Bogola Haba: "Alpha Condé est illégitime, c'est Cellou qui doit être investi…"

Interview
Kéamou Bogola HABA
Kéamou Bogola HABA

CONAKRY-Comment le couple UFDG-ANAD compte-t-il empêcher l'investiture d'Alpha Condé le 15 décembre ? Kéamou Bogola Haba, l'un des porte-paroles de la coalition qui soutient Cellou Dalein Diallo, a brisé le silence. Dans cet entretien M. Haba évoque l'objectif des manifestations qu'ils ont appelées les 14 et 15 décembre 2020.

AFRICAGUINEE.COM : Vous venez de lancer un nouvel appel à manifester les 14 et 15 décembre. Dites-nous pourquoi ?

KEAMOU BOGOLA HABA : Nous avons demandé aux guinéens de ne pas être résignés. Le combat que nous menons est un combat extrêmement important qui ne doit pas s’arrêter. C’est la défense du droit du vote qui est l’unique arme que le citoyen a aujourd’hui pour lutter contre les gouvernants indélicats, c’est l’arme pour lutter contre la fraude électorale, contre le vol des deniers publics, contre l’impunité. Donc si ces droits sont violés, nous ne pouvons pas nous arrêter, sinon ça serait une trahison par rapport à notre mission de faire de la Guinée un pays démocratique. Parce que l’élément de la démocratie c’est le vote. Si aujourd’hui on peut voler le vote du citoyen et déclarer un autre résultat, il faut absolument se lever. Donc la manifestation du 14 et du 15 est extrêmement importante parce que ce 15 décembre là, ils veulent confirmer pratiquement le coup d’Etat que nous combattons. Que ce soit, le changement de la constitution, la falsification de la constitution et le fichier électoral qui a été complètement biaisé, tout cela l’objectif c’était cette investiture.

Nous demandons aux guinéens de se lever parce que monsieur Alpha Condé n’est pas légitime. Il est doublement illégitime : il a perdu les élections et il ne devait pas être candidat. Parce que, que ce soit dans l’ancienne constitution, que ce soit dans la constitution falsifiée, c’est deux mandats. Tout ce que nous expliquons juridiquement pour parler de 4ème république, de 1er mandat, c’est sont des algorithmes juridiques que la population ne connait pas. Les guinéens savent que monsieur Alpha Condé est au pouvoir depuis 2010. Et de 2010 à 2020, ça fait 10 ans, c’est deux mandats, il en a fini et le résultat c’est quoi ? Il nous dit : la Guinée est devenue une jungle où il n’y a que des brigands qui s’accaparent du pouvoir comme lui il le fait par force, des brigands qui attaquent les uns et les autres dans la rue, on kidnappe des gens, on les emprisonne comme on veut, on tue comme on veut, on vole les biens comme on veut. Oui nous sommes devenus une jungle et monsieur Alpha Condé lui-même l’a dit. Donc il faut se lever contre cela le 14 pour ne pas qu’il soit investi. Celui qui doit être investi s’appelle Mamadou Cellou Diallo, c’est lui qui a la légitimité populaire. C’est pourquoi nous appelons les guinéens à manifester. Dans les conditions normales, cette manifestation devrait mobiliser des rassemblements partout, mais comme les manifestations sont interdites, alors ce sont des manifestations éclatées où chacun chez lui exprime son mécontentement comme il peut.

Clarifiez-nous ce concept…

C’est-à-dire qu’aujourd’hui nous sommes dans une jungle comme le président l’a dit. Nous avons 9 juges qui acceptent de valider la constitution même s’il y a 10% de la population qui s’est exprimée, et vous avez ces mêmes juges qui valident un 3ème mandat même si le monsieur a fait 10 ans au pouvoir, donc deux mandats, ces neufs juges qui acceptent également de valider les résultats de la CENI fabriqués de toutes pièces même si la population a voté autrement. Alors dans une jungle, on demande à chacun de se battre comme il peut. Donc si aujourd’hui on nous autorisait, on allait bien prendre une rue et aller faire des grands meetings pour démontrer que nous avons la population avec nous et que nous avons la légitimité populaire. Mais il a interdit cela maintenant nous allons voir. Je ne sais pas s’il va autoriser le RPG à faire une mobilisation ou qu’est-ce qui va se passer. Donc, comme nous ne connaissons pas le contenu de ce qui va se passer le 15, s’il va lever les interdictions. D’ici-là s’il lève les interdictions évidement, vous allez voir le trajet que nous allons demander aux populations d'emprunter pour justifier que l’élu c’est Mamadou Cellou Dalein. Mais si l’interdiction n’est pas levée les gens sont obligés de rester chez eux et de s’exprimer comme ils peuvent dans leurs quartiers, dans leurs rues, dans leurs villages et même dans leurs bureaux.

Vos derniers appels à manifester ont été très moyennement suivis. N’êtes-vous pas en train de prêcher dans le désert ?

Nous ne prêchons pas le désert parce que comme je vous le dis, si nous renonçons à ce combat, nous aurons renoncé à quelque chose de très important. C’est-à-dire on aurait trahit le peuple de Guinée. Elhadj Cellou a été élu à plus de 53% de la population guinéenne, donc les guinéens le reconnaissent comme Président. Donc si aujourd’hui dans cette jungle-là, il y a quelqu’un comme Alpha Condé qui s’accapare de l’armée, des forces de défendre et de sécurité et de l’argent de nos mines, évidement nous ne pouvons pas rester assis. C’est pourquoi nous demandons aux guinéens de ne pas être résignés. Non ! Nous ne prêchons pas dans le désert, la démocratie va s’instaurer dans ce pays, c’est un devoir pour nous. C’est pourquoi nous avons décidé d'agir pour que la démocratie soit le seul moyen pour accéder au pouvoir, que les élections soient le seul moyen pour accéder au pouvoir. Dans ce cas nous ne pouvons pas dire que nous prêchons dans le désert. C’est ce que nous devons faire que nous sommes en train de faire et les populations vont nous suivre.

Comme vous le savez, les dernières manifestations les guinéens ne se déplaçaient généralement parce qu’il y avait la peur, ils savaient qu’il y a le feu sur la route. Mais comme nous avons demandé des manifestations pacifiques depuis la proclamation, les gens sont libres, ils savent que dans la rue il n’y a pas de menace. Donc, les autres manifestations que vous avez connues que les gens appellent réussies généralement, c’est par le bilan lié au nombre de morts, de blessés et d’arrestations. C’est comme ça on mesurait d’habitude la réussite des manifestations. Je crois que pour nous, c’est une réussite que vous appelez moyennement, le fait que les gens volontairement ont fait passé le message de leur mécontentement, certains ont fermé leurs boutiques, certains taxis sont restés garés, ça veut dire qu’ils ont répondu pacifiquement à notre appel. Nous sommes satisfaits, nous les remercions, nous leurs demandons encore de continuer parce que la persévérance c’est la clé du succès.

Est-ce qu’aujourd’hui un changement de stratégie ne s’impose pas ?

Quel est le changement de stratégie ? Nous avons utilisé la rue, nous avons demandé des négociations, les coordinations sont intervenues, les présidents des pays sont intervenus. Et l’unique option qu’on avait, c’était de s’organiser pour aller aux élections que nous avons gagné. Nous avons mobiliser les guinéens, nous sommes allés sur le plan légal, nous avons constitué un dossier costaud où nous avons mis plus de cinq grands cabinets de la place pour rassembler toutes les preuves. La cour constitutionnelle n’a même pas pris le temps de regarder nos requêtes où vous avez un taux de participation de plus de 100% en Haute Guinée et des PV authentiques ont été mis à l’écart en Forêt et en Basse Côte également au Foutah. Ce qui donne plus d’un million de voix injustement accordées à monsieur Alpha Condé pour qu’il se déclare élu. Donc tous les guinéens connaissent cette vérité. Alors qu’est-ce que nous pouvons faire autre ?

Nous continuons la lutte. Tous les moyens légaux maintenant, le seul recours qui reste, c’est aujourd’hui d’appeler ceux qui ont voté, ceux qui sont témoins de l’événement de se mettre ensemble pour dire que ce que vous avez dit c’est faux. Maintenant quelle est la stratégie ? Rester à la maison ? Non ! Ne vous résignez pas. D’autres disent faisons passer en perte et profit l’élection du 18 comme si rien ne s’est passé et allons vers une transition. Mais la transition ne s’invente pas, elle ne se décrète pas. Alors ce sont les guinéens qui doivent donc le demander. Aujourd’hui, le fauteuil est occupé par quelqu’un qui ne doit pas être là-bas, c’est ça le problème. Donc, que les quatre coordinations qui sont déjà attaquées par monsieur Alpha Condé et le FNDC qui a déjà appelé à des manifestations le 15 que l’ANAD qui a gagné ces élections, que la communauté internationale et les guinéens de l’étranger ainsi le collectif pour la transition en Guinée, qu’on se mette tous ensemble dans une union sacrée pour demander le départ de monsieur Alpha Condé. Qu'il libère le fauteuil. Et si ce fauteuil-là est libéré, enfin on verra comment nous allons l’occuper. Si c’est Monsieur Cellou Dalein qui va l’occuper parce qu’il est gagnant ou si on ira vers une transition, ça sera à débattre mais il faut d’abord faire partir Alpha Condé parce qu’il ne doit pas être là-bas, c’est le combat qu’il faut mener.

Le FNDC appelle également à des manifestations similaires le 15. Est-ce une stratégie murie ensemble ou une simple coïncidence ?

Il n’y a pas de coïncidence dans cette affaire. Il faut que les guinéens soient clairs, nous sommes tous membres du FNDC à l’origine. Donc le FNDC est dans sa mission d’empêcher un 3ème mandat et ça c’est cette mission que nous nous sommes engagés ensemble avec les guinéens :  la société civile mais aussi avec des partis politiques. Il faut que tout le monde le comprenne (…).  Ceux qui ont voulu aller aux élections et qui ont compris qu’on pouvait battre monsieur Alpha Condé se sont unis au sein de l’ANAD pour le faire. Et ça a exactement porté parce que monsieur Alpha Condé a été battu dans les urnes. Donc pour nous, aujourd’hui le 3ème mandat a été complétement résolu le 18 parce que Cellou Dalein a été élu.

Tout le monde devait donc s’unir ensemble pour pouvoir obtenir le départ de monsieur Alpha Condé. Donc les manifestations du 15, oui nous sommes tous dans le même esprit parce qu’il faut libérer le fauteuil. Et d’ailleurs, ça ne serait pas seulement le FNDC ni l’ANAD, il y aussi le collectif pour la transition en Guinée qui est en train de se préparer, les quatre coordinations qu’Alpha Condé vient d’attaquer et qui ont été attaquées le 1er septembre dernier sont également dans cet esprit contre le 3ème mandat. Donc pour nous tous, ceux qui de près ou de loin pensent que l’alternance doit être obtenue, doivent se lever le 15. Et c’est ce que le FNDC a fait et nous les encourageons, nous sommes en bonnes termes avec eux parce que nous avons le même combat.

A suivre...

Entretien réalisé par Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le Mardi 08 décembre 2020 à 9:50