Casse annoncée à Coyah: " On ne peut pas mettre des pères de famille dehors…"

Guinée
Bah Oury, leader du Union des démocrates pour la Renaissance de la Guinée (UDRG)
Bah Oury, leader du Union des démocrates pour la Renaissance de la Guinée (UDRG)

CONAKRY-Alors que le gouvernement envisage de procéder à de nouveaux déguerpissements dans le "Grand Conakry", Bah Oury affiche sa désapprobation. A Coyah, dans la zone appelée Kakoulima Rails notamment, plus de 4000 maisons ont été marquées par les forces de l'ordre.

Alors que l'inquiétude des habitants grandit, l'opposant appelle le gouvernement à faire preuve de "responsabilité morale" en dédommageant et en recasant les citoyens visés par cette opération avant de procéder au déguerpissement. Le leader de l'UDRG s'est aussi exprimé sur la campagne de dégagement des encombrants physiques en cours dans la capitale.

 

AFRICAGUINEE.COM: A Kakoulima Rails, plus de 4000 maisons ont été cochées par des bérets rouges, policiers et gendarmes. Comment est-ce que vous voyez cette opération ? Peut-on craindre un Kaporo rails bis ?

BAH OURY : Dans son discours de nouvel, le président Alpha Condé avait carrément indiqué le cap qu’il voulait suivre. C’est-à-dire selon lui, la récupération des réserves foncières de l’Etat. Mais la question qu’on devrait se poser aujourd’hui : faut-il déstabiliser la Guinée pour récupérer des réserves foncières ? Pour en faire quoi ensuite si la paix aura disparu sous le ciel guinéen ? Où était l’Etat guinéen lorsque les populations ont occupé la réserve foncière ? Où étaient les ministres de la République qui ont en charge de veiller sur le patrimoine foncier de l’Etat ? Qu’est- ce qui a été fait pour dissuader les populations à ne pas occuper ces réserves foncières ? Donc, la première responsabilité incombe à la gouvernance qui a laissé faire.

En laissant faire, le premier coupable, c’est l’Etat. La responsabilité d’un Etat qui respecte ses citoyens, c’est de procéder à des recasements avant de détruire une zone pour en faire un espace public aménagé. C’est une responsabilité politique, c’est une responsabilité également morale. On ne peut pas mettre des pères de famille dehors avec toutes leurs familles sans pour autant leur donner les moyens de se recaser ailleurs ou de les dédommager. C’est une responsabilité morale. Ne pas le faire, c’est de créer encore des sources de conflits majeurs dans notre pays alors que la population est suffisamment en colère et suffisamment victime des violences d’Etat qui pleuvent de tous les côtés.

Une vaste opération de déguerpissement est en cours à Conakry depuis quelques semaines. Quel est votre position sur cette actualité ?

Personnellement, je ne suis pas contre d’enlever les encombrements le long des routes, mais dans chaque chose il faut y mettre les principes que comporte la justice et la solidarité. La question qu’on doit se poser, est-ce qu’il y a des logements sociaux en Guinée ? Depuis des lustres il n’y en a jamais eu contrairement aux autres pays limitrophes. Il n’y a pas d’HLM (habitat à loyer modéré). La question de logement est une question essentielle dans la vie de chaque individu. Deuxièmement posons-nous la question à savoir pourquoi il y a des encombrements le long de nos trottoirs. C’est tout simplement parce qu’il n’y a pas d’espace dédiés pour organiser le commerce dans les quartiers. Il n’y a pas de marchés construits durant ces décennies d’indépendances. Le marché Niger a été construit sous l’époque coloniale. Rien n’a été fait depuis lors pour son agrandissement.

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Les autres marchés qui sont à l’intérieur de certains quartiers de conakry sont des marchés informels qui sont nés plus ou moins par des systèmes de tolérance jusqu’à prendre d’autres envergures. Donc, l’Etat a été défaillant par rapport à la mise en place d’infrastructures qui permettent de faciliter la vie à la population qui était à moins de 400 mille personnes et qui est devenue aujourd’hui une grande mégapole qui fait des millions d’individus. Dans la gouvernance de manière globale, il faut que l’ensemble des questions relatives à la demande sociale soit pris en compte. Parce que sinon, on est en train de nous créer un enfer du fait de l'irresponsabilité des dirigeants qui n’ont pas fait le travail pour lequel la population les a élus ou les a fait confiance à un moment donné.

Donc, il ne faudrait pas qu’à chaque fois, que la population soit victime triplement ou doublement de la mal gouvernance qui a été entretenue pendant plusieurs décennies. Ce serait inégalitaire, profondément injuste de faire toujours payer aux plus pauvres l’irresponsabilité de ceux qui ont dirigé, l'irresponsabilité de ceux qui ont pris de mauvaises décisions ou de ceux qui n’ont jamais pris les bonnes décisions dans l’intérêt du pays et celui de la population.

 

Entretien réalisé par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 655 311 112

Créé le Jeudi 11 Février 2021 à 9:11