Guinée : Dr Bano Barry accusé de jeter de « l’huile sur le feu »…

Guinée
Dr Alpha Amadou Bano Barry, ministre de l'Education Nationale et de l'Alphabétisation
Dr Alpha Amadou Bano Barry, ministre de l'Education Nationale et de l'Alphabétisation

CONAKRY-La sortie du ministre de l’Education Nationale Dr Alpha Amadou Bano Barry sur Africaguinee.com, irrite la colère de certains responsables syndicaux.

Le secrétaire général du Syndicat national de l’éducation qui s’est confié à notre rédaction, a accusé le ministre de l’Education de jeter de l’huile sur le feu. Michel Balamou invite Pr Bano Barry à « modérer ses propos » à l’égard des encadreurs en colère au risque d’attiser la tension. 

AFRICAGUINEE.COM : Quelle est votre réaction suite à la sortie du ministre Bano Barry sur votre menace de grève ? 

MICHEL BALAMOU : Nous avons suivi avec attention l’intervention sur Africaguinee du ministre de l’Education nationale relative à la situation des enseignants qui ne bénéficient pas encore des primes d’incitation et des encadreurs en situation des classes. Le SNE aimerait dire au ministre de tenir compte de la sacralité républicaine de son poste. Quand on est ministre de la République, on doit s’abstenir de tenir certains propos puisque la tension est actuellement très vive. Le recensement qu’il a eu à conduire a été mi-figue, mi-raisin. C’est ce recensement qu’il a tenu avec le Slecg d’Aboubacar Soumah qui a créé tous les problèmes au niveau de l’éducation aujourd’hui. Il y avait des enseignants en situation des classes qui ont été injustement recensés comme cas d’abandon ou d’invalide. Il y a eu des encadreurs d’école qui ont été recensés comme simples encadreurs alors qu’ils sont en situation des classes. (…) C’est vrai que les encadreurs ont une prime de fonction de 40 mille Gnf instituée depuis 1992. A l’époque, un sac de riz était à 15 000 Gnf. Ce montant est devenu dérisoire aujourd’hui. Ils avaient promis qu’ils vont leur accorder une subvention à l’instar des universités qui ont des subventions trimestrielles. Jusqu’à présent rien n’est fait. C’est pourquoi, nous demandons à l’Etat dans la mesure du possible de voir le cas des encadreurs qui sont les premiers à venir à l’école et les dernier à quitter. C’est eux qui encadrent le processus de continuité des apprentissages. S’ils ne sont pas motivés, ils ne vont pas bien encadrer et il y aura un laisser faire et un laisser aller dans les écoles.

Le ministre a fait savoir que si les encadreurs ne bénéficient pas de primes, c’est parce qu’ils refusent de donner des cours. Est-ce le cas ?

De Coyah jusqu’ à Yomou, les 70 pour cent des encadreurs d’école sont en situation des classes. Si une prime est instituée pour ceux qui sont en situation des classes, si ces encadreurs n’en bénéficient pas, ils ont le droit de hausser le ton. L’orthodoxie administrative devrait être de tenir des propos conciliants non pas des propos va-t’en guerre. Je crois que l’intervention du ministre attise davantage la situation et jette l’huile sur le feu. Si ces encadreurs refusent aujourd’hui d’aller en classe, il n’y aura pas de cours à l’intérieur du pays. Vous pouvez trouver une école de 6 classes où il n’y a qu’un seul enseignant et il se trouve que celui-ci ne bénéficie pas de la prime. Il revient au ministre de mettre balle à terre et comprendre que cela relève de son ressort.

Il a dit qu’il s’occupe des enseignants en situation des classes et non quand ils sont en grève. Qu’en pensez-vous ?

Nous déplorons également le fait qu’il dise qu’il gère les enseignants quand ils sont en classe. Il faut qu’il arrête. Mais s’il y a trouble dans son département alors là, il ne va plus gérer les enseignants en classe, ni les élèves. Cela va créer une discontinuité de l’apprentissage. Ce sont les mêmes propos qu’il avait tenus lorsque les primes ont retardé. Je l’avais appelé pour lui de dire de se lever pour que cela ne soit pas un effet de contagion et de déstabilisation dans les écoles. Il m’avait dit qu’il ne gère pas l’argent, qu’il ne paie pas et qu’il ne s’occupe que des enseignants en situation des classes. Je vois qu’il est encore dans sa posture intellectuelle qui ne rime pas avec l’autorité de la puissance publique. Tout le monde sait que Pr Bano est un bon technicien, mais pour ce qui est de l’administration, il a beaucoup à faire. Je crois qu’il doit rectifier le tir et tenir un nouveau message d’apaisement à l’endroit de ces enseignants pour leur demander de revenir à des meilleurs sentiments. (…) il y a trop de recensements au niveau de l’éducation.

On dirait que toutes les mesures de l’administration, c’est au niveau de l’éducation. Si cela ne s’arrête pas, nous syndicat, nous serons obligés de dire aux enseignants de boycotter tout récemment éventuel. En 2018, Pr Bano a fait un premier recensement qui a donné 11 mille 557 supposés fictifs. Après, il a fait un autre recensement avec le Slecg qui a donné 5 mille 557 fictifs. L’année passée, en pleine pandémie, le ministère du Budget a fait un recensement au niveau de l’éducation sans même informer le ministère de l’Education. J’avais appelé le ministre Bano pour le lui demander, il m’avait dit qu’il n’était pas informé. Je lui avais dit qu’on ne peut pas venir faire un recensement dans votre département sans que vous ne soyez informé. Maintenant, c’est les gens du Budget qui sont allés dire au président qu’il y a plus de 1700 fictifs au niveau de l’éducation. Aujourd’hui, rien que dans la zone de Conakry, il y a 1887 enseignants qui n’ont pas eu leur prime d’incitation dont le porte-parole et le secrétaire général adjoint du SNE. Alors qu’ils avaient promis de revenir faire le recensement, ils ne sont plus revenus. Est-ce que cela va encourager les enseignants ? NON.

Le SNE est pourtant accusé d’être à la base de l’exclusion des encadreurs. Que répondez-vous ?

J’invite ces encadreurs à ne pas prêter une oreille attentive aux sirène populistes et propagandistes du syndicaliste Aboubacar Soumah qui est en train de dire que c’est le SNE qui est à la base de l’exclusion des encadreurs. Ce ne sont pas nous, mais les ministres qui étaient dans la salle. Le ministre Mory Sangaré nous a clairement indiqués que l’encadreur qui n’est pas d’accord qu’il aille donner de cours ou qu’il démissionne. Aujourd’hui, nous avons demandé à nos secrétaires généraux dans les 33 préfectures et les 8 régions administratives de nous remonter toutes les listes des enseignants qui n’ont pas encore bénéficié de leur prime. Le SNE a fait en sorte qu’il y ait 1500 qui soit rétablis. Si Aboubacar Soumah se tape la poitrine pour dire que nous sommes en train de récolter ses efforts, rien n’en est. Nous n’avons pas récolté ses efforts. Il dit aussi que les 40 pour cent c’était ses efforts, je vais rappeler que c’est en 2006-2007 que Hadja Rabiatou Serah Diallo et feu Ibrahima Fofana se sont battus pour cela. Aboubacar n’a fait que ramener les échéances de paiement.

Avant c’était payé en 4 échéances, il n’a fait amener l’Etat à payer en une seule échéance. Il n’est pas allé à la négociation, nous, nous y sommes allés. Cela veut dire que c’est nous qui sommes signataires et nous sommes contents que cette prime soit sur le bulletin de paie. Lui, il n’est qu’un populiste.  Je demande aux enseignants de faire beaucoup attention puisqu’aujourd’hui, il est en accointance avec ses ennemis d’hier.  

A suivre…

Interview réalisée par Abdoul Malick Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 669 91 93 06  

Créé le Vendredi 29 janvier 2021 à 15:44

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