Wanindara : "Stupeur" chez certains citoyens après les menaces de Bafoé...

Reportage
Des citoyens de Wanindara rassemblés pour une sensibilisation sur la non violence, image d'archive
Des citoyens de Wanindara rassemblés pour une sensibilisation sur la non violence, image d'archive

CONAKRY-Les violences survenues ces derniers jours à Wanindara entrainant la mort par balle d’un brigadier et faisant de nombreux blessés chez les forces de l’ordre, ont irrité la colère du contrôleur général de la Police nationale, Général Ansoumane Camara "Baffoé". Il a annoncé le déploiement d'un dispositif de sécurité ‘’costaud’’, pour procéder à des ratissage dans ce quartier de la commune de Ratoma.

« Je voudrais dire au maire de Ratoma, aux chefs de quartier que ces jours-ci, nous ferons le ratissage pour que ceux qui sont en train de tirer sur nous, qu’on puisse savoir d’où viennent-ils, à la solde qui ils sont. Ils verront ces jours-ci, un dispositif costaud qui ira à l’encontre de ces gens », a déclaré mardi, l’officier de police, dans un ton menaçant.

A Wanindara où le Général Baffoé a annoncé ces opérations de ratissage, la décision est diversement appréciée par les citoyens. L'opposition redoute des manœuvres du pouvoir tendant à mener des expéditions punitives dans des zones hostiles au régime.  Reportage.

Il est 17h, nous sommes à Wanindara 2, un quartier de la commune de Ratoma qui a été le théâtre de violences meurtrières et d’exactions dans la journée du lundi jusqu’à mardi soir. En cette journée de mercredi, le calme est revenu dans le quartier, le commerce a rouvert et la circulation est fluide. Le soleil tend à s’éclipser et les citoyens cherchent à regagner leur domicile après deux jours d’anxiété et de pleurs. Mamadou Lamarana Diallo, tué dans la journée du mardi 1er décembre, a regagné sa dernière demeure.

C’est dans cette atmosphère que nous rencontrons Ibrahima Bah, un diplômé en biologie médicale, habitant de Wanindra rails. Pour lui, l’opération de ratissage annoncée dans sa commune n’est pas mal en soi si réellement elle s’inscrit dans l’optique de lutter contre le grand banditisme et non pas une stratégie servant de prétexte pour mener une "chasse aux sorcières".

« Dans mon quartier il y a trop d’insécurité, des bandits sont là soi-disant que ce sont des citoyens. Ils profitent pendant les manifestations pour braquer les gens et retirer leurs biens, si toutefois le ratissage là se fera dans la transparence, avec la participation du chef de quartier et le président de la jeunesse et sans que des agents ne profitent pour voler, là je suis d’accord avec lui. Parce qui si ces bandits sont arrêtés, le quartier sera en sécurité. Si c'est le cas, je serai pour cette opération annoncée. Par contre, je ne serai pas favorable si ce sont seulement les agents des forces de l’ordre qui vont effectuer ce ratissage, car je sais qu’il y a une crise de confiance entre ces agents et la population. Certains, au lieu de chercher à faire leur mission, ils se mettront à voler les biens des citoyens. Raison pour laquelle je suis contre » confie ce jeune diplômé.

Si Ibrahima voit une idée salutaire dans la décision de l’officier supérieur de police, Alseny Mougnal DIALLO, lui, n’approuve pas la démarche. Il pense plutôt à une stratégie qui va consister à rafler des innocents ou à voler les biens des citoyens de cette commune. Car, pas plus tard qu’hier, ce comédien humoriste et tailleur de profession a vécu une scène d’exaction de la part d’un gendarme qu’il accuse d’avoir largué trois bombes lacrymogènes dans sa chambre avant d’emporter sa moto. Sa femme, son enfant de deux ans six mois et une autre fille ont passé la journée d’hier dans le coma. Il a encore la rage.

« Moi, Alseny Mougnal DIALLO, alias ‘’Grand père’’, si ce n’est que l’aiguille que j’utilise à mon atelier de couture je n’en ai pas à plus forte raison garder une arme. Pourquoi faire du ratissage ici ? Mais j’ai une question, parce que Baffoé même le sait, ces policiers ou gendarmes, quand ils viennent pour faire les rafles, ils prennent les gens et retirent leurs biens. S’ils te fouillent sans trouver quelque chose de compromettant avec toi, il y en a qui prennent de la drogue ou une arme blanche pour dire à leur chef c’est avec ça qu’ils t’ont arrêté, alors que c’est archi-faux. Donc, si c’est ce genre de contrôle qu’ils viendront faire parce qu’ils ont une dent contre notre quartier, je n’approuve pas » déclare ce citoyen.

Cependant, si l’opération de ratissage se fera en toute honnêteté de la part des agents et qu’ils soient accompagnés des chefs de quartier et d’une délégation pour que tout se passe dans la transparence, Alseny Mougnal DIALLO estime que c’est une bonne chose. « L’insécurité menace tout le monde. C’est un problème que nous devons tous lutter, parce que chez nous à Wanindara ici on est également contre les bandits et le tort qu’ils causent aux gens innocents », martèle-t-il.

 

Interrogé sur cette annonce, le chef de quartier de Wanindara 2 estime que le contrôleur général de la police a bien fait de généraliser en parlant de toute la commune. Mais fait-il remarquer, au lieu de parler de ratissage, ils n’ont qu’à venir cibler les personnes suspectes.

"Même chez nous les chefs locaux s’ils constatent quelque chose d’anormal, ils n’ont qu’à nous contacter et ensemble on va gérer. Mais comme c’est un chef on ne peut que le supplier en lui demandant de faire une enquête approfondie au lieu de ratisser tout le monde » plaide Bangoura Abou, premier responsable de Wanindara 2.

Sur la même question, le chef de quartier de Wanindara 3, monsieur Fafa Mbira Manet dont le domicile avait été incendié par des manifestants anti troisième n’a pas voulu faire de commentaire sous prétexte qu’il s’en remet à Dieu.

Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel: (00224) 664-72-76-28

Créé le Jeudi 03 décembre 2020 à 8:56