Guinée-Prix du pain : souci de soulager la population ou la crainte d'un "effet domino"?

Guinée
Image d'illustration, photomontage Africaguinee.com
Image d'illustration, photomontage Africaguinee.com

CONAKRY-Elément déclencheur de la révolte populaire qui a précipité la chute de l’ancien dictateur, Oumar El Béchir, au Soudan, en décembre 2018, après 30 ans au pouvoir, la hausse du prix du pain en Guinée a suscité un vague de réactions réprobatrices. Moins de 24heures après l'annonce de cette décision impopulaire, elle a été retoquée par le président de la République. Alpha Condé a désapprouvé son ministre du commerce Boubacar Barry en ordonnant son annulation.

Deux cent quatre-vingt-cinq mille de francs guinéens (285 000 gnf), c’est à ce prix que le sac de farine allait être vendu sur toute l’étendue du territoire nationale, a décidé le ministère du commerce. Sois une hausse de trente-cinq mille (35 000 gnf) sur le prix qui était en vigueur. Une augmentation avec effet immédiat, car, une baguette de pain de 250g qui se vendait à 1500 gnf avait grimpé à 2000 gnf et celle de 500g vendu à 3500gnf avait monté à 4000 gnf d’après un arrêté du ministre du commerce. Cette décision unilatérale a suscité l'incompréhension et surtout l'indignation chez les consommateurs.

Pour Bah Moustapha, citoyen rencontré au marché de Matoto cette décision du ministre allait être un fardeau de plus pour la population. Augmenter le prix de la farine pour une population dont le revenu est très faible est une façon de l’enfoncer de plus dans la précarité. 

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« C’est la population qui va payer les frais de cette augmentation. Le revenu du guinéen est trop faible, si on augmente je crois que ça va être difficile pour la population de supporter parce que le peuple de Guinée n’a pas de quoi manger. Les difficultés sont énormes, les gens ne travaillent pas. Malheureusement la population guinéenne est trop docile, sinon dans les autres pays cette décision aurait suffi pour engendrer beaucoup de chose. Mais chez nous, la population accepte tout sur elle. Tout ce que les autorités décident est normal », a dénoncé ce citoyen.

Rencontré dans le même quartier, cet autre citoyen estime que les autorités à travers le ministère du commerce vont toujours chercher à justifier cette hausse à travers à travers des mesures qui s’imposent à l’intention.

Risque d'explosion

« Il faut que nos gouvernants sachent ce que les populations veulent. Car on n’a pas les mêmes moyens. Il y a des femmes qui se lèvent tous les jours très tôt le matin pour avoir quoi manger et nourrir leurs familles. Avec des décisions comme ça, je pense que le gouvernement doit faire attention parce que ça risque d’exploser. Un jour ou l'autre, les gens diront qu’ils en ont marre et c’est ce jour que ça va exploser » prévient un artiste qui sous couvert anonymat.

Explosion ? Le risque était bien réel. Car le mécontentement général est palpable chez bon nombre de guinéens. La crise sanitaire est venue se greffer à une autre qui était endémique. La crise politique avec ses cortèges de violences. Les conséquences de ces deux crises ont été désastreuses sur la vie du citoyen lambda dont les maigres revenus ont connu une chute vertigineuse alors que les prix connaissent une montée chaque jour sur le marché. Au point qu'aujourd'hui, beaucoup ne savent plus où donner de la tête pour pouvoir joindre les deux bouts.

Après avoir réussi à opérer un forcing pour s'octroyer un troisième mandat, Alpha Condé qui entame son sextennat sur des chapeaux de roues, a conscience que le déclenchement d'une crise sociale n'est pas à son avantage. En opposant son niet à l'augmentation des prix du pain et de la farine, deux denrées de très grande consommation, le chef de l'Etat a voulu éviter tout risque. D'où sa décision d'annuler la décision relative à l'augmentation des prix du pain et de la farine. La crainte d'un effet domino n'est-elle pas passée par là ? Grosse interrogation !

Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel: (00224) 664-72-76-28

Créé le Dimanche 17 janvier 2021 à 10:38