Ces "incroyables" réalités de Conakry: l'autre facette cachée de la vie à Kaloum...

Reportage
Image d'illustration
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CONKARY- Le problème de logement en Guinée se pose avec acuité. Dans la capitale, le phénomène est encore plus épineux pour les populations. Au centre-ville de Kaloum, le manque de logements, sinon la surpopulation, la promiscuité obligent certains citoyens à passer la nuit à la belle étoile, ou bien dormir à tour de rôle. Le constat est saisissant. Reportage.

Pendant la journée, Kaloum, le centre administratif et des affaires grouille de monde. Fonctionnaires, travailleurs du secteur privé, commerçants venant pour la plus part des quartiers de la haute banlieue, rallient la presqu'île de Kaloum. A la tombée de la nuit, la ville retrouve son calme. Pourtant, parmi ses habitants, il y en a dont c’est le moment de chercher un endroit pour dormir. Ce sont les abris. Pour d'autres, c'est comme si c'est la journée qui commence. Ce n'est pas parce qu'ils travaillent la nuit. Bien au contraire. Eh bien, c'est parce que ce n'est pas leur tour de dormir.  Nous sommes vendredi. Il est 23h00. Et dans une heure, commence le couvre-feu instauré par le gouvernement guinéen, à cause de l’état d’urgence sanitaire lié à la Covid-19.

Une pluie fine arrose la commune de Kaloum. Notre reporter se fait passer pour un sans-abri dans les quartiers de Kaloum. A Sandervalia, un bruit venant de la mosquée attire notre attention. C’est à se demander que font-ils des individus à cet endroit à cette heure tardive étant donné que les lieux de culte étaient fermées. Mais ces gens n'étaient pas venus pour prier. Ils squattent le coin pour trouver un endroit où dormir.

«Actuellement, le nombre de personnes qui viennent passer la nuit dans la mosquée a baissé à cause de l’instauration du couvre-feu. Sinon, il y arrivait de moment, vous pouvez trouver beaucoup de monde. Mais puisque la mosquée est en chantier et il y a le couvre-feu, le nombre de personnes est à la baisse. Vous pouvez rester assis ici, vous voyez de personnes se promener, la nuit. Je ne sais pas si c’est par manque de logement ou quoi, mais c’est comme ça ils le font » explique un tailleur dont l’atelier se trouve tout près.

Non loin de là, nous voilà sur la quatrième avenue. Salifou Camara est apprenti tailleur. Il habite en haute en banlieue. A cause de la distance, et du coût du transport, il passe la nuit dans son atelier. «Compte tenu de la distance, je ne peux pas rentrer tous les jours à la maison. Je passe la nuit dans notre atelier parfois», témoigne-t-il en nous montrant un hangar, lieu de prière la journée, transformé en dortoir la nuit. « Même ici, de gens passent la nuit. Les propriétaires n’en font aucun problème. Vous-mêmes si vous voulez, vous pouvez passer la nuit ici », propose Salifou Camara.

A Coronthie, un autre quartier populaire insalubre de Kaloum, Mamadou et ses amis sont vendeurs de café. Ils viennent de ranger leurs affaires. Il est l’heure de se reposer. Assis devant une boutique, ils rigolent de tout. Nous nous approchons d’eux pour parler du problème de logement dans le centre-ville.

Mamadou précise qu'en tant que «jeune débrouillard", il n’a pas les moyens de s’offrir un loyer à Kaloum. «Mes parents ont construit dans la haute banlieue, à Sonfonia. Je travaille en ville ici tous les jours. Il m’est arrivé un moment où je passais la nuit au dehors. Je n’étais pas seul, quand on travaillait jusqu’à certaines heures au quartier Boulbinet, mes amis et moi, dormions sur de bancs», se souvient-il maintenant qu’il est en colocation avec deux de ses amis.

Le problème de logement est très épineux, confesse Mohamed Tais Touré conseiller communal, chargé des questions de jeunesse, sport, art et culture à la mairie de Kaloum. Il pointe un doigt accusateur sur «l’État qui ne fait rien» pour résoudre le problème de logement à Conakry.  

«C’est un fait récurrent. Ce n’est pas seulement ceux qui dorment dans des mosquées, mais il y a une frange de la population, des jeunes mêmes qui dorment sur les tables des marchés, de bâtiments en chantier. Au niveau national, la question de logement est épineuse parce qu'en terme de gouvernance, rien n’est fait. Aujourd’hui, la commune de Kaloum comme dans toutes les autres communes de Conakry, l’Etat n’apporte pas suffisamment de moyens. Sinon de telles questions doivent être résolues par les collectivités. Malheureusement, rien n’est mis en place actuellement pour trouver une solution à ce problème», déplore cet élu local.

Selon habitat-worldmap, les audits urbains révèlent qu’environ 80% de la population guinéenne vit dans des zones non structurées (habitat informel) avec un taux de promiscuité plus élevé à Conakry et dans les grandes villes.

En 2012, a été lancée la Politique Nationale de l’Habitat  “Vision Habitat 2021” dont l’objectif est la mise en place d’un cadre de vie sain et sécurisé, par la promotion d’un habitat accessible et répondant aux besoins des populations, dans une perspective de développement régional équilibré, de développement économique efficace, écologiquement soutenable et socialement équitable. Cette vision ne s'est toujours pas concrétisée.

Reportage de Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel:  (00224) 664-72-76-28

 
Créé le Mercredi 09 septembre 2020 à 11:03