourd’hui nous assistons à quelque chose de très grave en Guinée. Lorsque tu pars à l’hôpital et que tu as la fièvre, les médecins optent le plus souvent à l’antibiothérapie probabiliste associée au traitement   antipaludéen. Même toi, le malade qui a été à l’hôpital, si on te demande de quoi tu souffres, tu ne sauras le dire, donc c’est un problème. Maintenant, cet atelier de validation de ce guide permettra d’optimiser l’utilisation des antibiotiques en lien avec les infections aux soins dans notre structure de santé », a alerté Dr Félémou Gnakoye.

 

Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

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Créé le Mercredi 17 mars 2021 à 17:01