Mamady 3 Kaba : "Pourquoi Kankan a plus d'électeurs que les autres régions…"

Interview
Mamady 3 Kaba
Mamady 3 Kaba

CONAKRY-Le fichier électoral divise la classe politique. Plusieurs formations politiques engagées dans la course à l'élection présidentielle ont dénoncé des disparités entre les régions. La région de Kankan à elle seule dispose de 22% de l'électorat, selon les statistiques finales publiées par la CENI. Dans cet entretien, le porte-parole de l'organe électoral Mamady 3 Kaba, lève un coin du voile sur les raisons qui expliqueraient ces disparités. D'autres sujets liés au processus électoral ont également été abordés. Entretien exclusif!!!

AFRICAGUINEE.COM : La CENI a publié les résultats de la révision exceptionnelle du fichier électoral. Les statistiques font l’objet de polémique au sein de la classe politique. Dites-nous comment votre institution a-t-elle travaillé pour en arriver là ?

MAMADY 3 KABA : Il faut noter que le fichier qui a été présenté lors du dernier Comité inter parties (CIP) ne date pas forcément d’aujourd’hui. C’est donc, conformément à l’article 39 du Code électoral révisé (le 24 février 2017) qui indique que les listes électorales sont permanentes. Il y a une mise à jour qui est faite régulièrement, soit à l’occasion des révisions à titres exceptionnels comme c’est toujours le cas, ou à l’occasion de la révision annuelle qui sont prévues par les articles 17 et 18 du Code électoral. Je commence par dire que c’est un processus. Ce n’est pas un fichier de 2020 qui a été présenté, mais un fichier existant depuis et qui fait l’objet de révision annelle parce que la liste est permanente. C’est donc, les dernières statistiques qui ont été présentées lors du dernier CIP (lundi 14 septembre). On note que le corps électoral s’élève à 5 millions 410 mille 089 électeurs.

Il faut dire que l’une des recommandations de l’audit du fichier électoral en 2018 était que l’ensemble des électeurs devrait passer devant les machines pour qu’ils soient maintenus dans le fichier. A la veille même du double scrutin (22 mars dernier), 2 millions 438 mille 992 électeurs ont été empêchés de prendre part à ce double scrutin. Parce que ce groupe d’électeurs n’avait pas satisfait à cette recommandation de l’audit. Donc, nonobstant qu’il y a eu une révision à titre exceptionnelle des listes électorales en 2019, une autre révision à titre exceptionnelle s’imposait en 2020. Donc, à moins d’un an, deux révisions à titre exceptionnel des listes électorales ont pu être effectuées. Et la dernière était du 20 juillet au 3 août dernier.

Cette révision visait les catégories suivantes. La Première, c’était les 2 millions 438 mille 992 qui ont été mis de côté et qui étaient obligés de passer devant les machines lors de la dernière révision à titre exceptionnel. La 2ème catégorie c’était les nouveaux majeurs. La 3ème catégorie concerne les électeurs qui ont changé de domicile. Et La 4ème catégorie ce sont des citoyens qui, nonobstant qu’ils avaient les 18 ans, mais ne se sont jamais inscrits dans les listes électorales. C’était justement pour inviter nos concitoyens à venir devant les machines lors de la toute dernière révision. C’est après toutes les opérations de dé-doublonnage, de recherche éventuelle des mineurs que ces statistiques ont été obtenues.

Plusieurs partis candidats à l'élection présidentielle dénoncent des disparités entre les régions. Comment l'expliquez-vous ?

Les statistiques ont été présentées par région. Le résultat global donne 5 millions 410 mille 089 électeurs. Maintenant, c’est cette question de disparité entre les régions qui, aujourd'hui, fait l'objet de commentaires par les uns et les autres. Il faut vraiment qu'on comprenne que le fichier ce n'est pas en 2020 que tout a été fait. Le deuxième aspect, il ne faut pas qu'on soit dans les subjectivités au point qu'elles ne prennent le dessus sur l’objectivité. C'est de considérer que dans une région, il y a plus d’électeurs par rapport à une autre région. Il faut comprendre le processus. La CENI déploie comme toujours les équipes de recensement sur l'ensemble du territoire national. Ces équipes quand elles arrivent dans une préfecture, dans un village ou dans une région, ne cherchent pas qui vient de telle région, de telle préfecture ou de telle village, elles procèdent à l'enrôlement de tous les citoyens guinéens trouvés sur place. C'est un fait qui doit être bien compris.

Maintenant ces questions de statistiques, je vais bien qu'on fasse cet exercice-là, celui de comparer le fichier électoral au dernier recensement général des populations qui a été fait par l'Institut national de la statistique en 2014. Ce recensement doit servir quand même d'élément de comparaison pour effectivement voir cette progression du nombre d’électeurs par région. A la page 70 de ce document qui récapitule le recensement général des populations et de l’habitat, vous verrez donc que la projection qui est faite 2020-2022, selon cette projection, la population totale en 2020 doit être de 12 millions 559 623 citoyens. Selon les projections de ce document, la région de Kankan fait 2 millions 344 mille 937 habitants en 2020 contre 1 million 984 767 habitants à Conakry. Donc ça c’est des choses qui peuvent permettre de faire une certaine comparaison ou une proportionnalité pour ne pas jeter du discrédit sur un travail aussi minutieux, sérieux qui a été fait par la CENI. (…) nous invitons nos concitoyens à chercher à comprendre les réalités sociologiques qui permettent naturellement de comprendre cette répartition des électeurs sur le territoire national. 

Et encore pour dire que le citoyen guinéen est partout où il se trouve, il est chez lui. Donc, il n'y a pas nécessité de considérer quelqu'un de telle région ou de telle préfecture au point de l'obliger de retourner chez lui pour qu'il se fasse recenser. Quand les équipes arrivent sur place, elles procèdent à l'enrôlement de tous les citoyens guinéens trouvés sur place. C'est notamment, par exemple, les zones aurifères qui se trouvent en Haute Guinée. Souvent quand on le dit cela parait assez simple. Mais, c’est une réalité sociologique. A la recherche de cette richesse, les populations se déplacent et quand les équipes arrivent toutes les personnes trouvées sur place ou tous les citoyens guinéens trouvés sur place naturellement seront recensés. Nos concitoyens doivent comprendre que la CENI a fait ce travail de manière assez sérieuse et encore un travail qui a été suite à la prise en compte de toutes les recommandations faites par les institutions comme la CEDEAO, l’UE, le PNUD, l’OIF.

Comment expliquez-vous que la région de Kankan n’aurait enregistré que quatre décès ?

En effet, il faut s'adosser à la loi. L’article 31 du code électoral indique que la radiation d'un électeur dans le fichier électoral se fait sur présentation des pièces justificatives. Nous avons un grand travail de sensibilisation à faire pour que nos concitoyens comprennent la nécessité de déclarer les naissances et les décès. Lorsqu'un citoyen est inscrit dans le fichier électoral pour qu'il soit extirpé, il faut qu'il y ait une présentation d'une pièce justificative. Alors, un citoyen qui est décédé, la CENI ne peut pas imaginer ou savoir telle personne est décédée dans tel endroit. Il faut qu'il y ait une présentation des pièces justificatives. En tout cas, c’est ce que la loi impose et la CENI est tenue de poser ces actes conformément à la loi. La CENI peut être accusée à tort alors que c’est la loi qui impose des exigences et dont elle est tenue de respecter. Si on voit donc dans la région de Kankan le nombre de décès déclarés est minime c’est qu’il y a lieu de faire une véritable campagne de sensibilisation pour que les cas de décès soient déclarés. C'est ce qui peut permettre à la CENI d’extirper les personnes décédées dans le fichier électoral. Il y a au total 343 décès déclarés et ces 343 de manière globale ont été extirpés du fichier électoral.

D'après la présentation qui a été effectuée en début de semaine, la distribution des cartes d’électeurs devrait démarrer le 18 donc vendredi. Mais, en amont on a vu certains partis politiques dénoncer le fait qu'on n'ait pas respecté certains délais légaux par exemple l'affichage permettant aux électeurs de vérifier leur identité avant de procéder à l'impression finale de ces cartes-là. N'est-ce pas une incohérence ?

Il faut noter que la distribution des cartes d’électeurs débutera le 19 sur l'ensemble du territoire national, c’est un délai de 30 jours avant le jour du scrutin et elle continuera jusqu'au jour du scrutin. Le CIP dernier a été une occasion pour la CENI de présenter toutes les stratégies et tous les mécanismes mis en place pour qu'il y ait justement une meilleure distribution des cartes d’électeurs parce que nous sommes conscients que le taux de participation peut bien dépendre du taux de distribution des cartes d’électeurs. Nous avons pris toutes les mesures nécessaires pour qu'il y ait une meilleure distribution des cartes d’électeurs sur l'ensemble du territoire national. A cet effet, les équipes sont déjà déployées.

Personnellement, je suis en route pour la région de la Forêt pour superviser ces opérations de distribution des cartes d’électeurs mais aussi le travail des commissions administratives de distribution des cartes d’électeurs à Guéckédou, Macenta et Yomou. Maintenant, la question portant sur l'affichage provisoire des listes électorales, il faut dire que la CENI, nonobstant qu’elle ait bien analysé les dispositions du Code électoral, quand vous prenez l’article 17 du code électoral révisé, cet article évoque la révision annuelle des listes électorales, une révision qui se fait du 1er octobre au 31 décembre de chaque année et le 8 janvier la liste est arrêtée. L’article 18 du même code parle d'une révision à titre exceptionnel ce qui signifie que toutes ces deux procédures sont légales mais l'une est l'exception et l'autre et le principe. Cela nécessite une certaine compréhension et cette compréhension c’est de savoir que la procédure qui est décrite pour la révision à titre annuel n'est pas la même que celle qui est décrite pour la révision à titre exceptionnel des listes électorales.

Quand vous prenez les articles 20 et suivants du Code électoral, vous verrez que même le jour de l'affichage provisoire des listes électorales après la révision annuelle est indiqué. Il s'agit du 30 novembre de chaque année et les réclamations des citoyens suivront pour un délai de 15 jours devant les tribunaux de première instance qui ont un délai de 10 jours pour trancher. Pour la révision à titre exceptionnel, ces détails-là ne sont pas donnés. C'est des compréhensions qui nécessitent toute l'attention de nos concitoyens. Nonobstant la compréhension de ces dispositions par la CENI, elle a saisi la Cour constitutionnelle pour avoir un avis de cette haute juridiction sur la question de l'affichage des listes provisoires et la question du contentieux qui peut naître de cette opération. La CENI a saisi la Cour parce qu'il y avait déjà une question de délai, une contrainte de temps qui s’imposait. 

Quand vous prenez l’article 43 de la Constitution, l’article 159 du Code électoral, toutes ces dispositions précisent que le premier tour de l'élection présidentielle doit être organisé à 90 jours au plus et 60 jours au moins avant l'expiration du mandat du président de la République en fonction. Et la Cour a rendu un arrêt dont l'une des décisions était que la CENI peut prendre toutes les mesures exceptionnelles tout en préservant le droit des citoyens d’être électeurs et éligibles. Donc, la CENI a pris des mesures exceptionnelles comme celles de ne pas afficher les listes provisoires, de ne pas permettre le contentieux. Nous, ce que nous pouvons faire c’est de rassurer les acteurs du processus en particulier les candidats sur les conditions de transparence, d'inclusivité, de crédibilité, d'un scrutin sincère qui permettront l'acceptation des résultats qui seront proclamés.

Peut-on dire qu'à date la CENI est totalement prête pour le rendez-vous du 18 octobre ?

La CENI a élaboré un chronogramme pour l'élection présidentielle du 18 octobre 2020. Après avoir proposé une date confirmée par la suite par le président de la République. Depuis le 24 juin dernier, nous sommes en train d'exécuter ce chronogramme au fur et à mesure. Nous nous réjouissons du fait que les délais donnés pour l'exécution des tâches sont en train d'être respectés. Nous ne sommes pas en retard par rapport au respect délais. Donc, la CENI est en train de décliner les étapes les unes après les autres pour la tenue de l'élection du 18 octobre 2020. Nous rassurons les acteurs du processus sur toutes les conditions liées à la transparence. 

Interview réalisée par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 655 311 112

 

 

Créé le Vendredi 18 septembre 2020 à 11:33